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Série télé

  • Nouvelles du pays des camés [3]

    Il y a eu Nouvelles du pays des camés [1] et Nouvelles du pays des camés [2]. C'était il y a longtemps, certes. Mais l'hiver fut long et difficile, et j'ai regardé beaucoup de série. Alors donc, aujourd'hui, voici le troisième épisode relatant mon addiction aux séries télé.

     

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    Jessica Jones saison 2

    Dans cette saison, Jessica Jones, toujours aussi dépressive, doit retourner le couteau dans la plaie et se pencher sur les circonstances de son sauvetage après l'accident qui a tué sa famille. Elle doit tenter de retrouver les responsables de la société IGH, qui l'ont transformée en super héroïne contre son gré, alors même qu'elle souffre d'amnésie pour cet événement.

    Un élément des plus marquants de la saison est la très impressionnante partition de Jeri Hogarth, manipulatrice et manipulée, puissante et fragile. Personnage secondaire présente dans toutes les séries Marvel, elle prend ici une épaisseur et une dimension tragique.

    Cette seconde saison de Jessica Jones expose une magnifique relation mère-fille,  une interprétation brillante de la problématique familiale : le lien filial est simple, mais il n'est pas facile. Il est évident, mais il est ardu à assumer. La scène du dénouement du dernier épisode, dans la grande roue, est d'une beauté indicible.

    J'ai beaucoup apprécié cette deuxième saison, autant que la première. La musique, la photo, la réalisation lente, l'atmosphère... Tout me plaît. Jessica Jones devient décidément une de mes séries de référence.

     

     

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    Sense8 saison 2

    C'est une honte, c'est un scandale : Sense8 n'a pas été renouvelé pour une troisième saison. La bronca des fans furieux n'a poussé le producteur qu'à la réalisation d'un épisode final de deux heures, diffusé le 8 juin 2018. C'est évidemment mieux que rien, mais on se croirait revenu 15 ans en arrière, quand Firefly avait été annulé.

    Mais parlons de la deuxième saison de Sense8. Mmmm... En fait, il est très difficile de parler de Sense8. Cette série se regarde, s'écoute, se ressent, mais elle se raconte mal. Chacun des huit personnages évolue, et avec lui les sept autres, à travers leur connexion télépathique et empathique. J'apprécie particulièrement l'exploration des zones grises de chaque personnage, animé de sentiments humains, pas toujours nobles, qui s'expriment par des pleurs, de la souffrance, de la violence, mais aussi de l'émerveillement, de l'amour, un l'élan vers l'autre.

    Cette série prend aux tripes et ne nous lâche pas, pourvu que la suspension d'incrédulité fonctionne. Elle compte des défauts, comme des maladresses scénaristiques un peu lourdingues, un rythme inégal, mais reste une oeuvre à vivre, bien plus qu'à consommer. Un must.

     

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    Star trek Discovery saison 1

    Je ne suis pas une trekkie historique. J'ai donc abordé cette nouvelle série Star trek avec candeur et sans a priori.

    Après un début un peu poussif pour l'exposition du contexte, les aventures du lieutenant Michael Burnham (Sonequa Martin-Green) se suivent avec intérêt. Son personnage est complexe d'emblée : officier animé de bonnes intentions, elle veut se racheter pour une faute qui déclenche une guerre entre son peuple et les Klingons et provoque la mort de son mentor, Philippa Georgiou (Michelle Yeoh) mais elle finit par être jugé, à raison, pour trahison et condamnée à la prison. Tout cela dans les deux premiers épisodes... Burnham est ensuite récupérée par le capitaine Gabriel Lorca (Jason Isaacs) pour l'aider dans une mission de recherche scientifique ultra secrète menée sur le vaisseau Discovery. Lorca est déterminé, intrigant, pas franchement sympathique mais tout à fait fascinant.

    Les personnages secondaires sont soignés, tels Saru, l'officier en second qui retrouve avec beaucoup de déplaisir Burnham sur le Discovery, Tilly l'enseigne pleine d'optimisme, le très pénible mais brillant mycologue Paul Stamets et Ash Tyler le rescapé. Je mettrai un très moyen 9/20 au jeu peu crédible de Shazad Latif, qui incarne plutôt mal Ash Tyler. Les autres comédiens sont très bons et servent bien l'histoire.

    J'ai adoré Michael Burnham, et j'ai carrrément tripé sur le capitaine Lorca. Jamais je n'avais pensé que Jason Isaacs pouvait être sexy... Bon acteur, oui. Mais fantasmé ? J'en ai été la première surprise.

