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Impromptu - Page 10

  • Etiquette & Espionnage (Le pensionnat de Mademoiselle Géraldine, tome 1), de Gail Carriger

    Pour ceux qui seraient passé à côté l'an dernier, Cail Garriger est une auteure américaine fascinée par ses ancêtres grands-bretons. Elle a écrit une pentalogie intitulée Le protectorat de l'ombrelle dont vous trouverez ici ma chronique enthousiaste.

    Apprenant que la dame avait remis le couvert, dans le même univers que la précédente série, j'ai sauté sur le premier tome. Que j'ai lu en 24 heures, journée de travail comprise (non, je ne lisais pas pendant mes heures de travail. Juste à la pause de midi).

    Etiquette-espionnage-1.jpgBon. Je vous le résume rapidement : Sophronia est une petite demoiselle de 14 ans, qui fait le désespoir de sa mère. Elle préfère grimper aux arbres et se cacher dans les monte-plats plutôt qu'apprendre les bonnes manières. Or, dans l'Angleterre victorienne, les bonnes manières sont indispensables. La maman envoie donc sa progéniture dans un très sélect pensionnat pour jeunes filles. Pensionnat qui se révèle fort intéressant pour Sophronia, car son enseignement, bien qu'il comprenne - et à haute dose - l'apprentissage des bonnes manières, propose également des cours tels que le sport, le combat, la manipulation, la collecte d'information (doux nom pour l'espionnage) et l'assassinat.

    Orbit continue à proposer des couvertures d'un goût particulier, que certains pourraient qualifier de douteux. Bien que celle-ci soit à mon sens plus réussie que celles (réunies) des 5 tomes du Protectorat de l'ombrelle. Mais on partait de loin.

    Cail Garriger insère dans cette nouvelle série les éléments contextuels qui faisaient le charme du Protectorat de l'ombrelle : l'époque victorienne, les froufrous de la mode à triple jupons, les exigences plaisamment ridicules de l'étiquette, et les êtres surnaturels. Et, oui, n'oublions pas : un personnage féminin qui dépote et se démène dans un univers sexiste (sans pour autant être suffragette, notez bien).

    Hélas, trois fois hélas, le charme s'arrête là. Le scénario est rebattu : une ado un peu à part qui découvre une école à son goût et se fait très vite des amis et des ennemis ? Harry Potter. Des aventures dont la chute coïncide étonnamment bien avec les vacances scolaires ? Mmm... Harry Potter. Une héroïne qui dissimule la vérité sur son école à sa famille ? Attendez voir... Ah, oui ! Harry Potter.

    Bref, zéro inventivité. De la littérature de divertissement adulte un peu originale dans la première série, nous sommes passés ici à une littérature ado réchauffée. Le fait que le public ciblé soit plus jeune me déçoit un petit peu, mais en réalité, c'est le « réchauffé » qui me dérange. Quel dommage de perdre ainsi sa saveur !

    Et encore, je ne vous ai pas parlé du pire...

    Le pire, c'est la langue. Pour une raison non élucidée, Cail Garriger a "simplifié" son écriture, perdant en élégance et en mordant ce qu'elle pensait peut-être gagner en clarté, proposant des mélanges improbables de niveau de langage, dans lesquels les anachronismes deviennent indigestes - alors qu'ils apportaient une touche humoristique dans le Protectorat de l'ombrelle. Je ne sais pas comment Sylvie Denis s'y est prise pour faire cette traduction, mais je ne l'envie pas.

    Au nom de quoi avoir appauvri la langue ? Parce que le coeur de cible est adolescent ? Mais puisque c'est un lectorat que l'esthétique steampunk attire, il devrait être parfaitement capable, à 14 ans, de s'adapter à une langue un peu soutenue ! Ou comment prendre, une fois encore, les ados pour des imbéciles...

