Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Impromptu - Page 14

  • Joie, sifflotements et bonne humeur

    Alors que je lis très, très... très lentement Enig Marcheur de Russell Hoban (je le finirai !), j'ai récemment commis l'irréparable erreur de fourrer mon nez dans un autre bouquin alors que j'étais au travail - comme quoi, on a parfois le temps de lire en bibliothèque ; mais ne vous méprenez pas, ce n'est vraiment pas tous les jours. Ce bouquin, c'était Sans Âme, le premier tome du Protectorat de l'ombrelle, de Cail Garriger.

    Sans âme.jpg

    Je n'aurai pas dû.

    Parce que je me suis enfilé les trois autres tomes sans souffler (à la maison, pas à la bibliothèque). Et Enig s'est lamentablement retrouvé sur la touche, comme le pauvre hère qu'il est.

    Le Protectorat de l'ombrelle est commis par une californienne qui se prend pour une anglaise, et traduit avec beaucoup de finesse par Sylvie Denis. Je lui rend hommage ici et maintenant parce que, si je ne sais pas ce que vaut le texte original, je peux vous dire que la version française est excellente. Sans Âme, Sans Forme, Sans Honte et Sans Coeur constituent les quatre tomes actuels de cette série.

    Mademoiselle Alexia Tarabotti en est l'héroïne, vieille fille de 26 ans corsetée dans la société londonienne de la deuxième moitié du XIXe siècle, sous le règne de sa Majesté la reine Victoria. Affublée de deux demi-soeurs plus jeunes et beaucoup plus stupides, qu'elle doit chaperonner telle une duègne lors des réceptions de la bonne société anglaise, Mademoiselle Tarabotti a en outre trois très gros défauts : elle a des origines italiennes, c'est un bas-bleu notoire, et elle n'a pas d'âme. Le deux premiers défauts étant certainement les plus embarrassants.

    Sans forme.jpg

    Cela étant posé, le fait de ne pas avoir d'âme dans une société qui a accepté de compter officiellement dans ses rangs les êtres surnaturels peut parfois avoir ses avantages. Car fantômes, vampires et loups-garous redeviennent immédiatement mortels s'ils ont la maladresse de se retrouver en contact dermique direct avec Mademoiselle Tarabotti. Cela ajouté au fait que Mademoiselle Tarabotti jouit d'une robuste constitution (et d'un solide appétit) et qu'elle sait se servir à merveille de son ombrelle en toutes circonstances, menaces solaires ou surnaturelles, elle sait tirer son épingle du jeu et protéger sa vertu en ces temps troublés.

    Jusqu'à ce qu'un vampire très mal éduqué s'en prenne à elle, et qu'elle le tue en état de légitime défense. A partir de cet instant, Mademoiselle Tarabotti est l'objet d'attentions multiples et incessantes, à visées parfois mortelles, dont la plus encombrante est l'enquête du Bureau des Registres Surnaturels, incarnée le plus fréquemment en la personne de son directeur, Lord Maccon, Alpha de la meute de loups-garous de Woolsey. Quelques désagréments s'ensuivent, qui durent environ... 4 tomes. Je vous laisse le plaisir de découvrir seul(e) de quels désagréments il s'agit.

    Félicité et Evelyne étaient les demi-soeurs cadettes d'Alexia par leur naissance, et n'avaient aucun point commun avec elle si l'on prenait en compte n'importe quel autre facteur. Elles étaient petites, blondes et minces, alors qu'Alexia était grande, brune et en toute franchise pas si mince que ça. Alexia était réputée dans tout Londres pour ses prouesses intellectuelles, son intérêt pour les sciences et son esprit mordant. Félicité et Evelyne étaient réputées pour leurs manches bouffantes. En conséquence, le monde était en général plus paisible quand elles ne vivaient pas toutes les trois sous le même toit.