    Cette première saison de Discovery propose des retournements de situation surprenants et lance plutôt bien la saison deux à venir. A découvrir.

     

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    The Crown saisons 1 et 2

    La seule série "blanche" de cette sélection. The Crown retrace les premières années de règne de la reine Elizabeth 2, depuis son mariage controversé avec le Prince Philip jusqu'à la crise du canal de Suez en 1956 en passant par le grand Smog de Londres en 1952. La série propose une visite de l'intérieur de Buckingham, en joignant habilement les faits historiques avérés et les développements fictionnels de la vie privée de la reine d'Angleterre. Une gageure quand on sait à quel point la famille royale est mutique sur sa vie privée.

    Claire Foy dans le rôle titre est une révélation, extrêmement bien servie par la qualité de la reconstitution et de la réalisation. J'aurai hâte de la revoir dans d'autres rôles. Elle est accompagnée d'excellents acteurs tels que Victoria Hamilton, Vanessa Kirky ou encore Alex Jennings dans le rôle de inénarrable ex-roi Edouard VIII.

    La vie de la reine d'Angleterre vue de l'intérieur : c'est ainsi que la série propose une vision du rôle de la monarchie dans le fonctionnement du Royaume-Uni, rôle millimétré dicté par de longs siècles d'histoire. The Crown permet de saisir pourquoi les changements et les modernisations sont extrêmement lents et difficiles à mener dans ce milieu si particulier, et, sans être laudatif, le fardeau de la fonction royale.

    Bref, The Crown est une excellente série historique, qui a la particularité de parler de personnes toujours vivantes, et qui m'a permis de mieux comprendre certaines dynamiques politiques au Royaume-Uni.

     

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    Altered Carbon, saison 1

    Takeshi Kovacs, un ancien soldat d'élite, est réveillé 250 ans après sa mort par Laurens Bancroft, l'homme le plus riche du monde, alors âgé de plus de 300 ans. Pour gagner sa liberté, Kovacs doit résoudre le meurtre de son employeur, quand tous les indices semblent pointer un suicide. Découvrant ce nouveau monde où la mort n'est plus qu'une formalité, il rencontre Kristin Ortega, une policière qui s'intéresse à lui et une IA facétieuse dirigeant un hôtel. Il finit par accepter d'enquêter sur le meurtre.

    Adapté du roman de Richard Morgan, Altered Carbon (Carbone modifié) est une série d'anticipation sombre et intéressante, qui propose des personnages complexes, traînant littéralement derrière eux une longue histoire semée de morts. Les acteurs sont excellents, Joël Kinnaman et Will Yun Lee en tête. Mais une photo épouvantable et une réalisation poussive gâchent énormément le résultat.

    Mon bilan est donc mitigé pour cette série qui a su tirer partie du roman pour en faire un scénario intéressant et embaucher de bons acteurs, mais qui souffre d'un gros problème de réalisation.

     

     

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    Lost in Space (2018)

    En 2046, John et Maureen Robinson et leurs trois enfants, Judy, Penny et Will, embarquent à bord du Résolution, tout comme d'autres familles à destination d'Alpha du Centaure, pour devenir colons. Mais un incident durant leur voyage les contraint à atterrir sur une planète inconnue. Les bien nommés Robinsons vont devoir faire de nouvelles alliances et travailler ensemble pour survivre dans un environnement hostile, à des années lumières de leur destination prévue.

    Série familiale, Lost in Space propose un récit d'aventure de l'espace (du vrai space opera, coucou le Summer Star Wars !) en prenant pour point de départ la plus ou moins fonctionnelle famille Robinson, où la mère, Maureen, tient la barre avec vigueur et sans-froid. J'ai beaucoup apprécié la richesse des personnages, les Robinson eux-mêmes comme les autres rescapés. Des gentils, des méchants, des entre-deux, des gens qui changent : malgré une distribution forcément réduite par le scénario lui-même, la variété est là.

    Molly Parker en ingénieure et mère de famille et Toby Stephens en père qui cherche sa place (je l'avais beaucoup aimé dans Meurs un autre jour, ça se confirme dans ce rôle très différent) sont excellents ; les enfants aussi : Will attire l'affection des téléspectateurs comme le miel les mouches, servi par un très bon jeune comédien de 13 ans, Maxwell Jenkins. La réalisation tient le rythme, dans de beaux décors naturels. Les Jupiter, navettes spatiales familiales normalement arrimées au Résolution, sont graphiquement bien rendues et deviennent très naturellement notre seconde maison.