    Je suis tout de même curieuse de voir comment va évoluer la série. Le prochain tome, intitulé Corsets & Complots, sortira en septembre. Peut-être enverra-t-il la série sur une orbite un peu plus haute. Je l'espère. Parce qu'en attendant, je ne peux vous conseiller qu'une chose : allez donc lire le Protectorat de l'ombrelle.

     

    Genre : steampunk, fantastique

    Edition : Orbit, 2014. Disponible également en format numérique.

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    Ce billet s'inscrit dans le cadre du challenge SFFF au féminin, lancé par Tigger Lilly, du Dragon Galactique. [Edit du 17 juin 2014].

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  • La Saga Vorkosigan, de Lois McMaster Bujold

    Je viens de terminer le 5e volume de l'intégrale de la Saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold. L'été dernier, durant le Summer Star Wars de Lhisbei, je vous avais parlé du premier roman du volume 1 de l'intégrale, Chute libre. Ce billet, en revanche, détaille tous les romans de l'intégrale.

    Avant de commencer, un rappel : cinq des titres de cette saga ont reçu les plus prestigieux prix littéraires de SF (Locus, Nebula et Hugo). Un record inégalé pour une même série.

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    L'attrait principal de la Saga Vorkosigan réside dans son héros éponyme, Miles Vorkosigan. Avorton lourdement handicapé par un squelette friable, une taille largement en dessous la norme (1m48), et victime des violents préjugés de la société dans laquelle il naît, Miles débute mal dans la vie. Tellement mal que certains de ses proches veulent sa mort, au regard de son apparente monstruosité.

    Mais Miles, outre ses géniteurs hors du commun (que l'on apprend à connaître dans les premiers romans, L'honneur de Cordelia et Barrayar), est doté d'un cerveau agile. Tellement agile qu'il confine au génie. Accro à l'adrénaline, il n'a peur de rien, et surtout pas de se blesser - ou de mourir. Alors, il ose tout, de préférence les audaces les plus improbables eu égard à sa condition physique.

    A 17 ans, Miles tente l'entrée à l'école militaire de Barrayar, son monde. Il échoue, bien évidemment, aux épreuves physiques. Il prend alors l'air, au sens figuré et littéral. Il part sur le monde sa mère, Beta. Une fois là-bas, il se rend maître, par un coup de poker inopiné, d'une flotte de mercenaires spatiaux. Il en devient l'amiral sous une fausse identité. Et il met cette force au service de Barrayar et de son empereur et néanmoins frère de lait, Gregor Vorbarra.

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    A partir de ce coup d'éclat, Miles commence une vie de schizophrène, passant de l'identité de Miles Vorkosigan, simple Lieutenant de la Sécurité Impériale, fils mutant et pistonné des aristocrates les plus en vue de la planète, à celle de l'amiral Miles Naismith, chef suprême des mercenaires Dendarii, casse-cou audacieux et génial, son double ultra secret.

    Une vie de danger, de folie, une vie à la fois excitante et frustrante, où ses plus grands exploits doivent être passés sous silence à chaque retour sur Barrayar, pour des raisons de sécurité. Barrayar sur laquelle il continue donc à être un monstre de foire, considéré si ce n'est avec mépris, au moins avec dégoût.

    Je suis ravie par la qualité globale de cet univers littéraire. Celui-ci est inévitablement inégal, en raison de la quinzaine de romans et nouvelles qui le constituent. Mais l'ensemble forme une Oeuvre, avec la majuscule.

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    La très grande force de La saga Vorkosigan réside sans aucun doute dans la multiplicité des angles d'attaque du récit. Lois McMaster Bujold ne cède sur rien : ni la richesse et la profondeur psychologique des personnages, ni l'action, ni la vivacité des dialogues. Tout y est, en quantité et en qualité.

    En lisant ces romans, je suis scotchée par l'action, je pouffe de rire à chaque réplique de Miles ou de ses acolytes (je vous recommande particulièrement les dialogues de Miles avec son cousin Ivan Vorpatril...) et je suis émue, parfois aux larmes, devant la fragilité et la souffrance des personnages.

