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Planète SF - Page 16

  • Commencer un livre par le milieu, est-ce une hérésie ?

    Ferocias m'a tagguée. Damned, je suis faite !

    Voici la question posée - bien que quelque peu remaniée :

    L'hétérodoxie dans la lecture peut-elle aller jusqu'à l'hérésie lorsqu'on commence un livre par le milieu ?

    Par là même, on pose la question de la pratique cultuelle (oui, oui, sans "r" !) de la lecture. Je suis bien placée pour en causer : le livre est mon métier, comme d'autres la mort.

    Ma réponse, en quatre mots comme en cent, est : ça dépend des générations.

    Et, bien sûr, du livre en question. Un dico, une encyclopédie, ou un manuel, forcément... On ne va pas les commencer au début si on cherche la définition de la zopissa.

    Mais enfin, cela dépend quand même et surtout de l'éducation reçue en notre tendre enfance et dans quelle considération le livre était tenu à cette [lointaine ?] époque.

    Par expérience, j'oserais avancer que les personnes de plus de 70 ans  (environ, hein, ne généralisons pas trop) ont dans l'idée que le livre étant sacré, de par la valeur de son contenu et de son contenant (je rappelle que les livres étaient très chers avant Jack Lang...), il leur est difficilement envisageable de le déflorer ainsi, non plus que d'en perdre une goutte. Question d'éthique économique autant qu'intellectuelle.

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    Pour ce qui est de nos générations consuméristes engluées dans la Toile mondiale... Il faut bien dire qu'on s'en tamponne généralement le coquillard avec une patte d'éléphant femelle. La lecture sur écran incite au grapillage, bien plus qu'un joli petit codex relié cuir pleine peau - ou même qu'un modeste livre de poche collé à la morve de chat.

    Le culte livresque, très peu pour nous, pourvu qu'on y trouve ce qu'on cherche... Parpaillots que nous sommes.

    Et en ce qui me concerne moi, la géniale auteure de ce mirifique blog, me direz-vous* ? Et bien, il ne m'est jamais arrivé de tenter une telle pratique sur autre chose qu'un dico ou assimilé. Tout simplement parce que je n'ai pas encore eu de raison de le faire (non, je n'ai pas lu tous les contes et nouvelles de la Terre du Milieu. Oui, je ferai pénitence avec des orties fraîchement coupées).

    Et puis aussi parce que je suis très, très bon public, et que j'aime me laisser porter passivement, voire lascivement (les orties, sans doute), par le récit qu'on me propose. Quitte à le descendre en flamme dans mes billets par la suite. Comme quoi, ces jeunes, ils ne respectent rien...

     

    * On n'est jamais si bien servie que par soi-même.

  • Cryptonomicon, de Neal Stephenson

    Pour entamer ma participation au challenge Winter Time Travel de Lhisbei, voici donc un premier post uchronique sur le Cryptonomicon de Neal Stephenson.

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    Avouons d'emblée que l'espionnage et l'informatique sont les thèmes importants de l'oeuvre, et l'uchronie un simple outil pour les mettre en valeur. Qu'importe.

    Un OVNI. Voilà ce qu'est ce roman. L'histoire est presque irracontable... Mais on va essayer quand même. ;-)

    Trois récits parallèles narrent la vie de trois hommes : un marin américain pendant la guerre du Pacifique, un décrypteur de génie pendant la seconde guerre mondiale, et son petit-fils, informaticien à la fin des années 1990. Leurs histoires personnelles convergent lentement vers un trésor englouti dans le pacifique. Ceci est la partie émergée de l'iceberg.

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    La partie immergée, qui est le thème central du roman, c'est l'information : dans quel but on l'utilise et quel moyen on emploie pour la manier. En l'occurence, ce moyen est la cryptographie (la protection de l'information par des codes). Mais que les allergiques aux chiffres se rassurent : bien que les théories crytographiques soient expliquées dans le roman, le fait de ne pas les comprendre dans le détail ne les handicapera pas. Je le sais, puisque je n'ai rien compris aux équations mais tout à l'histoire (enfin, je crois...).