    Bref, je me suis sentie chez moi chez les Robinson. En 10 heures de visionnage sur cette première saison, j'ai pris mon pied. J'attends la deuxième !

     

     

    Rendez-vous bientôt (hin hin hin, la bonne blague) pour un prochain épisode de Nouvelles du pays des camés !

  • Iron Fist, saison 1

    Iron Fist.jpgIron Fist, série terminée hier soir. Bon. Alors...

    Prenez un joli blanc aux yeux bleus et aux blonds cheveux bouclés. Faites-le débarquer dans la ville du péché (New York) pieds nus, arborant en écharpe de Miss France une candeur de bisounours et des compétences évidentes en Kung Fu. Donnez-lui, ainsi qu'à ses amis, une très grande quantité de problèmes à résoudre en 13 épisodes seulement, et vous obtiendrez Iron Fist : une série pleine de bonnes intentions et de bons acteurs, gâchés tous deux par l'urgence de la production suivante, The Defenders.

    Les personnages sont à peine présentés qu'ils évoluent artificiellement d'étapes improbables en choix impossibles. La série ne laisse pas le temps au spectateur de les comprendre, de les cerner, de les intérioriser. Il en résulte une histoire bondissant d'une révélation à l'autre, qui lasse à force d'être à la fois attendue et trop rapidement dévoilée.

    Les pivots Claire Temple et Jeri Hogarth font bien le job de liaison intersérie, avec le talent que l'on connaît aux actrices, mais rament pour établir leur légitimité dans l'histoire. Elles y arrivent, mais les coups d'aviron du scénario produisent des éclaboussures.

    Les personnages intrinsèques à la série sont plutôt pas mal. Ne connaissant pas les comics à l'origine de l'oeuvre, je n'ai pas de référence à laquelle me rattacher pour crier au scandale et/ou à la trahison. Ward et Joy Meachum, ainsi que leur père Harold (inoubliable Faramir dans le Seigneur des Anneaux) sont bien campés. Colleen Wing est jouée par une actrice très convaincante et charismatique, son personnage est intéressant, je m'y suis attachée. On connaît déjà Madame Gao pour l'avoir vue dans les autres séries, elle est tout à fait à sa place ici. Je n'ai en revanche pas cru une seconde à l'acteur qui joue Bakuto. Trop latin-lover pour croire à son rôle.

    Reste Dany Rand/Iron Fist, joué par Finn Jones. Honnêtement, il a fallu que je lise sa filmographie pour faire le lien avec le Loras Tyrell de la série Game of Thrones. Je ne l'avais pas reconnu, ce qui est plutôt un bon point pour l'acteur vu le gouffre qui sépare ces deux personnages. Je sais que beaucoup n'aiment pas sa prestation, mais je n'ai pour ma part rien à dire là dessus. Il est expressif et charismatique, et son personnage aurait mérité d'être pensé avec plus de nuances et de profondeur. C'est plutôt son physique de jeune premier qui ne colle pas vraiment au personnage. Et encore, le fait qu'il soit fin et délié est un atout, car il est bien plus crédible ainsi que les superhéros bodybuildés qu'on trouve dans d'autres franchises Marvel.

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    On l'accuse aussi de ne pas convaincre dans les scènes de combat. Moi, ce n'est pas son soi-disant manque d'expérience qui m'a gênée mais la qualité très moyenne des chorégraphies et des prises de vue durant ces séquences. De plus, j'ai tendance à croire Finn Jones quand il explique que le timing de tournage était tellement serré qu'il s'est entrainé seulement 3 semaines avant le début du tournage et qu'il devait apprendre en 15mn ses chorégraphies de combat.

    Tout dans cette série respire la précipitation, du scénario au montage. Les scènes de combat ne font malheureusement pas exception. Le générique de début manque totalement d'inspiration : il est d'un ennui mortel. Les dialogues "philosophiques" empruntent aux clichés les plus éculés sur le bouddhisme.

    Voici un sacré gâchis, surtout si on compare cette série aux exceptionnels Daredevil et Jessica Jones. Bref, Iron Fist est bâclée, alors qu'elle avait de sérieux atouts pour être au moins honnête. Mais la raison marchande a prévalu, laissant Iron Fist aux mains de professionnels qui ne sont peut-être pas forcément incompétents, mais qui n'ont pas eu le temps nécessaire pour réaliser une bonne série.