    On pourra dire qu'il y manque quelques détails : une anticipation crédible de la diaspora humaine dans les étoiles, ou encore une base scientifique cohérente, développée et solide pour les voyages spatiaux. Mais nous ne sommes ici ni dans Dune, ni dans Honor Harrington, encore moins dans la hard-science façon Kim Stanley Robinson. Nous sommes dans le space opera le plus divertissant, mais qui, pourtant, développe une thématique singulière.

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    Car s'il est une particularité dans l'univers créé par l'auteur, c'est la place importante accordée au handicap. Plusieurs des principaux protagonistes, Miles en premier, souffrent de handicaps physiques ou psychologiques sévères. Résultats d'agressions, de mauvais traitements, ou simplement de malchance, ces handicaps sont constitutifs de leur personnalité.

    Leur souffrance provoque dans certains cas des séquelles psychiques et physiques sérieuses, avec lesquelles les protagonistes doivent vivre : comportements déviants, tendances suicidaires, personnalités multiples. Leurs motivations et leurs actions sont partiellement basées sur ces souffrances. Ils en paient trop souvent le prix fort. Et c'est à mon sens ce qui élève la Saga Vorkosigan au delà du simple divertissement.

    Une fois de plus, la preuve est faite pour moi que la SF est un moyen de réfléchir à une thématique réelle, quotidienne, et parfois douloureuse, à travers le prisme ludique et "indolore" de la distance fictionnelle. Divertissant, oui. Gratuit, non.

    La saga de Miles est donc en passe de devenir, à l'instar du Vol du dragon d'Anne McCaffrey, un de mes « livres-doudou ». De ceux que je lis quand rien ne va plus, que mon moral est en berne et que je n'ai pas envie de lire. Autant te dire, cher ami lecteur, que je t'encourage à mettre ton nez dedans...

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    Voici la distribution des romans et nouvelles dans les intégrales. Les titres entre crochets sont les premières traductions françaises, modifiées lors de l'édition en intégrale (plus fidèles aux titres originaux).

    Intégrale 1 :

    Intégrale 2 :

    Intégrale 3 :

    Intégrale 4 :

    Intégrale 5 :

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    Ce billet s'inscrit - avec retard - dans le cadre du challenge SFFF au féminin, lancé par Tigger Lilly, du Dragon Galactique. [Edit du 14 avril 2014].

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  • En passant...

    ... J'ai fini aujourd'hui la 3e saison de la série américaine Teen Wolf. Si, souvenez-vous, je vous en parlais dans la première édition de Nouvelles au pays des camés.

    Et bien, Je l'ai terminée le sourire aux lèvres. Incroyable mais vrai, cette série a nettement augmenté son niveau dans la 2e moitié de la 3e saison.

    Pour comprendre, il faut savoir qu'une saison de Teen Wolf est diffusée en deux temps : la première moitié, des épisodes 1 à 12, durant l'été, et la seconde moitié, épisodes 13 à 24, durant l'hiver.

    teen-wolf.jpg

    Souvenez-vous de ce que je disais la dernière fois :

    « J'ai une affection toute particulière pour Stiles, le meilleur ami du héros. Stiles est le faire-valoir parfait, il est drôle malgré lui, comme il se doit, et il me fait véritablement hurler de rire. »

    Dans cette 2e partie de saison, mon grand ami Stiles, joué par l'excellent Dylan O'Brien, prend de l'épaisseur. Un fait qui n'est sans doute pas étranger à mon enthousiasme.

    Alors que le héros, Scott, est installé dans son rôle de leader malgré lui à la fin de la première partie de la saison, la dynamique de la série bascule. Elle devient plus collective, et les rôles de Scott et de Derek sont mis en retrait. Ils s'insèrent dans un groupe d'action, constitué de toutes les forces vives, normales et paranormales de la série : les chasseurs de la famille Argent, le shérif, le vétérinaire, les loups-garou, la banshee et la kitsune (la petite nouvelle de la série).