    L'uchronie intervient au niveau de l'histoire de la bataille crytographique entre les Alliés et l'Axe pendant la seconde guerre mondiale, et plus particulièrement sur le déchiffrement d'Enigma, la boîte à crypter les messages des nazis. Petite divergence historique, qui n'apporte de réelles modifications de la réalité qu'au niveau de la vie des personnages principaux.

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    Les sages disent : "l'important, c'est le chemin". Cet adage s'applique à merveille à l'ouvrage de Neal Stephenson. La finalité de l'histoire n'a pas grande importance. Non, ce qui est intéressant dans ce livre, c'est comment on arrive au bout. Roman fleuve en trois volumes, il part dans des directions totalement inattendues à chaque détour de page.

    Il donne d'ailleurs lieu à quelques scènes d'anthologie : Alan Turing et sa bicyclette qui déraille, Randy Waterhouse et le partage de l'héritage sur le parking du supermarché sont autant de passages digressifs aussi réjouissants qu'inutiles.

    Cette narration à trois voix reste obscure durant un long moment. Quand je dis que les histoires des trois personnages convergent lentement, c'est qu'elles convergent vraiment lentement. On n'y comprend goutte pendant un temps certain, et le lecteur doit se laisser porter par le récit sans chercher trop vite à saisir les tenants et les aboutissants de la trame principale.

    Et pourtant, ce roman a beau nous excéder par ses circonvolutions, on y revient toujours, comme à sa dose d'héroïne - ou sa tablette de chocolat (!).

     

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    Sorti en 3 volumes, chez Payot et au Livre de Poche :

    * Le code Enigma
    * Le réseau Kinakuta
    * Golgotha

     

  • Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski

    Cet auteur presque inconnu au nom imprononçable, et que les amateurs de musique classique confondront peut-être (à tort, l'un a une barbe, l'autre pas - entre autres différence fondamentale), avec le contre-ténor Philippe Jaroussky, m'a fait l'effet d'une révélation.

    Tout du moins, son roman Gagner la guerre. Je n'avais encore jamais lu un roman de l'imaginaire dont la forme flatte ainsi mon égo de lectrice. gagner la guerre.jpgEt pourtant, j'aime les oeuvres de Pierre Bordage et René Barjavel pour la qualité de leur écriture. Mais là... J'ai relu plusieurs fois les premiers paragraphes du livre, en me frottant les yeux, pour être sûre que je ne rêvais pas.

    Dans un style qui mélange allègrement la distinction de la langue classique et un argot des plus imagés, Jean-Philippe Jaworski nous narre les aventures de Benvenuto Gesufal, employé de son Altesse le Podestat Leonide Ducatore. Don Benvenuto est un personnage plutôt haïssable, auquel nul ne peut se fier, pas même le lecteur (!). Embarqué par son patron dans une guerre de la République de Ciudalia contre un ennemi séculaire, il y donne la pleine mesure de ses nombreux et discutables talents : assassinat, espionnage, traîtrise... On en passe et des meilleures.

    La grande originalité de ce roman tient au fait que, bien qu'indéniablement membre du très grand club des oeuvres de fantasy, il n'en a quasiment aucune caractéristique. On y évoque bien de temps à autre la magie, mais elle reste un élément mystérieux et peu abordé. Le reste du temps, on assiste à une reprise des plus réussies de l'histoire de Venise, avec ses batailles navales, ses luttes politiques intestines et, planant derrière tout le récit, l'ombre de Machiavel. Et puis, il y a cette magnifique langue qui porte l'histoire de bout en bout : riche, électique, aussi élégante que surprenante.

    Sept cents pages et un kilogramme de papier plus tard, on en ressort lessivé, mais heureux. Et on n'a qu'une envie : recommencer, tant on a pris plaisir à lire.


