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Littérature générale

  • Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle, d'Etienne Liebig

    Dans l'effervescence de l'actualité littéraire autour de la sortie du best seller 50 nuances de Grey d'E.L. James, j'ai décidé de me pencher sur la littérature érotique. Mais je n'ai pas lu l'objet du scandale - scandaleux non pas tant par son contenu que par sa renommée... Car selon des sources bien informées, telles evene.fr ou les Inrockuptibles, il s'agit là d'un bien mauvais roman, niais et mal écrit.

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    J'ai donc décidé, sur le conseil de Super Libraire, de m'attaquer à cette curiosité qu'est le court roman d'Etienne Liebig (200 pages), intitulé fort aimablement Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle.

    Pourquoi aimablement ? Parce que contrairement aux habitudes de Gallimard, par exemple (L'art français de la guerre, non mais je vous demande un peu !), ce titre annonce exactement ce que le lecteur trouvera dans le roman, tout en conservant les autres qualités d'un bon titre : accrocheur et bien tourné.

    N'étant guère coutumière du genre (la littérature érotique), ma lecture fut donc celle d'une néophyte. Point de références aux grand auteurs du genre, de Sade à Guillaume Apollinaire, non. Mais une vraie curiosité.

    On m'avait dit que c'était drôle : j'ai ri.

    On m'avait dit que c'était plutôt bien écrit : je confirme.

    On m'avait dit que c'était iconoclaste : c'est bourré de de diatribes anticléricales et de formules décapantes.

    «Après toute une vie de certitudes, elle doute et le doute chez la croyante est le plus court chemin vers l'élastique de sa culotte.»

    Le narrateur a un but : draguer les femmes catholiques, de la plus généreuse croyante à la plus fervente fondamentaliste, sur le chemin du pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Célibataires, mariées, jeunes, âgées... Rien ne l'arrête. Et il ne s'arrêtera pas tant qu'il n'aura pas terminé sa quête.

    Bien entendu, il décrit par le menu le sort qu'il réserve aux sujets de sa quête, sujets entièrement consentants. Sinon, son récit ne serait pas édité à La Musardine...

    La construction du récit, dynamisée par des intertitres généreux et plein d'humour, agrémente une lecture qui aurait pu se réduire à un catalogue de conquêtes.

    «Où le lecteur, quelque peu dépité de voir s'éloigner la promesse d'une scène croustillante, se voit imposer de surcroît une interminable attente de trois jours.»

    Par ailleurs, il nous gratifie en fin d'ouvrage d'un « petit lexique des termes usuels utilisés par les amateurs de femmes catholiques », dont on apprécie à sa juste valeur l'impertinence anticléricale.

    Voilà donc un petit livre aimable et plein d'allant, qui nous réveille de la grisaille automnale avec humour et verdeur.

    Catholique convaincu s'abstenir : vous jetteriez l'oeuvre au bûcher en poussant des cris d'orfraie, hurlant au sacrilège. Ce serait fort dommage pour les autres.

  • En avril, je ne perds pas le fil

    Le mois d'avril ayant été maussade, que faire, sinon lire ? Alors Vango, Honor, Darby et la-fille-loup-garou-dont-je-ne-me-souviens-pas-le-nom ont été mes compagnons de route.


    En mission, de David Weber (Honor Harrington livre 12)

    en mission tome 2.jpgEn mission est le dernier opus sorti, en deux tomes comme toujours, des aventures de ma copine Honor Harrington, officier de renom dans deux flottes interstellaires. Honor est donc désormais mariée, mère de Raoul (le cri qui dessaoûle), et Premier Lord de la Spatiale. Elle est chargée de négocier la paix avec la République du Havre, tandis que, dans l'ombre, s'ourdit un machiavélique complot contre l'Empire Stellaire. Sinon ce ne serait pas drôle.

    Je garde un sentiment mitigé de la lecture cet opus : je trouve que Weber commence à se "tolkieniser". Je m'explique : je reproche à Tolkien d'avoir moins su raconter une histoire qu'inventer un monde (aïe, non, pas taper !). Et bien, David Weber commence à prendre ce pli : son univers se déploie avec force détails, mais son fil conducteur se réduit progressivement à peau de chagrin. Les scènes mettant en avant l'intimité d'Honor Harrington se font de plus en plus rares ; elles sont noyées dans la logorrhée géopolitique et diplomatique qui forme non plus le contexte, mais le coeur du récit. Bref, j'aime beaucoup Honor, mais je commence à m'impatienter. Je ne suis pas certaine d'acheter le tome suivant, c'est dire !