    Sans honte.jpgLe protectorat de l'ombrelle est sans l'ombre d'un doute de la bit-lit, ou paranormal romance, comme on dit aux states. Et, sans l'ombre d'un doute, il en détourne tous les codes. Voyez plutôt :

    • - le héros est bien une héroïne. Sauf qu'elle n'est pas une adolescente, mais une adulte.
    • - l'héroïne est bien célibataire au début de l'histoire. Sauf qu'elle ne cherche pas le moins du monde à rencontrer l'amour de sa vie. Tout ce qui l'intéresse, ce sont les parutions scientifiques de la Royal Society et le plaisir de pouvoir prendre le thé dans une bibliothèque.
    • - l'héroïne ne se trouve pas belle, naturellement. Sauf qu'elle n'est pas une gracile demoiselle éthérée, mais une quasi matrone, aux charmes pulpeux et à la personnalité dominatrice.
    • - il y a bien des vampires et des loups-garous. Sauf que le vampire principal est un homosexuel notoire et que les loups-garous sont extrêmement poilus et souvent mal élevés.

    En réalité, ce qui distingue à mon sens Le protectorat de l'ombrelle, c'est le fait que le lectorat visé est un lectorat adulte - malgré les couvertures très girly. Nous sommes sans aucun doute dans une littérature populaire, aventureuse et facile à lire. Mais le contexte est soigné, élaboré dans une esthétique steampunk bien plus développée que dans la littérature fantastique habituelle (on y voit de nombreuses références science-fictionnelles). Les personnages variés et hauts en couleur offrent une palette de plaisirs renouvelés, jusque dans le 4e tome, alors que l'on pense - à tort - en avoir fait le tour. Je pourrai également citer la sexualité des personnages ; l'homosexualité y est presque aussi courante que l'hétérosexualité, ce qui est rare dans la littérature pour ado ou jeune adulte, souvent plus manichéenne.

    Sans coeur.jpgLe principal atout du Protectorat de l'ombrelle, c'est qu'il est indéniablement, immanquablement et très agréablement drôle. En cette sombre saison où la lumière comme la chaleur font défaut, on rit aux aventures pourtant fréquemment nocturnes d'Alexia Tarabotti. Son aplomb, sa logique sans faille, son intransigeance en matière de bonnes manières et de goûts vestimentaires, son absence absolue de sentimentalisme en toutes circonstances m'ont réchauffé le coeur et réjouit l'esprit. Le ton et le style volontairement maniérés de la narration pourraient faire fuir quelques lecteurs blasés, mais je me suis prise au jeu avec délectation. Le code de bonne conduite de la haute société, inspiré de l'époque victorienne, est utilisé et détourné de façon souvent hilarante. C'est romantique, absolument romanesque, et jamais nunuche.

    J'ai lu des romans plus ambitieux, plus intelligents, plus fins, plus aboutis ou plus touchants, mais rarement ai-je lu des romans qui me procurent autant de plaisir. Honnêtement, je crois n'avoir pas pris un tel pied depuis Le chardon et le tartan de Diana Gabaldon.

    Or, il se trouve que j'ai ouvert ce blog pour la même raison qui m'a poussée à devenir bibliothécaire : pouvoir partager le plaisir immense d'une bonne lecture. J'espère que c'est chose faite, en cette fin d'année 2012.

     

    Editeur : Orbit. Janvier 2011 pour Sans Âme, Novembre 2011 pour Sans Forme, Avril 2012 pour Sans Honte, Novembre 2012 pour Sans Coeur.

    Genre : fantastique, steampunk (oui, je sais, ce n'est pas un genre...), romance, bit-lit.

    Egalement chroniqué chez : Lhisbei, Vert

  • Le petit journal de l'impromptu [2]

    Je ne m'étais jamais donné la peine de le faire, mais je pense que pour une fois, établir un vrai bilan statistique de la fréquentation de ce blog n'est pas inutile. Il faut dire que j'approche de mes 4 ans de blogueuse... Il serait temps !

    bilan-statistique.jpegL'idée que je m'en étais faite il y a 18 mois dans la première édition du Petit journal de l'impromptu n'était pas fausse, mais cela a un peu évolué. J'ai reçu cette année jusqu'à 1122 visiteurs uniques et 4062 visites mensuelles, ce qui indique une petite augmentation de l'audience de mon blog.

    Ainsi que ceux qui me connaissent bien le savent, je ne cherche pas la popularité (je viens de trouver un billet de Lionel Davoust sur l'influence et la popularité sur le Web qui m'a beaucoup plu), puisque je n'ai de toute façon pas le temps de bloguer régulièrement. Je le fais la plupart du temps la nuit, pendant mes insomnies. Je lis bien plus que je ne blogue, d'où la création récente de ma Pile à Bloguer.