    Stiles, malade et dépressif, a peur de dormir. Diagnostiqué de la même maladie cérébrale qui a emporté sa mère, il perd pied. Une enquête menée par ses amis inquiets révèle qu'il est habité par un esprit maléfique d'origine nippone, le nogitsune, et commet bientôt, contre sa volonté, nombre d'actes de barbarie. Totalement hors de contrôle, sa personnalité propre affaiblie au point de disparaître, Stiles est désormais l'homme à abattre.

    Nogitsune_Stiles.png

    Cette deuxième partie de saison met l'accent sur l'atmosphère. De la série pour ado qui intègre un élément fantastique, on passe à une série fantastique avec des ados dedans. Ce qui change tout. Le suspense, l'ambiance, la montée de tension, les apparitions paranormales inexpliquées, les cadrages dynamiques et serrés, la photo sombre... Tout cela emporte le téléspectateur dans un vrai thriller d'angoisse. Au regard des adeptes des films d'horreur, cela reste certainement gentillet. Pour moi, c'est amplement suffisant.

    Le jeu de Dylan O'Brien, grâce à son rôle schizophrénique Stiles/Nogitsune, prend une profondeur inattendue. Oublié, le faire-valoir comique. Lorsqu'il est le Nogitsune, il apparaît froid comme la glace, malveillant et venimeux. Il file une sacrée chair de poule. Quand Stiles redevient lui-même, conscient des dégâts dont il est responsable, sa détresse, la certitude de l'inéluctabilité de sa propre perte le transforment en personnage dramatique, au destin inévitablement tragique. Il nous émeut.

    Un petit mot supplémentaire pour Daniel Sharman et son personnage d'Isaac, qui de vaguement inutile, a pris une étoffe intéressante ; un peu grâce au scénario, mais aussi beaucoup en raison du magnétisme de l'acteur, tout à fait fascinant. Il pourrait aller loin, ce britannique...

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    A bientôt...

  • Nouvelles du pays des camés [2]

    Il existe, depuis plusieurs années maintenant, une nouvelle catégorie de psychotropes, gratuits (c'est bien là le problème) : les séries télé.

    Pour cette deuxième édition des Nouvelles du pays des camés, je vous emmène dans l'amérique post-apocalyptique, ou plutôt, post-électricité, avec la série Révolution.

    Affiche

    Charlie Matheson, qui vit avec son père et son frère, assiste à l'enlèvement de son frère et à l'assassinat de son père par Tom Neville, un capitaine de la milice de Sebastian Monroe, dictateur de la République Monroe, dans une amérique post-apocalyptique. Elle part à la recherche de son oncle Miles, pour l'aider retrouver son frère. Miles est un ancien commandant de Monroe. Son ex meilleur ami, en fait. En cours de route, Charlie et son ami scientifique Aaron découvrent qu'il existe une possibilité de faire revenir l'électricité, et que sa mère, qu'elle croyait morte, est vivante.

    Révolution a dès le début provoqué l'ire de bien des spécialistes des séries TV : annoncée comme une série originale, elle répondrait malheureusement à tous les poncifs du genre. On y trouve de belles pépées super brushées dans une amérique privée d'électricité depuis 15 ans, violente et divisée. On assiste à leurs affres sentimentaux ("mon pôpa est moooooort !") et à des rebondissements scénaristiques trop attendus ("et en mourant il a dit que l'électricité pouvait.... Raaaa, couic !").

    Les scénaristes se croient obligés de tout nous expliquer, comme si nous ne pouvions pas faire des déductions du contexte tout seul. A croire que l'américain moyen est un con (comment voulez-vous que les européens ne le considère pas comme tel avec de pareils scénarios, hein ?) Les rebondissements capillotractés manquent sérieusement de tenue, je pense qu'Odieux Connard ferait un festin. Bref, c'est relou.