    Je redoute désormais Les Defenders... Hélas.

     

    Iron Fist, série Marvel disponible sur la plateforme Netlix.

     

  • Pourquoi je montrerai « Supergirl » à ma descendance

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    Supergirl est une série américaine commencée en 2015 sur CBS et continué en 2016 sur CW.

    Elle met en scène Kara Zor-El, cousine de Kal-El, alias Superman. Kara enfant était initialement supposée prendre soin de son très jeune cousin (un bébé) lors de leur arrivée sur Terre, mais son vaisseau s'est perdu en route. Lorsqu'elle arrive à bon port, après des années de sommeil cryogénique, Superman est déjà adulte et bien installé dans sa cape.

    Kara se retrouve donc plus jeune que son petit cousin, et confiée à une famille d'accueil aimante. Devenue jeune adulte, elle enfile elle aussi la cape rouge et le "S" de la famille El pour protéger Central City des forces du mal, terrestres et extra-terrestres. Et comme dans toutes les séries DC Comics (Arrow, The Flash, Legends of Tomorrow), elle le fait accompagnée d'un aréopage d'amis aux talents variés.

    Disons-le immédiatement : la série Supergirl dégouline de guimauve. Elle est totalement niaise. D'une mièvrerie à tomber. Les protagonistes sont aussi fades que des poires, leurs déboires personnels prévisibles et à la fin, c'est toujours Supergirl et/ou ses amis qui gagnent. Le personnage principal est une gentille blanche/blonde/yeux bleux/candide/propre sur elle/pleines de bonnes intentions. Bref, on est très loin d'une Jessica Jones, par exemple. Supergirl est une série pour ado bien élevés des banlieues WASP des Etats-Unis.

    Et pourtant, je la regarde, cette série. Et en plus, je compte la montrer à ma progéniture lorsqu'elle sera en âge.

    Pourquoi, me direz-vous ? Suis-je inconsciente ? Ou peut-être détesté-je mes enfants ?

    Non.

    Quoique...  ;)

    La série Supergirl possède un gros avantage à mes yeux, en comparaison de toutes celles que j'ai pu regarder : la majorité des postes de pouvoir, chef de très grande entreprise de média, POTUS (President Of The United States), officier de l'armée, grand méchant et j'en passe, sont tenus par... des femmes. Un détail qui n'est absolument pas anecdotique.

    Je l'évoquais dans un billet précédent à propos de l'image de l'Afrique aux yeux du reste du monde : lorsqu'une oeuvre, d'autant plus grand public, véhicule une image plausible de ce que pourrait être notre quotidien, il est beaucoup plus facile à tout un chacun d'envisager ce fait comme une réelle possibilité. C'est vrai pour l'image de l'Afrique dans La terre bleue de nos souvenirs d'Alastair Reynolds. C'est tout aussi vrai pour la promotion du rôle social des femmes dans Supergirl.

    Le côté sirupeux de Supergirl, son public-cible ado-adulte féminin n'échappera évidemment à personne. Mais c'est justement là que l'intérêt du discours féministe de la série réside : il s'agit de montrer littéralement au plus grand nombre, dans une histoire banale, que tous les avenirs sont possibles pour les femmes. Sans surligner le discours, sans démonstration ni explicitement. Juste en donnant à voir au détour de l'intrigue une femme dans un rôle qui, dans d'autres séries ou films, est presque toujours occupé par un homme.

    C'est donc, à mon sens, une série à montrer à des préados ou ados, filles et garçons, afin de contrecarrer, ne serait-ce qu'un tout petit peu, la masculinité prégnante de toutes les autres. Car dans notre société, et particulièrement dans la culture et la langue française, l'incarnation de la neutralité de genre est toujours... masculine.

  • Jessica Jones, de Melissa Rosenberg

    jessicajones.jpgJessica Jones est une série dont la première saison a été diffusée sur Netflix à l'automne 2015. Elle est adaptée d'un comics né au début des années 2000 et s'inscrit dans le programme de domination du monde culturel établi par la société Marvel (il faut avouer que ça marche plutôt bien, leur business).

    Le sujet : Jessica Jones est détective privé dans Hell's Kitchen, essentiellement pour de sordides affaires d'adultère.

    Jessica Jones est râblée autant qu’un moustique à la diète (copyright Aldebert).