    Pour autant, j'essaie de suivre ce qui se fait ailleurs, et cet "ailleurs" est avant tout le monde de Planète SF, qui compte des blogueurs de talent dont j'ai moult fois parlé ici, et au contact virtuel (voire réel) desquels j'apprends plein de choses. Ma sociabiblité de blogueuse s'arrête à peu près à ce club de mordus, faute de temps. 

    C'est grâce à cet "ailleurs" qu'aujourd'hui j'ai une petite centaine de visiteurs par jour, qui laissent des commentaires et bavassent aimablement avec moi. Je les en remercie.

     

    Janvier 2012 :

    765 visiteurs uniques / 2 709 visites / 89 visites par jour

    Billet le plus lu : Julian de Robert C. Wilson

     

    Février 2012 :

    1122 visiteurs uniques / 3680 visites / 126 visites par jour

    Billet le plus lu : Les chroniques martiennes de Ray Bradbury

     

    Mars 2012 :

    841 visiteurs uniques / 4062 visites / 131 visites par jour

    Billet le plus lu : La morsure de la passion de Michele hauf (AAAAAARgh !)

     

    Avril 2012 :

    0 visiteurs uniques (Mouuuuiiiiiii... Je crois que les stats ont planté ce mois-là...) / 2985 visites / 99 visites par jour

    Billet le plus lu : Eveil et Veille de Robert J. Sawyer

     

    Mai 2012 :

    807 visiteurs uniques / 3942 visites / 127 visites par jour

    Billet le plus lu : Avengers, de Joss Whedon

     

    Juin 2012 :

    739 visiteurs uniques / 3971 visites / 132 visites par jour

    Billet le plus lu : Le top 15 des films de SF (qui date de 2010 !)

     

    Juillet 2012 :

    667 visiteurs uniques / 3228 visites / 104 visites par jour

    Billet le plus lu : La horde du contrevent d’Alain Damasio (qui date de 2011)

     

    Août 2012 :

    809 visiteurs uniques / 3384 visites / 112 visites par jour

    Billet le plus lu : La cité de perle de Karen Traviss

     

    Septembre 2012 :

    784 visiteurs uniques / 3607 visites / 120 visites par jour

    Billet le plus lu : Flashback de Dan Simmons

     

    Octobre 2012 :

    883 visiteurs uniques / 3461 visites / 111 visites par jour

    Billet le plus lu : La pile à bloguer, procrastination...

     

    Novembre 2012 :

    954 visiteurs uniques / 3630 visites / 121 visites par jour

    Billet le plus lu : Les Utopiales 2012, atterrissage

     

  • Merveille, de Robert J. Sawyer

    Merveille.jpg

    Merveille est le dernier tome de la trilogie de Robert J. Sawyer. J'ai touché quelques mots des deux premiers tomes ici. Voici donc la clôture de l'oeuvre, servie par un titre bien trouvé, dans la lignée des premiers : EveilVeilleMerveille, ça pose son oeuvre.

     Cela m'a fait penser [attention, je digresse, et en plus je vais parler de bit-lit] à la traduction française des quatre tomes de la série de Stephenie Meyer, connue du grand public sous le titre TwilightFascinationTentationHésitationRévélation : je trouve que c'est quand même très bien choisi, et qu'il est dommage d'ignorer systématiquement cette traduction quand on parle des livres... Mais revenons à nos moutons.

     Donc Merveille continue sur sa lancée. L’étau se resserre autour de Webmind, et certains de ses agissements secrets sont suspects. Ses réflexions d'ordre philosophique nous obligent à reconsidérer les réflexes acquis depuis 1984 de George Orwell, où le contrôle était synonyme de toute-puissance et de répression. Robert J.Sawyer emprunte, lui, une  autre voie, où le fait de tout voir et tout savoir ne mène pas obligatoirement à l'enfer du bien commun. Il illustre à sa manière ce qui pourrait être fait de positif grâce à une totale mainmise sur le web.