    Cela dit, une fois cela passé, je suis toujours la série. Parce que, si on se dit qu'on accepte que ces fichus survivants au black-out sont toujours propres sur eux (sans déconner, matez le brushing d'Elizabeth Mitchell, c'est spectaculaire !) et que le fait qu'ils se battent au sabre n'a rien de ridicule, on s'attache quand même un chouïa aux personnages. Et la 2e saison rattrape la première.

    La jeune héroïne, Charlie, est un peu trop monolithique. Le même haussement de sourcil dans toutes les situations. Bon, elle est canon, je suppose que ça fait passer la pilule. Et son personnage évolue rapidement pour devenir indépendant, capable d'initiative et libre. Même sexuellement, si. Ca fait du bien de voir ça en ces temps de régression sociale.

    Le génie paumé, Aaron, est gras, barbu et binoclard, couard et incapable de dire ce qu'il fait là. Un autre cliché.

    Le tonton sur le retour est bien. Si. J'aime bien Billy Burke (mais si, vous savez, le type qui joue le papa de Bella dans Twilight). Il a un physique atypique dans le PAA (équivalent américain du PAF), qui rend le personnage plus normal.

    Le méchant dictateur, joué par David Lyons, est super glaçant, comme on peut s'y attendre d'un sadique torturé. Mais il déploie des facettes nuancées de son personnage dans la 2e saison. Et l'acteur australien est réellement hypnotisant, avec son regard bleu fou. Une belle incarnation. Oserais-je dire que je le trouve carrément sexy ? Oups, pardon, ça m'a échappé : cela n'a rien à voir avec une critique constructive.

    Et puis, il y a le brushing d' Elizabeth Mitchell. Elle a joué auparavant dans V (2009), un rôle d'agent du FBI qu'elle remplissait de façon crédible dans une série qui ne l'était pas. Bon, ben là, elle joue très bien aussi. Son personnage ambigu est intéressant, et c'est l'un des rares où on n'a pas droit à des tonnes d'explications pour chaque acte. Elle garde un peu de son mystère. Ouf !

    Giancarlo Esposito, qui explose depuis quelques années dans le paysage télévisuel américain (si, regardez donc Once Upon A Time ou Breaking Bad), campe un personnage brutal et intelligent, qui a l'avantage, de mon point de vue, de ne pas se définir par le bien ou le mal qu'il fait, mais par sa motivation, avant tout égocentrique. Il change de "camp" comme de chemise, ne perdant jamais de vue ses objectifs propres : la protection des siens et le pouvoir personnel. Un personnage agaçant et intéressant, bien que prévisible.

    La 2e saison change de ton : on passe de l'élucidation du mystère de l'électricité perdue (c'était chiant et mystique) au combat pour la survie d'un groupe de gens animés d'intentions diversement recommandables contre un pouvoir montant aux intentions et aux méthodes plus que douteuses. La théorie du complot et la construction d'un mouvement résistant dans la 2e saison est une pilule plus facile à avaler que la tonalité messianique de la première. Donc, on en redemande, et on s'amuse beaucoup plus.

     

    Game of thrones

    Comment osé-je ? Oui, comment osé-je mettre dans le même article (le même panier !) Revolution et Game of thrones ? Parce que je suis chez moi, et que ma ligne éditoriale se résume ces derniers mois à : "je publie quand ça me prend".

    Ned Stark

    Game of thrones, pour ceux qui vivent sur une autre planète, est une série adaptée de l'oeuvre encore inachevée d'un vieil écrivain américain dont tout le monde craint la mort : G.R.R. Martin. Pas par empathie personnelle, croyez-le bien. C'est juste qu'on voudrait qu'il finisse sa saga du Trône de Fer avant de clamser !!!

    HBO a fourni là une série de tout premier ordre, produite avec le soin d'un film de cinéma qui durerait plusieurs saisons : décors et effets spéciaux somptueux, distribution de grande ampleur et de qualité, adaptation scénaristique intelligente.