    Un prince sans royaume de Timothée de Fombelle (Vango, tome 2)

    vango 2.gifPour qui ignore qui est Timothée de Fombelle, qu'il aille se fouetter en place publique avec des orties fraîchement coupées avant de lire la phrase suivante. TdF (c'est plus court comme cela...) est en effet l'auteur du mirifique Tobie Lolness, un roman en deux tomes édité chez Gallimard jeunesse, qui s'adresse entre autres... à la jeunesse. "Entre autres", car tout adulte normalement constitué ne pourra qu'apprécier à sa juste valeur la finesse, la poésie et l'intelligence de l'oeuvre.

    J'ai chroniqué ici le premier des deux tomes de Vango. J'ai désormais terminé le second volet, qui clôt (pléonasme !) le diptyque. Voici le résumé de l'éditeur : "À la fin des années trente, suspendu au sommet des gratte-ciel de New York, Vango affronte ses ennemis avec le moine Zefiro, et retrouve la piste de celui qui a détruit sa famille. Sa quête le fait passer tout près de la belle Ethel, l’amour de sa vie, lors de la chute du dernier grand dirigeable qui manque le blesser à jamais. Il croit alors se retirer du monde pour toujours. Mais déjà la guerre envahit l’Europe et le remet sur les routes."

    On suit désormais Vango plutôt dans sa vie d'adulte, louvoyant entre la fuite et la lutte contre son ennemi invisible. Vango est à la fois attachant et fuyant, un personnage dont les méandres psychologiques ne sont pas si faciles à saisir. Il a une candeur et une propension au silence que j'aime énormément. La fin de l'histoire n'était pas très difficile à deviner (cela reste un roman pour la jeunesse) mais Dieu que j'apprécie que l'auteur ne prenne pas ses lecteurs pour des idiots. Il y a des scènes qui mettent en scène une petite fille russe, dont on ne sait à quoi elles se rattachent, quasiment jusqu'à la fin. Bref, Vango, bien que moins poétique que Tobie Lolness, est une oeuvre selon mon coeur. Et j'en remercie Timothée de Fombelle.


    L'affaire Pélican, de John Grisham

    affaire pélican.jpgDe John Grisham, prolifique auteur américain de politique-fiction, je n'avais rien lu. Mais j'avais vu plusieurs adaptations cinématographiques de ses romans, dont L'affaire Pélican. Je connaissais donc déjà l'histoire de la jeune Darby Shaw. Pour autant, le plaisir de lecture fut bien présent.

    Suite à l'assassinat d'un juge de la cour suprême, Darby Shaw, étudiante en droit de l'université de Louisiane, rédige un petit mémoire qu'elle montre à son prof, qui le montre à un gars du FBI, qui le montre à son patron, et qui atterrit à la Maison Blanche, au milieu des autres pistes suivies pour retrouver le commanditaire du meurtre. Malheureusement, ce petit mémoire de rien du tout avance des thèses pas si extravagantes, et il cite nommément le locataire de la Maison Blanche...

    Grisham raconte bien. Il a un don pour être proche de ses personnages tout en sachant les placer dans un contexte plus large, où le cynisme des milieux politico-financiers met en perspective les drames personnels des protagonistes. Un bon thriller, qui pointe quelques thématiques pas encore très à la mode à l'époque (1992), comme la protection des écosystèmes fragiles.


    La-fille-loup-garou-dont-je-ne-me-souviens-pas-le-nom

    pleine lune.jpgBon, vérifications faites, il s'agit de Pleine lune, premier opus d'une série intitulée Riley Jenson et commise par l'auteur australienne Keri Arthur. De la bit-lit dans toute sa... splendeur ? Il y a du sexe entre loups-garou, du sexe hétéro et homo, du sexe avec des vampires, pas de sexe avec des humains - mais on en entend beaucoup parler, du sexe provoqué par la fièvre lunaire et du sexe issu des sentiments... Bref, il y a du sexe.

    Heureusement, il y a une petite enquête policière qui accroche, et qui fait qu'on arrive à ne pas se lasser des scènes de sexe avant la fin du roman. Je l'ai lu rapidement, je n'ai pas décroché... et à part quelques fantasmes impliquant des menottes et des vampires, il n'en reste rien.