     Là où le bât blesse, à mon sens, c'est que sa démonstration n'est pas convaincante, en raison du simplisme des situations et des personnages. Ce simplisme constitue le fil rouge malheureux de la trilogie : c'est mignon, plein de bonnes intentions, c'est bien extrapolé pour certains aspects techniques, politiques et scientifiques, mais on n'y croit jamais complètement.

    Caitlin est très gentille et très maligne, mais très ado (elle envoie la photo de ses seins à son petit copain... Non mais vraiment !). Son père est très autiste. Le Dr Kuroda est très dévoué. Webmind est animé de très bonnes intentions. Chobo est très chouette. Ils sont tous "très". What a pity.

    J'en conclus donc que voilà un gentil cycle pour ado débutant en anticipation, agréable à lire mais furieusement dépourvu d'aspérités.

    Genre : anticipation

    Robert Laffont, Ailleurs & Demain, 2011

    Lu aussi par Brize

  • Justine Niogret, une entrevue

    Cette interview aurait dû être enregistrée en audio, dans le feu de l'action, juste après la conférence « Wonder Woman » le dimanche 11 novembre 2012 aux Utopiales. Mais j'ai papoté avec Nancy Kress, et j'ai perdu Justine Niogret de vue. Ça m'apprendra. L'interview s'est donc faite par mail.

    Pourquoi Justine Niogret, et pas un(e) autre auteur(e) ? Parce que personne ne sautille sur place en poussant des cris supersoniques* comme elle. Voilà pourquoi.


    1--2-.jpg

    photo de Justine Niogret par Justine Niogret (!)

    Comme une interview écrite est beaucoup moins spontanée, elle se doit aussi d'être plus documentée. Ça passe mieux qu'une ignorance crasse. J'ai donc entre temps pris soin de commencer (enfin !) Mordre le bouclier, son deuxième roman, pour lequel Justine Niogret vient d'obtenir le prix Utopiales européen. J'avais déjà lu et chroniqué Chien du Heaume l'année dernière. Je n'ai pas fini Mordre le bouclier, mais je peux d'ores et déjà dire que je m'accroche à Chien et Bréhyr comme une sangsue déshydratée.

     

    1) [Justine] tu n'écris pas de la science-fiction, Sara Doke l'a dit lors de l'introduction à la conférence Wonder Woman, écoutable et téléchargeable ici. Pas pour l'instant, en tout cas. J'irais même jusqu'à dire que ni Chien du heaume ni Mordre le bouclier n'entrent dans la case littérature de l'imaginaire, puisque rien ne les y rattache réellement, dans le fond (évidemment, cela n'engage que moi). Et pourtant, tu as reçu pour chacun de ces romans des prix récompensant les littératures de l'imaginaire. L'application d'étiquettes tend vite à la stupidité, mais diverger à ce point... Il faut admettre que c'est troublant. Qu'en penses-tu ? Tu as une explication? Ou tu t'en fous ?

    Question compliquée. Déjà, je ne suis pas championne pour parler des étiquettes. Ce que je pense, déjà, c'est que Mnémos est une maison fantasy, et que rien que ça, ça vous cale un roman. Je pense, moi, que chien et mordre sont plus proches de l'histo qu'autre chose. Les moments fantastiques de ces deux romans, j'ai tenté de les rendre historiques autant que faire se peut, de parler de la vision magique des gens de cette époque, avec les forêt en lieux déserts et secrets, les peurs dans la nuit sans lumière, les prédestinations, les tours du destin. C'est là que, pour moi, ce sont deux livres historiques, ou historiques romancés. Beaucoup de lecteurs me disent la même chose, d'autres me parlent de fantasy claire et nette malgré tout. Du coup je ne sais pas. Je pense qu'un livre appartient aussi à ses lecteurs, je ne veux pas trancher à leur place. Bref, je te ferais une réponse molle ; pour certains c'est de la fantasy, pour d'autres de l'histo. Pour d'autres encore, un univers secondaire. Du coup, va savoir.

     

    2) Je lis donc Mordre le bouclier, j'en suis au chapitre 5 [10, maintenant]. Chien est partie sur les routes avec Bréhyr et son pouce en métal ; elle vient de - spoiler !! - Ce qui me frappe, c'est l'impression persistante que Bréhyr et Chien sont en réalité une seule et même personne, et que chacune d'elle incarne une part d'un tout. Ce tout forme une personnalité complexe, ignorance et connaissance, activité et passivité, entreprise et dépression, et lutte, toujours la lutte, sans espoir. Est-ce ainsi que tu les as conçues ?