    Emilia-Clarke-Daenarys-Targaryen-game-of-thrones.jpg

    Dans un univers de medieval fantasy, plusieurs familles nobles se déchirent pour un trône, alors qu'au Nord, la menace de l'hiver et des marcheurs blancs approche. De très nombreux personnages tiennent le haut du pavé, s'entrecroisent, s'allient, se combattent... et meurent.

    La blague récurrente des amateurs de la série, c'est de parier sur qui va mourir dans l'épisode suivant. En effet, George Martin massacre ses personnages, gentils comme méchants, sans pitié aucune, défiant ainsi les règles scénaristiques communément admises dans les productions télévisuelles. Le scénario ne ressemble pas aux autres.

    Plus de 20 personnages se partagent équitablement l'affiche ; ils évoluent changent de camp, de motivations, d'intentions. Ils grandissent, ils rapetissent (du moins, certains membres), ils marchent, ils roulent, ils combattent. Ils apprennent la grandeur ou l'humilité, ils vivent et ils meurent. Ils sont passionnants.

    Et puis, il faut bien le dire, Le trône de fer est totalement exempt de ce défaut reproché à Révolution : on ne nous explique pas tout. Bien au contraire, les informations sont distillées petit à petit, le télespectateur se laissant mener par le bout du nez. Au détour d'un épisode, il peut se retrouver pantelant, choqué sans rien avoir vu venir... Sauf, bien évidemment, s'il a lu les livres.

    Des comédiens, à part Sean Bean, aucun n'a une notoriété qui pourrait influencer le rôle qu'ils jouent et la perception que le spectateur en a. Seul leur talent compte, et ils en sont largement pourvus.

    Ces éléments constituent tout le sel de cette adaptation télévisée. Pas de calibrage, un souffle inattendu et des rebondissements parfois dérangeants permettent à cette série de prétendre véritablement au qualificatif d'original, malgré le développement des thématiques classiques de l'heroïc fantasy.

    Drogo_1x01.jpg

    Jason Momoa est un Khal Drogo impressionnant.

    Bon, d'accord, encore une photo d'un mec à moitié à poil. Oui, je le fais exprès.

     

    Alors, oui, c'est un peu violent. Je dis ça parce que mon frère n'a pas pu aller au bout du premier épisode, alors que c'est un adulte. Donc, oui, âmes sensibles, abstenez-vous.

    Pour les autres, je dirais qu'il est plus que temps de découvrir cette petite merveille.

     

    A bon entendeur, salut... et rendez-vous aux prochaines nouvelles du pays des camés !

  • 2014

    Excellente année 2014 à tous !

    Qu'elle soit belle et emplie de découvertes !

     

  • Hunger games, de Suzanne Collins

    Je parle ici de la trilogie complète des livres, lue entre décembre 2012 et septembre 2013 (pour cause de sur-réservation des ouvrages à la bibliothèque).

    Cette chronique est rédigée à la demande de Vert, blogueuse SFFF prolixe et néanmoins estimée collègue.

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    Résumé des trois tomes (attention, spoiler) : dans une Amérique post-apocalyptique, nommée Panem, les États-Unis ont disparu pour faire place à un régime autoritaire détenu par le Capitole. Celui-ci soumet depuis presque 75 ans 12 districts, en les tenant par la terreur. Chaque année, il prélève dans chacun d'eux un couple d'enfants de 12 à 18 ans pour les faire s'affronter à mort dans une arène médiatisée. Le vainqueur est celui qui survit.

    Dans le District Douze, l'un des plus pauvres, Katniss prend la place de la petite soeur le jour du tirage au sort. Résignée à mourir, ses compétences en tir à l'arc et son instinct de conservation lui permettent pourtant de survivre, et même de défier le Capitole en sauvant par la même occasion Peeta, son équipier du District Douze.