    Les Moutons Electriques, 2009.

    Genre : fantasy, aventures maritimes

  • Les derniers hommes, de Pierre Bordage

    derniers hommes.jpgC'est sur le conseil d'un lecteur que j'ai commencé ce roman de Pierre Bordage (voir d'autres billets le concernant ici et ). Voilà un vrai bon roman d'anticipation apocalyptique - meilleur à mon sens que l'un des derniers du même auteur, Le feu de Dieu, que je n'ai pas réussi à finir...

    L'histoire de Solman, l'infirme aux dons prémonitoires, est empreinte de désespoir. Orphelin de père et de mère, difforme de naissance, il est élevé par les anciens de son clan nomade, les Aquariotes. Alors qu'il atteint l'âge d'homme, les peuplades ayant survécu à la troisième guerre mondiale sont confrontés à une menace invisible et dévastatrice. Porté par des visions, Solman tente de sauver ce qui peut l'être. Les crises successives révèlent au grand jour des secrets peu reluisants du clan. Solman cherche à élucider son histoire personnelle tout en affrontant la menace inommée qui atteint ses semblables.

    Avant tout, ce que j'ai apprécié dans cet ouvrage, c'est la qualité d'écriture de Pierre Bordage. Il soigne ses descriptions, ses dialogues, avec un amour de la langue évident. Le monde apocalyptique dans lequel évolue Solman, ayant à peine survécu à une troisième guerre mondiale, nous rappelle à quel point nous sommes capables de nuisance.

    Pierre Bordage livre là un roman qui, s'il développe un thème classique, nous marque par son intensité. Je le recommande.

     

    Plusieurs éditions : J'ai Lu, Le livre de poche, Au diable Vauvert

    Genre : anticipation, apocalypse

  • La symphonie des siècles, d'Elizabeth Haydon

    symphonie des siècles.jpgLa symphonie des siècles est un cycle de fantasy en trois volumes : Rhapsody, Prophecy et Destiny. Chaque volume ayant été séparé en deux tomes, cela nous fait six livres à lire.

    Après un prologue énigmatique, qui relate la rencontre amoureuse de deux jeunes adolescents, on découvre une jeune femme, Rhapsody, une baptistrelle qui s'est donné pour principe de vie de toujours dire la vérité. Alors qu'elle est poursuivie par des soldats, elle rencontre deux personnages peu recommandables, Grunthor et Achmed le Serpent. Elle les suit pour sauver sa peau, mais les deux comparses l'emmènent bien plus loin qu'elle ne pouvait l'imaginer. S'ensuit une longue, très longue aventure qui mêle leurs trois vies de façon inextricable, et, pendant un bon moment, incompréhensible.

    J'ai trouvé bien des longueurs au début de ce conte, mais je me suis accrochée... Et j'ai bien fait. La symphonie des siècles est une oeuvre longuette et inégale, mais elle apporte une pointe d'originalité qui m'a beaucoup touchée : la musique règne en maîtresse sur le monde de Rhapsody. C'est elle qui donne force de vérité, mais aussi de guérison, de persuasion et de vie à ses paroles. Pour faire pousser une fleur, ou soigner Grunthor, Rhapsody chante ; pour transformer l'âme des choses et des gens, elle les renomme et interprète leur "essence" sur un instrument de musique.

    Ce petit côté naïf (voire nunuche) est parfaitement assumé dans l'histoire d'Elizabeth Haydon : Rhapsody se fait manipuler par tout le monde, amis comme ennemis. Elle est totalement dépourvue de cynisme, contrairement à ses compagnons, qui l'utilisent sans remords. Et ce décalage parfois drôle, et parfois dramatique, introduit du relief dans l'histoire et donne de la profondeur aux personnages.

    Une bonne lecture de détente. Si vous ne savez pas quoi lire pendant les vacances, allez-y sans hésiter.