    Hou, question difficile. Je ne conçois pas mes persos. Je les laisse venir comme ils veulent, et je tente d'être aussi honnête que je peux en retranscrivant ce qu'ils veulent que je raconte. C'est King qui en parle super bien dans la tour sombre ; son perso sculpteur, il trouve un bout de bois, et dedans il sait qu'il y a une clef. Et il tente de la sortir de là, du mieux qu'il peut, avec son petit couteau et ses trouilles personnelles. Pour moi, écrire un personnage c'est très semblable ; on tente, on fait du mieux qu'on peut. Je sais qu'on a tous des ressentis différents quant au travail d'écriture ; dans mon cas je suis incapable de poser le perso sur papier et de dire « alors là il est plutôt comme ça, et puis dans cette situation et bien il réagira comme ceci. » je fais connaissance avec eux au fil de l'écriture, tant que le livre n'est pas fini ils font ce qu'ils veulent, un peu, ce sont des sales gosses. Après, avec le recul, en général j'ai une opinion d'eux et je peux en parler ; alors oui, disons que pour moi, et chacun pense comme il veut, mais pour moi Bréhyr et Chien sont deux faces d'une même pièce. La lutte sans espoir, c'est compliqué à dire. La lutte, oui. Et l'espoir, je pense qu'il faut fouiller. Mais on en trouve. Parfois, et pas tous les jours. Aussi.

     

    3) Le langage que tu emploies, qui est à mon sens la part la plus marquante de Chien du heaume et de Mordre le bouclier, est à la fois suranné et moderne. J'avoue être à chaque fois bluffée – ou comment transformer un élargissement de route en pur moment de poésie (p.35 dans Mordre…). Où vas-tu chercher cette écriture ? As-tu une ou des source(s) d'inspiration pour la créer ?

    Déjà, c'est gentil pour mon écriture. Mais je pense que tu avais peut-être mangé une pizza périmée ou que sais-je, et tu t'emportes, c'est aussi tout à fait possible. C'est aussi pour ça que je voulais faire un roman qui n'avait rien à voir avec chien et mordre ; pour mieux connaître mon écriture, entre ce qui tenait à l'univers médiéval et à ma propre façon d'écrire. Du coup je peux à peu près dire que dans chien et mordre les images ou la façon de les décrire tiennent beaucoup à la vision disons, en gros, celtisante et scandinave et que ça correspond à la couleur du livre. Dans Gueule de Truie le monde est vide, brutal, l'écriture se colle à ça, avec des phrases beaucoup plus directes, moins melliflues, tiens pour me la péter et faire voir que je connais des mots compliqués. Et quand, dans gueule, il y a de la poésie pour reprendre ton mot, elle est froide. Du moins, il me semble. De la poésie de pluie. En fait quand j'écris je me calque sur la vision du monde qu'ont les personnages, et ça fait partie de la découverte des premiers chapitres quand je me met au travail, il y a un ajustement qui se crée, une... ben, je l'ai déjà dit ; on se découvre les uns les autres.

    Mes sources, ce sont des choses qui me nourrissent depuis longtemps, les textes anciens, les images, certains films, des façons de voir qui me touchent. Je garde tout dans une poche secrète et après je fais des petits gâteaux en forme de livres. Après c'est dur de t'en dire plus, en tous cas je n'ai jamais lu un livre pour me dire « tiens, je veux écrire comme ça. »

     

    4) Durant la conférence Wonder woman, tu as évoqué poneys magiques et morues galactiques, dévoilant à nouveau ton sens de l'humour trash (et pas toujours consensuel), celui qu'on retrouve dans tes glossaires en fin de roman. Y en aura-t-il une trace dans ton prochain roman ? Par ailleurs, tu as fait l'erreur (grave) de me dire que tu avais dans un coin de tes archives personnelles un roman humoristique, mais que tu n'étais vraiment pas certaine de vouloir le faire sortir au grand jour. Et si on faisait une pétition pour t'obliger à le présenter à un éditeur ? :P

    Vu que le prochain roman sera Gueule de Truie, non, j'ose dire qu'il ne sera pas drôle. Sinon, j'ai effectivement un premier roman tout à fait cocasse si l'on aime l'humour potache et sot, et il a donc été signé chez un éditeur dont je tairai le nom, Critic ; je suis en plein remaniement de la bestiole et je pense avoir fini le manuscrit l'été prochain. Il y aura déjà une histoire de moustache géante et de sorbets au poulpe.


