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space opera

  • Coeurs d'acier (De haut bord, tome 1), H. Paul Honsinger

    space opera,science fictionQuatrième de couverture :

    21 janvier 2315. L'Union de la Terre et des Mondes colonisés est en guerre contre les Krags, une guerre sans merci dont l'issue peut conduire à l'anéantissement de l'espèce humaine. Par ordre de l'amiral « Tape-Dur » Hornmeyer, le lieutenant Max Robichaux, promu capitaine de corvette, reçoit le commandement du Cumberland, un destroyer de classe Khyber, moderne et puissant. Sa mission : arpenter furtivement le Libre Corridor et frapper le commerce krag afin de saper son effort de guerre. Son handicap : un équipage sans moral et sans efficacité qui a fait du Cumberland la risée de la flotte. Son bouclier : la Spatiale de l'Union, coeurs d'acier ses vaisseaux, coeurs d'acier ses matelots et ses officiers.

     

    Mon avis :

    Pour l'internaute qui tomberait ici par hasard (mais quand même, ça m'étonnerait), ce roman entre tout pile dans ma madeleine de proust : le space opera militaire !

    N'ayant pas apprécié ma dernière tentative de nouvelle série de space opera (Lazare en guerre de Jamie Sawyer, dont je n’ai pas écrit de chronique), j'ai abordé ce nouveau roman avec une certaine circonspection. J'ai traqué ses défauts tout en espérant ne pas me gâcher moi-même la lecture.

    Et je n’ai pas eu à traquer très longtemps… Ce qui m'a nettement contrariée dans ce premier tome est la manière peu subtile, voire carrément fluorescente, dont H. Paul Honsinger a évacué d'emblée la moitié de l'humanité de son récit, par le truchement d’un virus ciblant exclusivement la gente féminine. Honsinger a écrit son roman en 2012, il y a moins de 10 ans, et même si #MeToo n'était pas encore passé par là, éliminer les femmes d'un roman de ce type est un tantinet voyant, et fait immédiatement penser, peut être à tort concernant H. Paul Honsinger, aux plus conservateurs et misogynes des écrivains américains du genre, les rabbid puppies.

    Sur les vaisseaux de l’Union, il n’y a que des petits garçons, des adolescents et des hommes. Une manière que l'auteur pensait peut-être habile de se rapprocher des récits de guerre maritime mettant en scène les hommes - mousses, cadets et marins confirmés - sur les voiliers britanniques de la fin du 18e siècle, récits dont il s'inspire très largement (voir les aventures de Horacio Hornblower et Jack Aubrey). Mais ma fibre féministe et égalitariste en a pris ombrage, soyons clair.

    Le deuxième défaut du récit tient à l’irréalisme des références historiques des personnages, qui, vivants au 24e siècle, seraient des experts de l’histoire militaire des 19e et 20e siècle. L’amiral Nelson, le général Patton et autres grandes figures des 200 dernières années s’invitent dans les dialogues d’officiers en guerre depuis leur plus tendre enfance… Où et quand auraient-ils eu le temps d’apprendre des références aussi ancienne ? C’est sympathique, mais incohérent.

    Le troisième défaut, si on aime la contextualisation géopolitique, c’est que cette dernière est assez peu développée dans ce premier tome de la série De haut bord. Évidemment, dès qu’on parle de contexte géopolitique, pas grand-chose ne peut se comparer à Honor Harrington. Donc je ne comparerai pas l’incomparable. Je me contenterai de dire que si vous aimez les arrière-plans solides, vous serez peut-être un peu déçu. L’auteur en rajoute au niveau des acronymes, qui donnent l’impression de se substituer, sans succès, à un exposé plus en profondeur du contexte.

    Pour autant, je me dis que grâce cette relative légèreté contextuelle, et pourvu qu’on ne fuit pas devant lesdits acronymes, le roman peut constituer un bon point de départ pour qui s’intéresserait en néophyte au genre du space opera militaire.

    Cela nous amène donc doucement mais sûrement aux qualités du roman.

    Les personnages sont d’emblée sympathiques, bien que relativement caricaturaux. Max (Maxwell ou Maxime ? Je crois avoir vu les deux versions dans le roman, à ma grande confusion) Robichaux est un officier avide de combat rapproché avec les Krags, les ennemis de l’humanité, qui possède aussi des qualités de meneur d’homme. Il a une bonne intelligence tactique et surtout une intelligence humaine, qui lui permet de ramener son équipage dans la norme d’efficacité de la Flotte.