    J'ai beaucoup plus rigolé avec Fascination de Stephenie Meyer. Voilà, c'est dit. Préfèrerais-je la bit-lit puritaine à la bit-lit libertine ? Allez savoir... Moi, je sais juste que je ne lirai pas la suite de Riley Jenson.


  • La servante écarlate, de Margaret Atwood

    Margaret-Atwood-La-Servante-ecarlate.gifLa servante écarlate est un roman de Margaret Atwood, auteur canadienne éclectique (roman classique, roman d'anticipation, poésie... Elle sait tout faire).

    L'histoire : Dans un futur indéterminé, la République de Gilead est une dictature installée sur le territoire des anciens Etats-Unis d'Amérique. Defred est servante écarlate - reproductrice, "utérus sur pattes", dit-elle - chez le Commandant. Defred n'est pas son vrai nom, c'est le nom par lequel on la désigne tant qu'elle est de service chez ce Commandant. Via son journal, dont chaque mot est pesé, nous découvrons la société dans laquelle elle évolue, un récit entrecoupé des souvenirs de Defred lorsqu'elle avait un amant et un enfant, lorsqu'elle travaillait et qu'elle était libre de faire ce que bon lui semblait. Aujourd'hui, les femmes fertiles sont devenues extrêmement rares et les trois quarts des enfants conçus ne sont pas viables, sans doute à cause d'une pollution chimique de l'air, du sol ou de l'eau. Et puis, il y a une guerre. Indéterminée, lointaine, mais une guerre présente dans l'esprit de tous, qu'on ne laisse personne oublier.

    La République de Gilead a choisi la voie étroite pour protéger sa population : elle l'a asservi, faisant plier hommes et femmes sous le joug de dogmes religieux d'une extrême sévérité au service du pouvoir politique. Tout cela, nous le devinons à travers les voiles blancs de Defred, son regard baissé, son quotidien fantômatique et l'infinie liste de tabous dont est constituée sa vie. Les gens autour d'elle n'ont pas de nom, seulement des fonctions : Commandants, Epouses, Marthas (chargées des tâches ménagères), Anges (soldats), Yeux (police politique)... Avec Defred, on assiste à une naissance, un procès et une exécution, mais surtout au quotidien de ces femmes privées de liberté, d'information et de dignité et, indirectement, de ces hommes tout autant victimes de ce système répressif basé sur la délation. Chaque mot, mais aussi chaque geste, est surveillé et contrôlé. Defred n'a même pas le choix de mourir...

    Mon avis : j'ai été destabilisée par le ton très intimiste de ce roman, qui relève paradoxalement (même si ce n'est pas paradoxal pour tout le monde) de la dystopie et de l'anticipation sociale féministe. C'est un journal intime, un monologue intérieur monotone et répétitif, centré sur les infimes détails du quotidien sans saveur de la narratrice, quasi dépourvu d'action. Tout ce qui, a priori, me fait prendre mes jambes à mon cou en matière de littérature. Et j'avoue que c'est ce que j'aurais volontiers fait s'il n'y avait eu ce contexte si particulier. L'étouffement quotidien dans un régime de terreur, le traitement malheureusement déjà d'actualité de la stérilité due à la pollution sont quelques uns des éléments qui m'ont menée jusqu'au bout du roman.

    Si je n'ai pas été transportée d'enthousiasme par le récit, celui-ci m'a pourtant laissé une impression profonde et durable. Comme une amertume trop pertinente pour être ignorée, mais aussi trop forte pour être appréciée... (Comprenne qui voudra).


    éditions : ROBERT LAFFONT ou J’AI LU
    Genre : anticipation, dystopie

    CITRIQ

  • A deux voix près !

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    Un billet rapide : je viens d'apprendre qu'Alexis Jenni a remporté le prix Goncourt (certainement mérité, étant donné toutes les bonnes critiques vues et entendues sur son livre) pour L'Art français de la guerre, à 5 voix contre 3 sur... Carole Martinez et son Domaine des Murmures !

    Mince alors, pour une fois que je lis - et que j'aime ! - un roman de chez Gallimard, il passe à deux doigts du Goncourt ! C'est rageant, tout de même !

