20 août 2011
La horde du contrevent, d'Alain Damasio
Ca y est ! Avec 7 ans de retard sur la sortie du phénomène, je viens enfin de l'enquiller, titillée par les opinions parfois divergentes et souvent tranchées que j'ai pu lire ici et là.
L'histoire : Ils sont 23 hommes et femmes, qui, leur vie durant, remontent la trace du vent, d'Est en Ouest. Ils ont été enfantés, éduqués, choisis pour former la 34e Horde du Contrevent, celle qui doit faire mieux que les 33 précédentes et parvenir à l'Extrême-Amont. Ils marchent contre le vent, sur cette unique bande de terre vivable de la planète, en formation de goutte ou de diamant, sous les ordres de leur Traceur, le neuvième Golgoth. Le roman raconte leur vie de contreurs, leur doutes, leur talents, et la poésie de leur combat quotidien. Reconnaissables à un idéogramme en début de paragraphe, chacun des contreurs est narrateur à tour de rôle, et leurs multiples témoignages constituent le récit.
Mon avis : roulement de tambour... Dans quelle catégorie me rangé-je ? Les pour, les contre, les bien au contraire ?
Les pour. Car j'aime le Contre.
J'aime assez ne pas être d'accord avec la majorité, histoire de pimenter de temps à autres le quotidien. Or, j'ai aimé cet ouvrage, et en cela je rejoins (au moins partiellement) la cohorte des lecteurs qui ont crié au génie.
Oui, il y a un véritable génie de l'écriture dans ce roman, une inventivité, une création pure, absolument bluffantes. Tout, des personnages à la planète, de la narration aux dialogues en passant par les notations spécifiques, tout vient du vent, va au vent, est formé en fonction du vent.
J'ai appris (Allociné, Passion cinéma) qu'un studio a l'intention d'adapter le roman en un film d'animation 3D (jusque là, ça va) entièrement tourné... en langue anglaise. Là, ça ne va plus. Car s'il y a bien une chose extraordinaire dans cette oeuvre, c'est la langue. Comment retraduire en anglais toutes les inventions, toute la créativité d'Alain Damasio en la matière ? Cela me fait un peu penser, dans la richesse et la diversité de la langue, à celle de Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. En plus inventif encore, pour servir le propos si particulier du roman ; car il faut retranscrire le vent à l'écrit, un exercice des plus difficiles.
Mais, comme dans L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery, il y a aussi un petit côté "m'as-tu-vu", un soupçon de suffisance, qui sont un peu agaçants. L'auteur, pris dans son tour de force virtuose, finit parfois par se regarder écrire. A l'instar de la série Honor Harrington, peut-être faut-il accepter d'adhérer à un postulat avant de songer à apprécier le contenu de l'oeuvre.
Si je l'ai accepté pour La Horde du contrevent, c'est parce que la thématique, la sémantique, la passion du vent m'ont immédiatement accroché. J'avais envie, terriblement envie, d'entrer dans ce vent, de le sentir, de le vivre, de me battre contre lui. Je faisais corps avec les contreurs sous Furvent. Le personnage principal du roman est le vent sous toutes ses formes, dans toutes ses acceptions, le vent pourvoyeur de nourriture, de vie, d'intelligence et de mort. 
De plus, la forme chorale et polyphonique du récit m'a plue ; elle donne un poids, une profondeur, au propos.Tous les personnages ne sont pas égaux en narration, certains prennent la parole plus que d'autres ; certains sont sympathiques, d'autres moins, tel Golgoth. Déstabilisant, surtout au début où on n'a pas le temps de repérer les personnages, c'est ce choeur qui donne sa dynamique au récit : en passant d'un individu, d'un point de vue et d'un ton à l'autre, on avance dans l'histoire de façon heurtée, inégale et inattendue. Un vrai régal.
Bien que j'aie deviné la fin dès le début (rien de bien sorcier, convenons-en), le voyage fut passionnant.
Une lecture que je recommande chaudement, autant que Gagner la guerre de Jaworski. C'est dire.
Lu aussi par : Tigger Lilly, Val, Guillaume, Efelle, Lhisbei, Lael, Lorhkan
La Volte, 2004 ; Gallimard Folio SF, 2007
Écrit par Blopromptu dans Littérature générale, Littérature imaginaire, Planète SF | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
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Commentaires
Par contre Reste la fin de Golgoth qui m'a marqué plus que le dénouement du dernier membre de la Horde.
Écrit par : Efelle | 20 août 2011
Répondre à ce commentaireBien vu.
J'ai bien aimé ce bouquin, en plus il rentre dans le SSWV... Il faudrait que j'écrive un billet moi aussi. Merci de me donner cette envie.
Écrit par : Thom | 20 août 2011
Répondre à ce commentaireLe fait de deviner la fin ne me dérange pas. Et comme pour Efelle, j'ai pas mal de scènes stupéfiantes qui me reviennent à l'esprit quand je repense à ce bouquin. La fin de Golgoth est effectivement assez incroyable d'intensité, LA scène du livre pour moi.
Et effectivement au niveau de l'écriture, Damasio est dans le haut du panier. La comparaison avec Jaworski est intéressante, mais ils ne sont pas dans le même style : Damasio est un inventeur, Jaworski un orfèvre.
Écrit par : Lorhkan | 20 août 2011
Répondre à ce commentaire7 ans déjà qu'il a été écrit ce livre, mais quand est-ce que l'auteur nous en offre un autre ??
Écrit par : Tigger Lilly | 20 août 2011
Répondre à ce commentaire@Lorhkan seul : "Damasio inventeur, Jaworski orfèvre", c'est très bien résumé. Bravo ! Je vais certainement reprendre ta formule pour parler de ces livres à mon boulot...
@Efelle seul : je suis d'accord avec toi sur les longueurs et le style ; c'est là, à mon sens, que l'écrivain se regarde écrire.
@Thom : de rien. ^_^ C'est la plus belle récompense du blogueur : donner envie !
@Tigger lilly : ah, c'est fou, ça, j'ai trouvé que c'était l'un des rares trucs téléphonés du bouquin. Mais c'est mon esprit cartésien qui a encore frappé ; une planète c'est rond, donc y a pas de bout, donc l'extrême-amont rejoint forcément l'extrême-aval... J'ai l’esprit affreusement terre-à-terre !
Écrit par : Blop | 20 août 2011
Répondre à ce commentaireJe n'ai même pas eu besoin de me faire une réflexion cartésienne... ;)
Écrit par : Efelle | 20 août 2011
Répondre à ce commentaireFranchement, au début, je n'avais même pas vu que la numérotation des pages était inversée. Il a fallu que je le voie mentionné sur un blog en cours de lecture pour m'en rendre compte...
Écrit par : Blop | 21 août 2011
Écrit par : Efelle | 21 août 2011
Répondre à ce commentaireEfelle, j'ai adoré moi cette numérotation inversée. Cela rajoutait de l'intensité à l'histoire.
Écrit par : Val | 21 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Thom | 21 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Blop | 22 août 2011
"la forme chorale et polyphonique du récit m'a plue ; elle donne un poids, une profondeur, au propos" TOUT à fait ! Je suis entièrement d'accord.
Purée, déjà 7 ans ?! Particulier l'adaptation cinématographique... en anglais !
Écrit par : Acr0 | 22 août 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Blop | 22 août 2011
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