    C’est très certainement ce point qui constitue l’intérêt principal de ce premier tome : la façon dont Robichaux, pour son premier commandement, utilise à bon escient les (un peu trop) excellentes qualifications de ses officiers de bord et mène à la baguette - mais pas au fouet - un équipage psychologiquement très abîmé et démotivé par son précédent commandement pour lui faire retrouver sa fierté. Robichaux est lui-même l’objet d’attention et de soin, laissant deviner une profondeur intéressante, qui je l’espère sera développée dans les tomes suivants.

    Le principal personnage secondaire (oxymore !), qui est souvent le second dans ce genre de roman, est tenu ici par le médecin de bord. Doté d’un peu trop de qualités à mon goût, il n’en reste pas moins tout à fait attachant et sympathique. Les autres personnages, qui n’échappent pas aux clichés, servent le récit et font le job.

    Je mettrai un petit point en plus pour les références constantes, et agréables à l’oeil du lecteur francophone, à la culture, au dialecte et à la cuisine cajun. C’est tout à fait délicieux, dans tous les sens du terme, et cela évite aux personnages principaux de coller à profil WASP trop conservateur. Le médecin est d’ailleurs entièrement hors de la culture blanche américaine : il est de confession musulmane, et d’origine turquo-arabe.

    Bien que sans surprise, l’art et la manière de mener l’arc narratif concernant les hommes à bord sont agréables au lecteur : de l’humour, d’excellents dialogues, et des tirades parfois brillantes. Il y a des moments de grâce, et de rire, à côté desquels il serait dommage de passer.

    Je regrette cependant le traitement « par-dessus la jambe » du sacrifice de certains membres de l’équipage face à l’ennemi (je ne spoile pas plus avant). Les sentiments de deuil et de perte ne sont pas traités, pas plus que l’état d’esprit des soldats au moment de leur sacrifice. C’est d’autant plus dommage que bien d’autres aspects psychologiques sont abordés avec pertinence (voir plus haut, sur l’état moral de l’équipage et de son commandant).

    Ce premier tome de De haut bord propose au lecteur de très nombreux clins d’oeil (trop nombreux parfois) à de célèbres œuvres littéraires ou cinématographiques : les romans maritimes de Cecil Scott Forester et Patrick O’Brian, l’univers Star Trek de Gene Rodenberry, les romans de space opera des monstres sacrés du genre… Le lecteur un peu au fait des œuvres de space opera appréciera, mais sans doute que le spécialiste en sera agacé.



    Pour conclure, malgré d’évidents défauts, le plaisir l’a emporté dans cette lecture du premier tome de De haut bord. L’humour, la qualité des dialogues, l’art et la manière de mener un groupe humain à se dépasser, sont les points fort de ce roman. Suffisamment fort à mon sens pour faire oublier, ou du moins minimiser, ses défauts. Je prévois de lire dans un délai raisonnablement court les 2 tomes suivants.



    Ce billet a été rédigé dans le cadre de l'indétrônable challenge Summer Star Wars de M. Lhisbei, 11e du nom. Gloire à lui, à Lhisbei et à l'enseigne Excel Vador !

    space opera,science fiction

     

     

  • Star Trek : Picard

    star-trek-picard-poster.jpgJe termine à l'instant, plusieurs mois après sa sortie, le dernier épisode de la saison 1 de Star Trek Picard. Un épisode final qui aurait pu l'être plus (final, s'entend), mais qui me remplit de joie, de chaleur, d'optimiste, d'humanisme, d'allégresse et... Bon. Je crois que tout le monde a compris. L'émotion l'emporte.

    Maintenant, on va tenter de revenir à la raison.

    Star Trek : Picard reprend donc le personnage de Jean-Luc Picard, initialement capitaine de Starfleet dans la série Star Trek : la nouvelle génération. Le personnage est toujours joué par Sir Patrick Stewart, devenu iconique grâce à ses rôles dans Star Trek et X-Men.