  • En octobre, je suis sobre

    Pourquoi ce titre ? Parce que j'ai lu deux livres, et que j'ai décidé de faire rapide et, donc, sobre (je ne parle bien évidemment pas des boissons alcoolisées ; hier matin j'étais à un salon des vins, et ma foi... C'était bien).


    Du domaine des murmures, de Carole Martinez

    domaine murmures.jpgUne fois n'est pas coutume, j'ai lu un roman de la célèbre maison aux deux bandes rouges. Du domaine des murmures raconte l'histoire d'Esclarmonde, une jeune fille bourguignonne du 12e siècle qui refuse d'épouser le promis imposé par son père et décide de se faire emmurer à vie plutôt que d'aller au couvent (nice choice !). Elle priera pour ses contemporains toute sa vie, tel est son engagement.

    Son père fait construire la chapelle et la tour où sera murée sa fille sans barguigner, mais ne lui adresse plus un mot. Deux ans après le début des travaux, Esclarmonde entre dans sa tour, quelques jours après avoir vécu une expérience traumatisante, mais dont elle ne souffle mot à personne. Les relations entre le père et la fille évoluent mais restent difficiles, à tel point que le père finit par partir aux croisades avec l'empereur Frédéric II. Esclarmonde prie, écoute, et rêve : dès qu'elle s'endort, elle voit son père dans sa misérable marche vers Jérusalem (pour mémoire, la croisade de Frédéric II, dont fait partie son père, s'est transformée en déroute lorsque le souverain allemand s'est noyé en passant un gué).

    Mon avis : Ma foi, j'ai pris plaisir à lire ce roman. Pas trop long, pas trop alambiqué, une belle histoire et une écriture élégante et fluide. Le propos est original, les aventures emmurées d'Esclarmonde vraiment réussies. Je n'aurais jamais cru pouvoir m'intéresser à l'histoire d'une jeune bigote idéaliste, mais j'ai vraiment aimé ce livre. Sans doute parce que l'histoire est moins simple qu'elle n'y paraît de premier abord - et beaucoup axées sur les relations entre les personnages, vraies, sans fard, charnelles et parfois violentes.

     

     

    L'armée furieuse, de Fred Vargas

    armée furieuse.jpgLe commissaire Adamsberg est un cas social, voire pathologique. Il se fiche éperdument de ce que les autres pensent et fait preuve d'une ignorance crasse. Dans le précédent opus, Un lieu incertain, on apprenait qu'il ne parlait pas un mot d'anglais, ce qui est un peu gênant pour un fonctionnaire de son niveau. Là, il n'est pas fichu de retenir le nom d'un légende, ni celui d'une auberge... Et ça me fait hurler de rire. Si.

    Pris dans les rêts d'une affaire scandaleuse qui touche les grands pontes de ce monde, Jean-Baptiste Adamsberg profite d'une opportunité pour aller s'enterrer dans la campagne normande, histoire de décrypter une affaire de meurtre entâchée de légende. Bien entendu, il ne comprend rien à l'histoire, nous non plus. Il rencontre des gens absolument improbables. Qui ont un charme fou... Et qui peuvent être vraiment dangereux.

    Car s'il y a une chose que j'aime chez Fred Vargas, c'est sa capacité à inventer de nouvelles "gueules". Des gens avec une personnalité, un grain de folie propres à nous emmener ailleurs. Elle réutilise à merveille les personnages récurrents (Retancourt et ses mains d'or, Veyrenc et ses rimes, Danglard noyé dans son pinard) et leur fait cotoyer avec bonheur les nouveaux : la fringante octogénaire Léo, son chien Flem, Le Seigneur Hellequin et son armée de morts, Hippolyte, ses douze doigts et ses mots à l'envers... Essayez donc Drannoc dans le bon sens !

    J'ai passé un très, très bon moment de lecture, et je rêverais de savoir écrire ainsi. Un roman léger et drôle, en apparence improbable et superficiel, alors que sur le fond, il est grave, profond et d'une imparable logique.


    Avec tout cela, si vous n'arrivez pas à finir bellement les vacances... C'est que vous n'y mettez pas du vôtre !

  • Chien du heaume, de Justine Niogret

    Alors que Justine Niogret vient d'éditer son deuxième roman, Mordre le bouclier, j'ai terminé Chien du heaume, son premier roman, la semaine dernière. Je suis, comme d'habitude, hors du temps éditorial.