    Jessica Jones boit comme un trou, du mauvais whisky de préférence.

    Jessica Jones est fauchée en permanence et ressemble à une épave à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

    Jessica Jones est tout sauf sexy, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une vie sexuelle.

    Jessica Jones est dépressive, tendance suicidaire. Gros traumatisme en amont.

    Ah, oui, Jessica Jones est dotée d'une force phénoménale et d'une résistance hors normes. A tel point qu'elle peut presque voler.

    Mon avis : J'ai aimé Daredevil, vous le savez puisque vous avez lu ma chronique (ou pas). Eh, bien, apprenez donc que j'ai a-do-ré Jessica Jones. Pourtant, Dieu sait que les débuts sont carrément flippants. Et que je n'aime pas ce qui fait peur. Mais voilà, Jessica Jones a des tonnes d'atouts dans sa manche.

    C'est un thriller psychologique extraordinairement réaliste, alors même qu'il fait régulièrement référence à des superpouvoirs. Un mélange pas tout à fait évident, vous le reconnaîtrez. L'atmosphère noire et les non-dits post-traumatiques forment une trame étouffante, où la dépression suinte par toutes les portes mal fermées. Je dis la dépression, mais en réalité, il s'agit plutôt de culpabilité. Jessica Jones respire en permanence dans un nuage de culpabilité. Plus que tout, c'est cela qui nous émeut dans ce personnage. C'est irrespirable par certains moments, mais addictif. L'héroine vit sans trop savoir pourquoi, et ne s'en sent pas vraiment le droit. Le récit nous amène progressivement à comprendre pourquoi elle en est arrivée là, sans jamais s'attarder sur le comment. J'ai apprécié cela : la trame n'est pas trop démonstrative, elle laisse la place à l'imagination, à l'ellipse : le téléspectateur remplit lui-même les trous du récit.

    Quand on parle de thriller psychologique, on parle normalement d'un récit qui vous file des frissons rien qu'avec l'idée qu'on se fait de quelque chose. Jessica Jones, c'est une série au début de laquelle on passe notre temps à avoir peur de quelque chose, mais on ne sait pas de quoi. Ou de qui. Et quand on finit par l'apprendre, on a toujours les chocottes. Autant dire que le contrat est honoré !

    Jessica Jones, en tant que série, propose des personnages féminins extrêmement intéressants et puissants. Jessica elle-même bien entendu, mais aussi son amie Trish Walker, et l'impitoyable avocate Jeri Hogarth. Sans parler du rôle couteau suisse de Claire Temple, qui officie également dans Daredevil. Des femmes qui n'ont besoin de personne pour les protéger, se battent contre l'adversité et trouvent même la force, parfois, d'aider leurs proches malgré les tombereaux de merde qui leur tombe sur le coin du nez. Enfin, sauf Jeri Hogarth, hein, parce que jouer les bons samaritains n'est pas vraiment dans ses cordes.

    Si Jeri Hogarth et de temps à autre Trish Walker se montrent sous un jour très sophistiqué (maquillage, coupe de cheveux, tenue vestimentaire, ongles et j'en passe), ce n'est jamais le cas de Jessica Jones ni de Claire Temple, qui se contentent d'être. Cernes, vêtements négligés et pratiques, pas de brushing à l'horizon. Un autre bon point pour la série : j'aime quand on arrête de prendre systématiquement les femmes pour des jolies choses décoratives.

    Bien entendu, les messieurs ne sont pas en reste, avec entre autres l'impénétrable (dans tous les sens du terme) et trèèès sexy Luke Cage, le diabolique Killgrave - qui nous file d'épouvantables cauchemars (sacré David Tennant...) et l'attachant Malcom, le voisin junkie de Jessica. Tous les personnages, femmes et hommes à égalité, souffrent de faiblesses qu'ils doivent combattrent, et face auxquelles ils échouent régulièrement, parfois lamentablement. Je ne peux que saluer une telle équité.

    Et puis, Jessica Jones propose aussi, comme dans d'autres séries US récentes que je regarde, une vraie diversité : il y a non seulement des femmes réellement représentatives en qualité et en quantité, mais aussi des blacks en nombre superfétatoire s'il ne s'agissait que de remplir les quotas, des latinos, des homosexuel(le)s... Et ce joyeux petit monde se mélange et interagit sans vraiment de tabou. Utopique sans doute, mais n'empêche que voir cela permet au téléspectateur lambda, le fameux redneck américain, celui qui ne se nourrit que de séries TV et du 20h de FoxNews, de voir quelque chose de différent de son quotidien et des discours qu'il entend ailleurs. Je n'ai pas dit Trump.