     

    Editions Pygmalion (2006) et J'ai Lu (2008)

    Genre : fantasy

  • La nef des fous, de Richard Paul Russo

    russo nef des fous.jpgBartolomeo Aguilera est le conseiller du capitaine du vaisseau l'Argonos. C'est un homme à l'intelligence acérée et souvent cynique, car il est orphelin, abandonné à la naissance à cause d'un corps difforme qu'il doit enfermer dans un exosquelette pour pouvoir évoluer parmi les autres. Les autres, ce sont les habitants du vaisseau, qui y vivent depuis des générations. L'Argonos est un monde en soi, fermé sur lui-même, qui navigue sans but précis depuis des milliers d'années.

    Sur une planète baptisée Antioche, les argonautes découvrent un charnier terrifiant, sans l'ombre d'un indice pour l'expliquer. Plus tard, ils tombent sur un vaisseau spatial gigantesque de facture vraisemblablement alien, visiblement abandonné. Ils décident d'explorer le mastodonte.

    Bartoloméo, en narrateur, nous fait découvrir les arcanes compliquées de son monde, divisé entre les hautes castes dirigeantes et les soutiers, ouvriers chargés de la maintenance du vaisseau. Nous découvrons les tensions sociales, religieuses et politiques qui l'habitent. Et surtout, nous tentons de décrypter avec lui les mystères d'Antioche et du vaisseau alien.

    La nef des fous est un roman agaçant ; d'où vient l'Argonos, où va-t-il, comment cela va-t-il finir ? Nous n'en avons jamais la réponse. C'est aussi ce qui fait son charme ; rester sur sa faim laisse place à l'imagination...

    La nef des fous est un bon roman, original et parfois destabilisant.

     

    Le Belial', 2006

    Genre : science-fiction, space opera


  • La Mallorée, de David Eddings

    x1eckrg4.jpgAprès moult tergiversations sur la langue à pratiquer pour l'occasion, j'ai finalement lu La Mallorée en français. C'est moins bien qu'en version originale, mais ces derniers temps je grille mes neurones beaucoup plus rapidement qu'à l'accoutumée, et je suis incapable de lire en anglais.

    La Mallorée est la suite de la Belgariade, où l'on voyait Garion tuer le Dieu Torak et prendre possession de son héritage, le royaume de Riva. Naturellement, on croit que c'est fini (enfin, surtout Garion), et voilà que la Destinée remet le couvert, avec une nouvelle confrontation cosmique pimentée par l'enlèvement du fiston. On reprend donc (presque) les mêmes et on recommence : les prophéties obscures, les compagnons improbables, les escarmouches incessantes et les bonnes parties de rigolade.

    On pourrait s'en lasser... Et bien non. Ce qui me séduit dans l'oeuvre de David Eddings, c'est le voisinage immédiat d'une Mission Prophétique des plus sérieuses avec un humour totalement décalé, ainsi qu'une galerie de personnages extrêmement bien campés. Les héros sont animés par des instincts parfaitement triviaux, les rendant ainsi proches de nous, et férocement drôles. L'amour immodéré de Belgarath pour la bière et le penchant de Silk pour le vol et l'escroquerie sont deux piliers de l'oeuvre, au même titre que les Prophéties. Certains dialogues sont de véritables morceaux d'anthologie, qui provoquent des pouffements incontrôlés.

    On passe un très, très bon moment, et on en redemande !

     

    En cinq tomes, chez Pocket Fantasy :

    1. Les Gardiens du Ponant (Guardians of the West, 1987)
    2. Le Roi des Murgos (King of the Murgos, 1988)
    3. Le Démon Majeur de Karanda (Demon Lord of Karanda, 1988)
    4. La Sorcière de Darshiva (Sorceress of Darshiva, 1989)
    5. La Sibylle de Kell (The Seeress of Kell, 1991)

     

    Genre : fantasy, heroïc fantasy