    Chien du Heaume.jpgL'histoire de Chien du heaume est assez simple à raconter, si on veut faire simple. Et très compliquée, si on veut la décortiquer. Je ferai la version simple, car j'ai pitié de vous. Chien du heaume est une femme à la recherche de son identité. Chien du heaume, c'est le nom qu'on lui donne, qu'elle donne à son tour à qui le lui demande, mais elle ignore son vrai nom, celui de son père. On est au haut Moyen-Âge et Chien du Heaume est mercenaire. Elle se bat pour vivre, pour se nourrir et être logée, elle se bat comme on expire, avec la hache de son père si belle et si tranchante, dont personne ne sait d'où elle vient. Chien du heaume est petite, laide, forte et acharnée. Elle a une quête, mais pas d'espoir. Elle a des amis, mais pas de réconfort. Son univers est sombre et hivernal. Même en été.

    Voilà. Vu comme ça, on se demande bien pourquoi on lirait ce livre. Ce qui m'a finalement décidé, même s'il a bonne réputation et des prix prestigieux (le Prix Imaginales et le Grand Prix de l'Imaginaire 2010), c'est sa brièveté. Il fait à peine plus de 200 pages, et j'ai très peu de temps pour lire. Pourtant, j'ai mis du temps à le finir. A le savourer, devrais-je dire. Presque deux semaines. L'écriture est belle, élégante, volontairement suranée, délicate par bien des aspects, alors qu'elle parle de sang, de violence, de froid et de désespoir. Un véritable plaisir, que l'on fait durer.

    Et puis, il ne s'y passe pas tant de choses que ça, dans cette histoire. Ce n'est pas un page-turner à la Dan Brown. On prend son temps, et c'est bien - sans doute parce qu'on sait que ce ne sera pas interminable. D'autant plus que c'est sombre, très sombre. La neige, le froid, les pierres noires d'un chateau fort caché au fin fond d'une forêt, la rugosité des hommes d'armes et la cruauté perverse des dames, la langueur de la brume, la violence inouïe à peine contenue sous un vernis social sont le quotidien de l'héroïne. Elle n'aspire pas à s'en échapper, elle en fait partie. Le drame est sa réalité, sans fard, dans toute sa crudité. Voilà donc un roman littéralement crépusculaire, qui évoque la fin d'un monde et en porte tous les stigmates. Lorsqu'il se termine, je ne suis pas soulagée, pas véritablement. Mais je porte en moi une histoire qui m'a touchée et qui laisse de belles traces d'humanité - et de littérature.

    Et puis... attiré par une note d'intention d'une tonalité étrange, je lis le glossaire. Et là, je me prends les pieds dans le tapis, je glisse sur une peau de banane. Pour tout dire, j'ai l'air d'une folle échappée de l'asile. Car je ris comme je n'avais pas ri depuis longtemps. Je ris presque à chaque définition !

    Je découvre donc à la lecture du glossaire que Justine Niogret possède un humour dévastateur, déjanté et improbable, en totale contradiction avec le ton du roman qui le précède. Une bouffée de chaleur, une tranche de bonheur pur.

    Je vous dois donc d'en conclure que j'ai adoré ce livre, au moins autant pour le roman lui-même que pour la douche brûlante qu'on se prend sur le paletot en passant du roman au glossaire.


    PS : Le roman est étiqueté fantasy alors qu'on ne voit aucun attribut de fantasy dans le récit (non, la brume qui sort du casque de la Salamandre ne m'a pas impressionnée). Personnellement, je le rangerais en littérature blanche - et ce n'est pas une insulte.

     

    Lu et chroniqué aussi par : Efelle, Lhisbei, Lorhkan

    Mnémos, 2009.

    Genre : fantasy (?), historique

    CITRIQ

  • Fin août, je sacqueboute

    Du vieux françois, sacquer = tirer et bouter = pousser.

    Outre le fait que la sacqueboute est l'ancêtre du trombone à coulisse, un très joli instrument dont le son est plutôt harmonieux (j'ai regardé La boîte à musique de Jean-François Zygel y a pas longtemps), il porte en soi la substantifique moëlle de ce billet.

    D'un côté, je sacque, je tire à moi dans l'acception originelle, en faisant un petit récapitulatif de LA question intelligente de l'été à laquelle je vous avais demandé de répondre.

    De l'autre je boute, comme d'autres les anglois hors de France, les lectures estivales qui ne méritent pas un billet pour elles toutes seules mais que mon honnêteté intellectuelle, méfiante envers les critiques systématiquement dithyrambiques, me pousse à évoquer en ces pages.