    Star Trek : Picard propose une nouvelle pousse dans l'univers de Gene Roddenberry. Picard, à la retraite dans son vignoble français, est rattrapé par son passé. Il a quitté Starfleet 15 ans auparavant, avec pertes et fracas, face à la décision d'interdire toutes les formes de vies synthétiques. Hanté par ses souvenirs et son affection pour son défunt ami l'androïd Data, il a très mal vécu cet épisode. Dhaj, une jeune femme en danger de mort, le contacte. Pour sauver Dhaj, puis sa soeur Soji, Picard tente de tirer quelques ficelles de sa vie antérieure au sein de Starfleet. Mais son titre d'amiral ne lui est d'aucune utilité : il est persona non grata. Nous suivons donc, durant 10 épisodes, les efforts pas toujours couronnés de succès de Picard pour tenter de sauver Dhaj, puis Soji, de leurs ennemis.

    Picard est un vieil homme fatigué, malade, têtu et pour tout dire, pas très facile à vivre. C'est aussi un humaniste indécrottable. Le grand âge, la maladie ne l'épargnent pas. Il reste néanmoins farouchement convaincu des grands principes qui ont dirigé sa vie d'explorateur spatial : le respect de la vie sous toutes ses formes, et l'absolue conviction que l'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne.

    Il s'entoure d'un aréopage de personnages plus ou moins vraisemblables, mais qui ont une facette fêlée, abîmée, voire carrément ratatinée. Des personnages attachants, qui réussissent presque tous à acquérir un minimum de profondeur durant les 10 épisodes de cette saison. Ils ne sont pas tous réussis, loin s'en faut. Mais le fait que le spectateur prenne l'histoire en route, avec un passé dont il découvre les détails progressivement et qui a des répercussions essentielles dans le présent du récit, lui permet de s'immerger rapidement dans l'univers et d'accepter ce qu'on lui présente.

    L'héritage de la série Star Trek : la nouvelle génération est clairement revendiqué et l'action se déroule 20 ans après les événements du film Star Trek Nemesis. Je précise que quelqu'un qui n'aurait vu ni la série ni le film, comme moi, ne se sentira pas totalement perdu. Il m'a manqué quelques références, mais cela ne m'a pas gêné pour suivre et apprécier le récit.

    Patrick Stewart, qui aura quand même 80 ans cet été, fait un Picard très réussi, fragile et volontaire. J'ai particulièrement apprécié que la réalisation montre sans fard (ou si peu) l'effet de la vieillesse sur un homme. C'est d'ailleurs un des éléments les plus intéressants de cette énième émanation de l'univers de Star Trek, et du space opera télévisuel ou cinématographique en général ; car en effet, je n'avais pour ma part jamais vu traitée la question de la vieillesse (et je parle bien de la vieillesse, non de la mortalité). Cette fragilité grandissante, cette perte de mobilité, d'énergie et de capacité d'adaptation, ces rides et ces rhumatismes qui s'installent et plus jamais ne nous laissent tranquilles... Tout cela participe de la sensibilité étonnante - et bienfaisante - de l'oeuvre. C'est touchant, c'est philosophique... et c'est une grande félicité.

     

     

    Ce billet a été rédigé avec grand plaisir et dans la joie que m'a procurée Lhisbei, grande prêtresse du Summer Star Wars, lorsqu'elle m'a gentiment invoquée sur les réseaux sociaux pour m'inciter à participer à ce 11e opus. Si vous revoyez (enfin) un nouveau billet sur ce blog, c'est elle qu'il faut remercier !

     

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  • Le marteau de Dieu, d'Arthur C. Clarke

    marteau de dieu.pngRésumé : XXIIe siècle. La Lune et Mars sont colonisées, l'homme règne en maître sur le système solaire et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes... jusqu'au jour où l'on apprend qu'un astéroïde fonce vers la Terre. La collision va libérer une énergie colossale qui détruira toute vie sur la planète bleue. D'ailleurs il existe un précédent : 65 millions d'années avant notre ère, semblable catastrophe mit fin au règne des dinosaures. Un nom s'impose alors pour baptiser l'astéroïde : Kali. Heureusement, les autorités ont tout prévu : le capitaine Robert Singh et son équipage, à bord du vaisseau spatial Goliath, sont chargés de modifier la trajectoire de Kali. Oui, les hommes ont tout prévu... sauf l'imprévisible ! 

     

    Mon avis : j'ai quasiment découvert la plume d'Arthur C. Clarke en lisant ce court roman (moins de 200 pages), car je n'ai aucun souvenir de ma lecture, jadis, de 2001 l'odyssée de l'espace. Voici donc un récit très rythmé, composé de chapitres courts, à la construction assez complexe faite de flash-backs permettant de creuser le contexte et les personnages. Un roman qui m'a surprise par sa modernité.