    Le Capitole annonce alors que l'année suivante, pour le 75e anniversaire des Hunger Games, ce sont les anciens vainqueurs de chaque district qui devront concourir. Peeta et Katniss retournent donc dans l'arène après une année éprouvante de représentation médiatique. Malgré les fortes pressions exercées sur leurs proches, ils survivent et s'échappent de l'arène, mettant prématurément fin aux jeux.

    Commence alors un jeu de chat et de souris entre le Capitole et la résistance, incarnée par le Treizième District, supposé détruit mais pourtant bien vivant. Celui-ci n'hésite pas à utiliser Katniss comme le Capitole l'a fait précédemment, la présentant comme le symbole de la révolte contre l'oppression. Katniss endosse ce rôle sans joie, mais en espérant que l'avenir des districts pourra s'améliorer. La guerre déclarée fait de nombreux dégâts, et Katniss paie comme d'autres le prix de cet affrontement.

    Mon avis : Hunger Games est à mon sens une bonne anticipation post-apocalyptique pour adolescents. Pourquoi ? Parce qu'elle ne tombe pas dans l'angélisme. D'abord parce que l'héroïne, Katniss, ne l'est jamais que contre son gré. Elle est utilisée, manipulée, et elle en est toujours consciente. Elle ne l'accepte qu'en échange de sa survie et celle de ses proches. Ensuite, parce que la fin de l'histoire n'est pas une happy end. Certes l'héroïne ne meurt pas, mais on ne peut pas dire que sa fin soit heureuse. Elle est résignée, meurtrie, et traumatisée à vie. 

    Cette constante demi-teinte est ce qui m'a le plus séduite dans la trilogie ; Suzanne Collins ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des imbéciles heureux, et j'en suis ravie.

    Il y a ensuite cette thématique forte inspirée de Battle Royale, ces jeux du cirque pour enfants, ainsi que la manipulation de l'image par les médias, et une certaine réflexion sur la citoyenneté et les devoirs qu'elle implique. Hunger games permet une approche ludique qui introduit de solides notions de civisme et de responsabilité individuelle. C'est également un vrai page-turner, addictif au possible.

    Toutefois, il n'en reste pas moins que Hunger Games a bien des défauts : il se lit très vite, l'action prenant souvent le pas sur la construction, les raccourcis narratifs sont trop évidents. Cela rend l'oeuvre attractive pour les lecteurs peu aguerris, mais se fait au détriment d'une certaine profondeur contextuelle. Pendant les épreuves, le scénario élimine les concurrents un peu trop aisément (même si toujours avec beaucoup d'imagination quant aux moyens !).

    Les personnages principaux sont trop exceptionnels pour être crédibles (Katniss et son ami Gale sont des personnages en dehors des normes de leur société). Je remarque néanmoins que ce n'est pas le cas de Peeta, dont le profil est beaucoup plus réaliste ; c'est un personnage en retrait, parfois inconsistant et pourtant indispensable, et même, précieux.

    Hunger games est loin d'être un chef-d'oeuvre, mais il est porteur de sens pour les ados d'aujourd'hui. Il est en prise avec son temps, avec la mentalité et les pratiques des jeunes (que j'ai l'air vieille en disant cela !!). C'est une lecture facile que j'ai apprécié à sa juste valeur, et que je recommande beaucoup dans mon métier, non seulement aux ados, mais aussi à leurs parents.

    Enfin, bien j'aime beaucoup Jennifer Lawrence, la jeune comédienne qui tient le rôle de Katniss dans le film éponyme,  et que j'ai accroché au film, je recommande vivement la lecture des livres, plus éclairante sur les motivations de son héroïne.

    Pocket, 2009-2011

    Lu aussi par : Vert, Lorhkan, Xapur

  • Gravity, d'Alfonso Cuaron

    Gravity 1.jpgCertains sont des spécialistes d'Alfonso Cuaron. Moi, non. J'ai vu Les fils de l'homme au cinéma, qui m'a scotché sur mon siège pendant toute la projection, et bien entendu Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, dont j'ai apprécié le côté sombre et esthétique, mais de toute façon le livre était aussi mon préféré de la série. De bonnes expériences antérieures, donc.