    Une série à découvrir absolument.

  • Daredevil, la série

    charlie-cox-in-marvel-daredevil.jpgDaredevil est un comic de Marvel, adapté au cinéma il y a treize ans (2003) avec Ben Affleck en justicier. Une adaptation qui avait laissé un goût amer dans la bouche des fans, et pas de goût du tout dans celle des néophytes. Marvel a donc relancé l'adaptation sous la forme d'une série distribuée par Netflix. Deux saisons ont été diffusées à ce jour, avec Charlie Cox dans le rôle titre.

    Et là, on a comme qui dirait changé d'univers. Le format long permet de poser tranquillement un bouquet de personnages, de développer leurs caractères sans raccourcis artificiels et de parfaire le profil des personnages secondaires. D'installer une atmosphère. Et en termes d’atmosphère, on est servi !

    Matt Murdock et son pote Foggy Nelson ouvrent un cabinet d'avocats dans Hell's Kitchen, à New York. Ils n'ont pas un rond, mais un sens aigu de la justice et sont susceptible de se faire payer en apple pie ou en régimes de banane. Hell's Kitchen n'est pas un quartier beau à voir, surtout pas la nuit dans les contre-allées. On y trouve des trafiquants, des délinquants, des drogués et des criminels. Et ce ne sont pas les plus cradingues qui sont les plus dangereux. Mais il y a aussi des gens bien, souvent victimes des premiers.

    Matt Murdock croit en la justice et en la loi, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Il applique donc la loi le jour, en tant qu'avocat, et la justice la nuit, en tant que Daredevil. Il est catholique, croyant, et de ce fait, il refuse de tuer. Bon, par contre, casser des jambes, des bras, des nez, démonter des gueules et réduire en charpie les malandrins ne lui pose aucun problème, pourvu que lesdits malandrins soient toujours vivant à la fin. Matt en ressort avec quantité de bleus, de bosses et de coupures, parfois même des fractures. Les nombreuses scènes de baston entre Daredevil et les truands sont spectaculairement... réalistes. Au plus près de la "vraie vie". Les effets spéciaux (ou ceux de manche, d'ailleurs) sont eux, quasi absents, pour notre plus grand bonheur. Chaque saison nous propose au moins une scène de combat en plan-séquence de plusieurs minutes, de véritables chefs-d'oeuvre en la matière.

    Matt Murdock est aveugle mais pas vraiment, il est gentil mais pas vraiment, il est poilu mais pas vraiment (cette manie des américains de faire disparaître la moquette poitrinale des acteurs par ailleurs très pourvus en pilosité... pff). Charlie Cox, tout en sourire et en douceur lorsqu'on le voit sur ses vidéos ou photos de promotion, peu paraître déplacé dans ce rôle de justicier sombre et torturé. Mais il parvient à donner une dimension intérieure étonnante à son personnage : son Matt Murdock parle bas, présente un profil modeste, il est peu expressif de son corps ou de son visage. Sans pour autant être un robot, car Charlie Cox est un bon acteur. Simplement, on a la nette impression qu'il concentre son personnage à l'extrême, qu'il donne à Matt Murdock une capacité d'attention soutenue à son environnement, s'effaçant en partie pour n'exploser que lors des bastons. Bref, son Daredevil a de l'âme en plus d'avoir un corps.

    Une chose est sûre : une femme hétéro ou un homme homo aura immanquablement envie de lui faire des câlins et des bisous. Tout le temps. Si. Voire plus si affinité, bien évidemment. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais... c'est comme ça.

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    [ Cela a peut-être un rapport avec le fait qu'il n'est vraiment pas dégueu à regarder. ]

    Foggy, joué par Helden Henson (le cameraman muet de Hunger Games), incarne en début de la première saison l'ami fidèle, le compère maladroit mais dévoué. Son personnage évolue beaucoup entre le milieu de la saison 1 et la fin de la saison 2 ; il prend de l'épaisseur, montre de vrais talents, et fait des choix qui sont susceptibles de l'éloigner de Matt Murdock / Daredevil.