    J'avais un regard assez condescendant sur Arthur C. Clarke (oui, j'ai osé) : bien que je ne doutais pas de son talent, c'était pour moi un vieil auteur, un des big three (avec Asimov et Heinlein) de l'époque de la SF à papa, qui a écrit ce texte en 1993 alors qu'il avait presque 80 ans. Je ne m'attendais pas à un texte aussi percussif, tant dans la forme que dans le fonds.

    Il y est donc question de la vie de Robert Singh, sur Terre, sur Mars et dans l'exercice de son métier de capitaine de vaisseau scientifique, finalement catapulté responsable de la survie de l'humanité. Un homme complet et complexe, certainement pas un héros sans peur et sans reproche. Il est question évidemment de la découverte fortuite, par un amateur, d'un astéroïde dont la trajectoire finit par menacer la terre, alors même que l'humanité prévoyante avait mis en place un système de surveillance de trajectoire des astéroïdes. Il y est enfin question de toutes les réactions et de tous les plans mis en oeuvre pour éviter cette collision, sans garantie de réussite, par l'ensemble de l"humanité.

    Le Goliath, le vaisseau de Robert Singh, a donc comme mission initiale (teaser !) d'appliquer une poussée régulière et précise sur Kali, l'astéroïde de 2 millions de tonnes, grâce à l'ajout d'une quantité quasi littéralement astronomique de carburant à sa propulsion de base. Une poussée qui doit durer plusieurs semaines pour parvenir à infléchir la course de Kali de quelques mètres, des mètres qui se transformeront en kilomètres à l'issue de sa trajectoire aux alentours de la terre. Mais la vie, c'est comme une boite de chocolat, disait la maman de Forrest Gump : si ça doit merder, ça va merder (oui, bon, vous m'avez comprise : savoir sur quel Murphy on va tomber... ).

    Cet aspect ne constitue qu'une partie du roman, qui pose par ailleurs, avec une légèreté appréciable, un contexte politique et scientifique bien troussé. Les humains ont colonisé la Lune et Mars dans une description crédible qui fleure bon l'auteur qui maîtrise son sujet et qui propose une anticipation plutôt que du space opera flamboyant. Arthur C. Clarke raconte de nombreuses anecdotes de l'histoire des sciences dans son roman, suffisamment bien intégrées dans le récit pour qu'elles nous instruisent sans nous donner l'impression de lire un cours. Il nous prévient que cela nous arrivera et liste les options qui s'offrent à nous dans un futur pas trop lointain.

    Le marteau de Dieu est un roman d'anticipation réaliste, dynamique et sans beaucoup de concessions sur le réel, tant en termes d'avancées scientifiques que de réactions humaines. Il ne prend pas son lecteur pour un imbécile. J'y ai trouvé provende, et j'ai apprécié cette plume bien plus moderne que je ne le pensais.

     

    Une belle expérience de lecture pour inaugurer ma participation au Summer Star Wars - Solo (oui, je sais, il était temps - mais n'empêche que je n'avais pas blogué depuis plus d'un an, alors bon...).

     

    anticipation, science fiction, space opera

     

    Genre : anticipation, science-fiction, space opera (oui quand même un peu)

  • Les Aux', de David Gunn

    1412-faucheur-i_org.jpgRésumé : Sven est un tueur féroce et la pire tête de mule de l’Empire. Il est humain à 98,2 %, ce qui lui permet de guérir d’atroces blessures en un temps record. Repéré par l’Empereur, il est incorporé dans son armée d’élite, les Faucheurs. Là, on lui offre une nouvelle vie… en échange d’une mission suicide. Au coeur de l’ouragan de métal et de feu qui s’ensuit, Sven comprend vite qu’il n’est qu’un pion dans un jeu mortel. Et la règle veut que les pions soient sacrifiés. Mais Sven ne s’encombre pas des règles…

    Mon avis : la série Les Aux' est composé de trois romans : Faucheur, Offensif, et Le jour des damnés. Une trilogie de space opera militaire, pas tout à fait militariste. Elle propose le récit de vie (ou plutôt, de survie), de Sven Tveskoeg, ex-sergent de la Légion et nouveau sous-lieutenant des Faucheurs d'un empire improbable, dirigé par Octo V, empereur âgé de 12 ans... depuis environ 300 ans. 