    Cela dit, je partais avec un peu de crainte pour aller voir Gravity : la 3D ne m'a jamais convaincue jusqu'ici, les critiques un peu trop dithyrambiques sur le film suscitaient ma méfiance - voire me donnaient presque envie d'aller voir ce que pouvait en dire Odieux Connard, le maître en matière de démontage de soi-disant chef-d'oeuvre. Bref, j'y allais poussée par la curiosité, et tirée par la méfiance.

    L'histoire tient sur une feuille de papier à cigarette, tellement courte que je dois spoiler. Attention, donc, pour ceux qui n'auraient pas deviné la fin dès la bande annonce : une équipe américaine d'astronautes en pleine sortie dans l'espace se retrouve prise au piège d'une tempête de débris. Deux d'entre eux s'en sortent, seuls, sans assistance, sans navette, et sans contact avec Houston. L'un est expérimenté (Kowalski, joué par Clooney), l'autre pas (Stone, joué par Bullock). Kowalski aide Stone dans la première épreuve, rejoindre l'ISS en scaphandre. La narration suit ensuite Stone dans ses aventures autour de la terre pour survivre à l'enfer du vide spatial et réussir, d'une manière ou d'une autre, à rentrer saine et sauve sur terre. Elle passe de scaphandre en soyouz, de soyouz en shenzhou, de shenzhou dans l'eau. Grosso modo.

    Gravity 2.jpg

    Non, le scénario n'est pas bon. Il se veut simple, il est bien souvent plein de trous. Stone survit à un peu trop de tempêtes de débris dans l'espace. Tout le monde meurt autour d'elle, qu'ils soient dans une navette ou dans un scaphandre, et elle reste indemne ? Pas crédible. Le dernier rebondissement du scénario, une fois qu'elle amerrit et manque se noyer, est largement de trop. Bref, du scénario de film catastrophe classique.

    Mais j'ai aimé ce film. D'abord et avant tout parce qu'il touche ce que je cherche dans mes lectures : cet au-delà, cette capacité d'aller plus loin, ce désir irrépressible de quitter le berceau terrien pour aller explorer l'univers. Pourtant, Gravity n'est pas un film de science-fiction. Mais il en a tous les attraits. Il nous parle de l'homme dans l'univers, de sa minuscule et pourtant essentielle place dans le ballet infini des galaxies. Il nous rappelle que nous sommes fait pour aller nous confronter au vide stellaire.

    Gravity 3.jpgIl dépasse surtout ce repli sur soi que notre société connait depuis trente ans, en dirigeant à nouveau le regard du grand public vers cette "projection vertigineuse des possibles"* que représentent les étoiles.

    Et puis, je l'ai aimé pour d'autres raisons :

    - les images sont d'une beauté stupéfiante, et laissent des traces sidérantes dans la rétine pendant des heures. C'est un véritable exploit cinématographique et une expérience personnelle magique.

    - La 3D est utilisée avec pertinence, particulièrement dans les scènes de tempête de débris. Contrairement à d'autres films  en 3D, je ne suis pas sortie de là avec la migraine.

     - La scène de désespoir de Stone dans le Soyouz, où elle rêve une discussion avec Kowalski alors qu'elle est au bord du suicide, est d'une grande poésie. Le silence y est magnifique, comme à chaque fois qu'il apparaît dans le film. On ne le dit pas assez : l'espace est un monde de silence, et c'est la première fois que je vois un film qui lui rende un hommage aussi juste.

    Allez voir Gravity sur grand écran. Ce serait un crime de le regarder sur un écran de télévision ou d'ordinateur. Ce film est un film de cinéma, qui mérite qu'on se déplace et qu'on paie le prix fort.

     

    Vu aussi par : Lhisbei, Lorhkan

     

    *j'ai emprunté cette jolie expression à ma blogopote Lhisbei.