    Karen Page, d'abord sauvée par Daredevil, devient l'assistante du cabinet Nelson & Murdock. Son statut évolue lui aussi considérablement durant les deux saisons, passant de celui de jolie victime blonde à celui de battante tout aussi blonde, mais pleine de ressources, qui prend de multiples initiatives personnelles sans demander l'avis de personne - et même, de préférence, en catimini. Bref, Karen Page bénéficie d'une trame narrative intéressante, particulièrement au cours de la saison 2.

    Wilson Fisk et Frank Castle, les méchants des saisons 1 et 2, incarnent des personnages complexes, aux motivations pas forcément discutables, à la fois cruels et désespérés, violents et fragiles. Ils sont véritablement fascinants. Rien que le personnage de Fisk vaut le détour, tant il est implacable et glaçant. Les personnages secondaires, comme celui de Claire Temple, l'infirmière abonnée aux gueules cassées ou James Wesley, le très efficace lieutenant de Fisk, sont particulièrement soignés.

    La justice sociale est au coeur de Daredevil. Les clients de Matt et Foggy sont victimes d'un capitalisme crapuleux et sauvage, qui les exproprie, leur extorque le nécessaire vital et les considère pour quantité négligeable. Le sentiment d'impuissance des petites gens prédomine souvent : face aux puissants, les riches de ce monde, les politiques, mais face aussi aux interventions inhumaines ou surhumaines de l'univers Marvel (Thor, Captain America, les invasions aliens, les pouvoirs inhabituels de Jessica Jones ou Luke Cage...) évoquées indirectement dans la série. Ce sentiment d'impuissance est finalement le moteur du combat de Daredevil, à la fois son frein et son accélérateur, en fonction de son état psychologique et du nombre de tuiles qui lui tombent sur la tête.

    Daredevil est donc une série très recommandable, adaptée à tous ceux qui supportent les scènes de combat violentes. Et un jour, je vous parlerai de Jessica Jones.

     

    Daredevil, série visible sur Netflix. Deux saisons de 13 épisodes chacune produites à ce jour.

  • Sense8, de Lana Wachowski, Lilly Wachowski et J. Michael Straczynski

    carte.jpgL'histoire : partout dans le monde, des hommes et des femmes prennent conscience qu'ils voient, entendent et ressentent des choses qu'ils ne devraient pas voir, entendre ou ressentir. Et ces personnes comprennent progressivement qu'elles ne sont pas folles, mais qu'elles sont connectées à d'autres personnes, de parfaits inconnus, qui vivent à des milliers de kilomètres de chez eux. Une coréenne, une indienne, une islandaise, un allemand, un kenyan, un mexicain et deux américains vivent chacun dans leur pays mais vivent et sentent ce qui se passe chez les huit autres. Ce sont des sensitifs.

    Mon avis : J'ai mis du temps à regarder cette série de Netflix. Pour les 12 épisodes, il m'a fallu presque deux mois. Pourquoi ? Pour la raison que vous retrouvez partout sur le net dans les articles critiquant Sense8 : le début est très lent. Extrêmement lent. Et en plus, il est quasi incompréhensible. Mais on s'accroche car on sent comme une promesse. On prie très fort pour ne pas être une nouvelle fois déçu par les Wacho... Et la promesse est tenue !

    D'abord, la mise en scène : certains personnages prennent "possession" du corps d'un autre pour un court instant, en général dans un moment de crise, ce qui nécessite un jeu de caméra diablement malin. Il parvient à escamoter un acteur au profit de l'autre de façon totalement invisible pour le spectateur. C'est très bien fait et carrément jouissif pour celui qui regarde.

    Ensuite, la nuance. La subtilité. La complexité. La valeur du non-dit. Toutes ces choses que l'on trouve habituellement très difficilement dans les productions à destination du public américain sont ici déployées avec intelligence et avec une grande sensibilité. Les personnages partagent leurs émotions avec leurs alter ego, et ce partage est un pur moment de magie, chaque fois qu'il se produit.

    Rien n'est ce qu'il paraît au premier abord, et chacun des huit sensitifs possède une personnalité profonde, complexe, parfois contradictoire. Bref, ils sont humains, au lieu d'être des outils au service d'un scénario. Ils ne sont pas démonstratifs, ils se contentent d'être. Leurs émotions sont aussi visibles que leurs actes ; les liens qu'ils tissent entre eux et avec leurs proches prennent une intensité parfois sidérante. Vous avez vu ou verrez sur le web des évocations de la scène de sexe, qui est l'une des illustrations de cette sidération que l'on ressent parfois dans Sense8.