    Sven est un tueur, un meneur d'hommes - et de femmes -, un type qui préfère agir plutôt que réfléchir, parce que quand il réfléchit, cela lui fait littéralement mal à la tête. Sven est donc un personnage sévèrement burné (dans tous les sens du terme), un bourrin sans nuance - mais pas sans intelligence.

    Tout au long des trois tomes, le lecteur découvre un contexte militaire et politique qui implique les très antagonistes Empire Octovien - celui de Sven -, l'Union-Libre Galactique et l'empire Exarche ; contexte tripartite dans lequel Sven et ses Aux' (auxiliaires) tentent de survivre. Et vu que la plupart du temps, les gens qui les envoient au combat espèrent qu'ils se fassent tuer en chemin, ce n'est guère une tâche aisée pour leur chef de troupe. S'ensuite donc, très fréquemment, d'épiques scènes de massacre, d'étripage (littéral), de fusillades et parfois même de cannibalisme.

    Les Aux' est bien ce qu'il semble être : une série de romans rapides comme l'éclair, violents et cons comme la mort. Descriptions courtes, dialogues courts, chapitres courts. L'environnement SF est assez peu développé, bien que des tas de bonnes idées aient été puisées dans le cyberpunk (Carbone modifié, entre autres...), telles que les implants de sauvegarde de la conscience, les armes intégrées aux corps humains, ou les pouvoirs psychiques augmentés par des additifs extra-terrestres. Aucune réflexion n'est à attendre de sa lecture, qui relève du plaisir simple d'une madeleine de Proust : si tu aimes les punchlines, l'alcool, le sexe et la baston, tu es chez toi. Et oui, parfois, j'aime ça.

    Mais c'est également un peu plus que cela. Lorsqu'on prend la peine de lire la trilogie jusqu'au bout, on découvre une contextualisation politique assez complexe, des personnages dotés de reliefs, comme les fameux Auxiliaires, mais aussi le fameux empereur Octo V, mi-machine mi-humain. Les femmes ont tous les rôles dans ces romans, jolies potiches, putains, combattantes d'exception, dirigeantes militaires ou politiques, femmes d'influence : un bon point pour Les Aux' !

    Bien que totalement militaire, le récit ne peut pas être considéré comme militariste. Le narrateur est douloureusement conscient de son statut de chair à canon, un simple pion manipulé par les grandes puissances qui l'entourent et le manient à leur guise, sans souci aucun de la valeur d'une vie humaine dans le cours d'une guerre.

    Sven est accompagné d'un SIG doté d'un Intelligence Artificielle. C'est à dire qu'il se balade constamment avec un flingue qui parle, critique, commente et n'en fait parfois qu'à sa tête. Et c'est ce personnage improbable qui provoque chez le lecteur de vrais éclats de rire : les traits d'esprit - dans le genre humour noir - fusent entre Sven et son SIG, et font passer crème les aspects plus rudimentaires du roman.

    On rit, on s'amuse à défourailler dans tous les coins et on passe à autre chose. La trilogie des Aux' non seulement ne déçoit pas son lecteur, mais laisse quelques traces plaisantes ; on ne lui en demande pas plus.

     

    Genre : space opera, SF militaire

    Éditeur : Bragelonne, version numérique.

     

     

    Ce billet intègre le Summer Star Wars de M. Lhisbei, avec la participation de Lhisbei et Excel Vador, bénis soient-ils au delà de toutes les galaxies.

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  • Valérian et la cité des mille planètes, de Luc Besson

    395704.jpgGenre : space opera coloré

     

    Synopsis : Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d'agents spatio-temporels chargés de maintenir l'ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha - une métropole en constante expansion où des espèces venues de l'univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d'Alpha, une force obscure qui menace l'existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l'avenir de l'univers. 

     

    Mon avis : Luc Besson sait réaliser des films. Les imaginer, les tourner, les monter. Et en plus, il adore, en SF, si on s'en réfère à ses deux space-operas (Le Cinquième Élément et Valérian), les univers très colorés. Donc, moi, j'aime quand Luc Besson fait un space-opera.