    Sacque

    C'était un vrai pari : lancer une question sérieuse un 15 août à la blogosphère SF, il fallait oser. Et comme je n'ai guère plus de deux neurones... j'ai osé.

    Et bien, ça marche. Enfin, àpeuprè : certains ont jeté l'éponge (je ne ferai pas de délation, les coupables se reconnaîtront eux-mêmes) et d'autres conservent un silence radio absolu, sans doute perdus sur les flancs des montagnes en compagnie des dahus ou dans les profondeurs de la mer, en compagnie des poissons et des pneus (oui, il y a des pneus dans la mer).

    La période n'est pas propice, je peux l'admettre. La prochaine fois que je pose - non, que je relaie - une question intelligente, j'essaierai d'être plus pertinente sur le calendrier. Quoique, le 15 août a son charme...

    Voici la question de Sylvie Denis, pour mémoire (voir l'article ici) :

    "Pour quelle raison bizarre et irrationnelle des êtres humains adultes, responsables et occidentaux, pourvus pour la plupart de conjoints et de progéniture, de métiers, de positions sociales même, enfin bref, des gens comme vous et moi, lisent-ils des histoires d'empires galactiques, de batailles spatiales, d'aventuriers stellaires et autres fariboles situées dans des futurs aussi lointains qu'improbables ?"

    Une question qui, dans le fond comme dans la forme, m'a réjoui au delà de toute expression. C'est bien pour ça que je l'ai relayée.

    Anudar, Gromovar, Val, Lhisbei (et M. Lhisbei !), Alias, Cédric Ferrand et Thom ont répondu en long, en large, pas mal en travers, avec humour, avec sérieux, avec inspiration ou bien sans (en tout cas, c'est ce qu'ils disent). Guillaume le Traqueur a participé également avec une réponse (très) brève mais pertinente dans les commentaires du post d'origine.

    Ils ont répondu, et je les en remercie !!

     

    Boute

    sentiment interdit.jpgUn sentiment interdit, de Nora Roberts, chez Harlequin. Le voilà, cet Harlequin dont j'ai parlé et dont je ne me souvenais plus. J'ai fouiné dans les rayons de la bibliothèque pour retrouver l'objet du délit - enfin, surtout son titre, d'une originalité sans pareille. On dirait du Damasio (Aïe, non! Pas taper !!!). Bon, donc, une fille reprend le ranch de son grand-père, mais c'est pas un métier de femme, d'élever des vaches, c'est bien connu ; le fils du voisin (ennemi intime dudit grand-père) que tout le monde prend pour une lopette parce qu'il a fait des études à la ville (!) revient, décide de se taper la fille, qui veut pas, m'enfin qui en fait veut bien, et tout est bien qui finit bien, dans la bouse de vache et le crottin de cheval. Je ne pensais pas lire pire dans ma vie, mais ma lecture d'un autre Harlequin (sournoisement encouragée par Lhisbei dans le cadre d'un défi débile), me fait comprendre qu'en fait, Nora Roberts, c'est de la littérature, en comparaison de la daube que je lis. Bref. Passons.


    stabat mater.gifStabat Mater, de Tiziano Scarpa, chez Christian Bourgois : Dieu que j'ai été déçue ! Il s'annonçait comme un roman historique évoquant le séjour de Vivaldi à Venise, et je me retrouve à ramer dans un orphelinat pour jeunes filles, où on ne voit jamais - ou presque - Vivaldi, et dans lequel on assiste aux monologues intérieurs d'une gamine asociale et dépressive qui s'adresse à une mère qui l'a abandonné à la naissance. Je me suis emmerdée du début à la fin. Au suivant.


    chirurgien ambulant.jpgLe chirurgien ambulant, de Wolf Serno, chez J'ai lu. Bon, là, ça vaut peut-être pas un très long discours, mais il s'agit d'un assez bon roman historique sur l'Espagne du 16e siècle, dans lequel on suit un jeune chirurgien dans ses périples et ses déboires (particulièrement avec l'Inquisition, la partie la plus intéressante du roman, ainsi que les détails des soins apportés aux malades). C'est trop démonstratif pour être réellement bon, mais ça se lit bien.

     

     

     

    Très bientôt une nouvelle contribution au Summer StarWars V. See U !