    sense8.png

    Enfin, l'altérité est bien évidemment au coeur du propos de Sense8 : l'autre est différent, il est de culture, de sexe, de langue, de genre, de sexualité différente de la mienne, mais pendant quelques secondes, il est moi - et je suis lui. Cette coexistence littérale induit une expérience intime de l'autre, de sa façon d'être, de penser, de se comporter, de bouger. Elle amène le personnage, et de là, celui qui le regarde (moi, la spectatrice) à accepter ce qu'il voit. Il n'y a pas de latitude, de recul suffisant pour laisser à l'analyse, ni, a fortiori, au préjugé, le temps de s'installer. On se prend l'autre en pleine face. On fait avec. Et on en conclut qu'on y survit sans vraiment de mal. C'est une des meilleures leçons que j'aie jamais reçue sur l'acceptation de l'autre.

    Sense8 a révélé une chose : c'est que les Wacho sont fait pour le format série, et non pour le format cinéma (un article d'Allociné évoque la question). Ils ont tellement de choses à raconter que leurs films finissent toujours par être à la limite du ridicule, ou mauvais, ou alors, s'ils sont assez bons, ils font un four. Matrix est l'exception qui confirme cette malheureuse règle.

     

    Sense8 est mon gros coup de coeur en série télé pour l'année 2015. Je vous la recommande, avec un conseil en prime : soyez patient, ne cherchez pas à comprendre. Vous ne l'apprécierez que mieux.

    Le feu vert a été donné aux soeurs Wachowski (oui, cette fois, les deux ont changé de sexe) et J. Michael Straczynski pour une deuxième saison. Espérons qu'elle me procure autant de plaisir que la première...

  • Killjoys, de Michelle Lovretta

    Killjoys 1.jpgKilljoys est une série de la chaine canadienne Space, diffusée aussi sur SyFy, mettant en scène des chasseurs de prime dans le Quad, un système planétaire lointain. Ces mercenaires intergalactiques risquent leurs vies pour capturer leurs cibles et tentent de rester impartiaux tandis qu'une guerre des classes est sur le point de débuter.

    Comme dans Dark Matter, Killjoys met en scène des mercenaires. Comme dans Dark Matter, ils vivent dans un vaisseau spatial et voyagent entre les planètes. Et comme dans Dark Matter, c'est une fille badass qui dirige le groupe. Cela fait beaucoup de points communs (sans compter l’esthétique bleue et noire encore plus omniprésente ici...).

    Dutch et John sont chasseurs de prime. Ils sont amis et travaillent ensemble depuis longtemps. Le frère de John, D'avin, ancien soldat, débarque et prend le troisième pied de tabouret dans l'équipe. Dutch sait se battre et porter des talons aiguilles en même temps. John et D'avin sont sexys et costauds. Dutch a une incroyable frange et une noire chevelure luxuriante, des lèvres pulpeuses et un maquillage sombre autour de ses yeux clairs. John et D'avin sont toujours sexys et costauds. Bon, le premier est aussi un excellent technicien, le deuxième un excellent combattant.

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    Le Quad est un système solaire de 4 planètes, dont 3 sont réellement habitées. Nos amis les mercenaires passent de l'une à l'autre en trois coups de cuillère à pot, quasi plusieurs fois par jour (ça, ça fait con). Leurs écosystèmes sont d'une simplicité enfantine (la ville sale, le monde agricole et la planète des riches). Le vaisseau spatial est habité par une IA, Lucy, qui a comme qui dirait un faible pour John. Bref, les platitudes et les clichés ont tout l'air de s'enfiler comme des perles au début de cette saison de 10 épisodes.

    Et puis, et puis, une fois passée cette désillusion, on découvre une assez intéressante observation de la lutte des classes. Mais les systèmes politiques et économiques sont plutôt bien pensés et les groupes sociaux sont si distants les uns des autres qu'on dirait pratiquement des castes. De plus, l'interpénétration des intérêts politiques à l'échelle du Quad se révèlent progressivement, complexes et paradoxaux, autorisant une espérance d'ambition pour Killjoys, renouvelée pour une deuxième saison (rôôô, ben comme Dark Matter, dis donc !).

    Une série qui commence comme une purge et révèle quelques promesses alléchantes en fin de saison. A essayer, donc, si on a du temps devant soi.

     

    Cette chronique s'inscrit dans le cadre du Summer StarWars de M. Lhisbei, béni soit son nom, celui de Lhisbei, ainsi qu'Excel Vador, leur fidèle assistant.

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