    Évidemment, c'est du Besson. Donc on a une réalisation virtuose, franchement réjouissante, sur une histoire un peu creuse mais enlevée, directement inspirée de deux des albums des créateurs de la BD éponyme, et dont les personnages font preuve d'une maturité qui s'élève au niveau d'un lycéen de seconde. Environ.

    La scène d'exposition est assez drôle, avec l'ajout successif des peuplades à l'ISS et sa transformation en cité des mille planètes, avec quelques clins d’œils sympathiques à des références bessoniennes ou extérieures. Mais ensuite, il faut passer la trop longue scène de destruction de la planète Mül : les très grandes filles longilignes qui dansent en s'étirant et souriant bêtement pendant 20 minutes, ça me gave. On entre ensuite dans le vif du sujet : la mission confiée à Valérian et Laureline, qui permet de passer au rythme du film d'action.

    Dane DeHaan et Cara Delevingne incarnent les rôles-titres, de façon aussi convaincante que possible, vu la faible complexité des personnages. J'ai vu ici et là des critiques virulentes contre le côté falot et pusillanime de Dane DeHaan, mais pour le coup, je trouve que c'est justement là ce qui est intéressant : le film porte son nom, mais il ne porte pas seul le film. Et d'ailleurs, le personnage original de la BD est sacrément bêta. Pas idiot, mais immature. Donc, Valérian par Dane DeHaan, c'est pas mal du tout, je trouve. Il a de jolis yeux et un beau sourire. Il est amusant. Pour une fois, le héros est mignon et compétent mais inconséquent. Il ne brille pas par son épaisseur. Ce n'est pas grave, ça arrive tout le temps au cinéma, d'avoir de tels personnages ; c'est juste qu'en général, il s'agit des personnages secondaires... ou des personnages féminins principaux.

    Le film est donc au moins autant porté, on l'aura compris, par Laureline / Cara Delevingne. Une fille. Jeune, sexy, engagée, avec un caractère affirmé et de la suite dans les idées. Vous pouvez remplacer par « un mec jeune, avec de belles tablettes de chocolat et des pectoraux, engagé, avec un caractère affirmé et de la suite dans les idées », et vous avez un pitch classique des films de SF/action/aventures. Rien de nouveau sous le soleil, donc, si ce n'est qu'on a changé le sexe du protagoniste. Laureline est un peu plus intéressante que son partenaire.

    Je trouve donc très dommageable qu'à la fin du film, *alerte spoiler !* Laureline succombe au charme de Valérian. Comprenez-moi : on sait depuis le début du film que Valérian convoite sa partenaire. Il tient le rôle classique du dragueur impénitent, ce qui agace Laureline. La transformer en poupée presque romantique à la fin du film est donc maladroit et absolument pas crédible. Il aurait été plus logique soit qu'elle le renvoie gentiment dans ses vingt-deux, en attendant qu'il évolue (dans les prochains films ?), soit qu'elle consente avec plus d'amusement et de distance - et non qu'elle succombe comme une potiche.

    Le personnage joué par Rihanna, plein de promesses lors de la scène d'introduction, est maladroitement approfondi par le scénario afin que le spectateur s'y attache en un temps record. Cela ne marche pas du tout. Dommage pour elle.

    Cela posé, parlons de ce qui est pleinement réussi dans le film : une réalisation échevelée, un univers visuel ultra coloré, des scènes d'action étourdissantes - au sens propre. Il fallait le voir au cinéma pour en profiter. Peut-être même en 3D, mais en 2D, ça passait très bien. Je ne parle pas du scénario, qui contient des trous plutôt visibles, mais bien de ce que le spectateur voit. Et ça envoie. C'était très beau, très enthousiasmant, et malheureusement, assez vain. Dommage que le film manque autant d'épaisseur, il est passé à ça de devenir culte.

    Valérian et la cité des mille planètes est ce qu'il annonce être, un blockbuster divertissant : on peut être déçu, mais il n'y a pas vraiment de promesses non tenues. J'ai fait avec, et j'ai apprécié.

     

    Cette chronique aurait dû rentrer dans le Summer Star Wars de Lhisbei et M. Lhisbei, mais j'ai trois siècles de retard. Et trois millénaires d'avance pour l'épisode de l'été prochain...

     

  • L'alliance (La Saga Vorkosigan, tome 18), de Lois McMaster Bujold

    71V4t6nBDhL.jpgGenre : « Ivan, espèce de crétin ! »

     

    Résumé : Lorsqu'il est affecté à la protection discrète et rapprochée d'une jeune représentante du beau sexe sous l'un des dômes de Komarr, le capitaine Ivan Xav Vorpatril, plus connu sous le nom de Cousin Ivan, s'applique à sa tâche avec zèle, quoique sans la moindre discrétion. Il se trouve qu'en réalité, fille d'une des plus puissantes familles de l'Ensemble de Jackson, Nanja Brindis fuit les tueurs qui ont décimé son clan. Mais Komarr n'est pas sûr, et Ivan parvient vite à la conclusion qu'il leur faut gagner Vorbarr Sultana, la capitale de l'empire, pour mettre à l'abri la jeune femme dont la vie ne tient qu'à un fil.
    Un fil... ou un anneau ?  

     

    Mon avis : je ne pouvais évidemment pas laisser passer un Summer Star Wars sans parler d'une de mes séries chouchoutes de space opera, la Saga Vorkosigan. Surtout quand j'ai lu de nouveaux tomes dans l'année.

    Voici donc, pour la première fois, un roman réservé à Ivan Vorpatril, le crétin magnifique, cousin de Miles Vorkosigan. Ivan est un personnage fétiche de la saga, parce qu'il incarne sans aucun doute tout ce que Miles aurait dû être si sa mère n'avait pas été empoisonnée à la soltoxine durant sa grossesse. Au fur et à mesure des 17 précédents tomes de la saga, on apprend à découvrir Ivan. Ivan est intelligent, mais il dissimule son intelligence sous une épaisse couche de fainéantise - qu'il ne cache, elle,  surtout pas. Ivan est léger, ce qui le fait paraître superficiel. Ivan n'est jamais réellement ce qu'il paraît être, même aux yeux de Miles. L'incipit reprend l'exclamation la plus courante qu'on trouve dans la bouche de Miles quand il parle à son cousin - plus exactement, quand il vocifère à son intention. Le gimmick est tel qu'il en est devenu une private joke entre un chauffagiste adepte de SF et moi, au boulot, c'est vous dire. Mais, pardon, je m'égare.

    Avoir tout un tome pour Ivan Vorpatril est donc, de fait, une très bonne nouvelle. Parce que l'avantage avec lui, c'est qu'il ne nous déçoit jamais : il fait gaffe sur bévue, tout en maintenant un cap logique et bien plus subtil qu'on pourrait le croire à ses actions. On rit, beaucoup pour ma part. On est surpris, aussi, et c'est sans doute l'une des grandes qualités du personnage : lorsque sa nature réelle se dévoile, on découvre chez lui des motivations profondes insoupçonnées.

    Ce roman permet également au lecteur de voir Ivan Vorpatril déployer sa connaissance infinie - on peut, à ce point, parler d'érudition -  de la société barrayarane en général, et de la caste Vor en particulier (les Vor étant les nobles de la planète Barrayar). Nous découvrons à quel point les jeux de pouvoir n'ont aucun secret pour lui, et que la raison de l'acquisition de ces savoirs a été une des plus cruelles leçons de sa vie. Sa lucidité sur sa condition est parfois effarante, surtout comparée à l'image qu'il donne de lui. Le roman révèle également à quel point les qualités d'Ivan Vorpatril sont extrêmement utiles, voire nécessaires, dans le cadre de son obscur emploi de secrétaire particulier d'un haut-gradé de l'armée. Et finalement, on comprend les raisons pour lesquelles il se réfugie dans le rôle d'un personnage inoffensif et passe-partout.

    Bien entendu, les clés du personnage Ivan sont dévoilées au cours d'un récit à suspens, mêlant humour, action et coups de théâtre, ainsi que Loïs McMaster Bujold sait fort bien le faire. On se doute évidemment comment se terminera l'histoire dès son début, mais il n'en reste pas moins que le chemin est, comme toujours dans cette Saga, éminemment plaisant. Rien que de l'évoquer ici, quelques temps après ma lecture, je suis joie.

    Cher lectrice·teur, je t'enjoins donc à entamer cette saga, si possible par le titre Cordelia Vorkosigan, afin de connaître toi aussi cette félicité.

     

    Ce billet constitue ma huitième et ultime participation à la huitième saison du Summer Star Wars de M. Lhisbei, porté par Lhisbei et Excel Vador, bénis soient leurs noms dans toutes les galaxies connues et inconnues.

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    PS : oui Lhisbei, tu peux m'inscrire d'office pour l'été prochain. ;)

     

  • Dragon déchu, de Peter F. Hamilton

    1206-10ans-dechu_org.jpgGenre : le capitalisme ultra-libéral appliqué au space opera.

     

    Résumé : Lawrence Newton, en ce XXIVe siècle, n'a qu'un désir, une ambition, sillonner l'espace galactique. Même s'il doit abandonner famille, fortune et pouvoir pour accéder à ce rêve. Vingt ans plus tard, alors qu'il est devenu un simple sergent pour le compte d'une des Grandes Compagnies, il lui semble avoir échoué sur toute la ligne. Mais sur la planète Thallspring, où Lawrence et ses hommes sont chargés d'appuyer un " retour sur investissement ", c'est-à-dire un pillage pur et simple, une légende persistante évoque le Temple du Dragon Déchu. Ce Dragon Déchu, s'il existe, serait un extraterrestre à la puissance colossale. Et Lawrence entreprend de monter, à l'insu de ses employeurs, sa propre petite expédition. Non sans risques. 

     

    Mon avis : le résumé ci-dessus, très linéaire, ne rend pas hommage à la complexité de la construction de ce long roman de space opera, qui introduit de multiples personnages et de nombreux flash-back. Les personnages évoluent, et notre point de vue sur eux également, tout au long du roman. Ils peuvent être à la fois sympathiques et antipathiques, simples et complexes, engagés et cyniques. Les révélations progressives au long du récit font apparaître des motivations et des actes incompris au départ. Rien que pour les personnages, donc, Dragon déchu vaut le coup d'oeil.

    Mais il a bien d'autres atouts dans sa manche, le moindre n'étant pas, comme indiqué en incipit, le capitalisme ultra-libéral appliqué au space opera. Reprenant les codes du genre, Peter F. Hamilton le « met au goût du jour », ce qui d'un point de vue philosophique n'est pas, à mon sens, une bonne chose, mais est, d'un point de vue littéraire, tout à fait intéressant. La conquête spatiale a bien eu lieu, mais en cette fin de 24e siècle, les coûts sont bien trop importants et l'exploration a cessé, faute d'argent. Au temps pour les rêves de l'âge d'or...

    Les très grandes entreprises encore impliquées dans les voyages spatiaux ont un mal fou à faire du bénéfice. En fait, elles n'y parviennent pas avec le simple coût du billet. Les actionnaires ne s'y retrouvent pas. Pour compenser, les armées privées de ces entreprises mènent depuis des dizaines d'années des opérations de pillage en règle des colonies établies grâce à leurs vaisseaux. Opérations menées avec un cynisme qui fait froid dans le dos, qui permettent de récupérer des objets manufacturés, des minerais, de l'artisanat local : tout ce qui peut avoir une valeur aux yeux des actionnaires.

    C'est à travers l'oeil du sergent des forces d'intervention (entendez : de pillage) de l’entreprise Zantiu-Braun, Lawrence Newton, qu'on découvre les planètes colonisées par les humains. Et c'est à travers l'oeil d'un habitante de Thallspring, Denise Ebourn, qu'on découvre l'autre camp, celui des colons en colère. Or, tous deux disposent d'un super-logiciel nommé Apogée, logiciel qui permet à la résistance de Thallspring de mener à bien ses actions de sape sans laisser de trace. Il est donc d'autant plus surprenant que le sergent Newton le détienne aussi. Ce logiciel de pirate, ultra-puissant, proviendrait d'une légende... Dommage que cette légende ne soit évoquée qu'aux trois-quarts du roman.

    Pour les adeptes de space opera militaire, enfin, Dragon déchu propose une version intéressante des armures de combats, des sortes de combinaisons-scaphandres irriguées par le propre sang des soldats, et intégrant une belle panoplie d'armements.

    Dragon déchu fut donc pour moi une intéressante découverte et constitua un agréable voyage. L'approche matérialiste et terre-à-terre de l'exploration spatiale y est développée de façon remarquable, même si le roman ne fait pas l'économie de quelques longueurs. Je recommande.

     

    Ce billet constitue ma septième participation à la huitième saison du Summer Star Wars de M. Lhisbei, porté par Lhisbei et Excel Vador, bénis soient leurs noms dans toutes les galaxies connues et inconnues.

    space opera,science-fiction