    5) Gueule de truie, qui sortira en février 2013 chez Citric, est ton prochain roman. Rien qu'à la couverture (que j'aime beaucoup, soit dit en passant), on comprend que c'est une oeuvre post-apocalyptique. Tu peux en dire plus ? Plutôt Malevil de Robert Merle, ou Minority report** de Philip K. Dick (aucun des deux est une option possible) ?

    J'aurais bien du mal à trancher, puisque depuis que j'écris, je n'arrive plus à lire. Du coup, je n'ai lu ni l'un ni l'autre, et les romans s'entassent, sans presque aucun espoir que je les lise un jour.

    Gueule de truie. En parler. Bon ; Dieu a crié et le monde est mort. Il reste quoi ? Quelques survivants, à peine. Les Pères de l'église. Leurs inquisiteurs, comme Gueule de truie. Les inquisiteurs chassent les survivants. Parce que si Dieu a décidé que le monde était mort alors tout le monde doit obéir, sinon ça n'a pas de sens. Et un jour, Gueule de truie rencontre une fille. Et il n'arrive pas à la tuer. L'histoire commence comme ça. C'est un post-apo, donc. Si on me demande mon avis, c'est surtout un roman sur les gens, le silence, la perte. C'est un roman d'amour. Le vrai, caché tout au fond des tripes. Pas celui qu'on vend dans les publicités. Ce n'est pas un jugement. Ce n'est que mon avis. Mais je le partage.  



    * voir la deuxième vidéo de la page, à 56mn.

    ** question débile, je m'en rends compte après coup, car Minority Report n'est pas du post apo. Pardon, lecteur.

  • Les Utopiales 2012, atterrissage

    Utopiales.jpgAinsi que je le disais la semaine dernière, et pour la première fois de mes vies de blogueuse et de bibliothécaire réunies (!), je suis allée à un festival de science-fiction, et en plus, celui des Utopiales. Excusez du peu.

    Les prix

    Voici, en premier lieu, le palmarès. Je mets en gras les titres qui m'intéressent le plus :

    Prix Utopiales Européen : « Mordre le Bouclier » de Justine Niogret
    Prix Utopiales Européen Jeunesse : « Saba Ange de la mort » de Moira Young
    Prix Julia Verlanger 2012 : « La Route de Haut Safran » de Jasper Fforde
    Prix spécial du jury de la bande dessinée : « Big Crunch » de Rémi Gourrierec
    Prix du Meilleur Album de SF 2012 : « Daytripper » de Gabriel Ba et Moon Fabio
    Prix SyFy du public (compétition internationale de cinéma) : « Iron Sky » de Timo Vuorensola
    Grand Prix du Jury (compétition internationale de cinéma) : « Eega » de S. S. Rajamouli
    Prix Utopiales de la Compétition Européenne des courts métrages : « La Mysterieuse disparition de Robert Ebb » de Francois Xavier Goby, Clement Bolla et Matthieu Landour
    Prix du meilleur scénario de jeu de rôle : « Héros de guerre » de Victor Bret
    Prix Game Jam de création de jeux vidéos en 48h : ex aequo « Thanks for playing » et « 2012 le jeu »
     
    Et bien entendu, il y a eu le prix Planet-SF des blogueurs 2012, remis samedi 10 novembre à 11h, dont le lauréat est « La fille automate » de Paolo Bacigalupi, traduit par Sara Doke et publié par Au Diable Vauvert. Le trophée a été remis à Sara Doke en présence de Marion Mazauric et d'un tas de blogueurs.

    prix-blogueur-3.jpg

    Photo Christophe Schlonsok


    D'ailleurs, regardez donc l'interview de Gromovar (qui mord et qui est contagieux) réalisée par ActuSF, où il relate l'histoire toute récente de ce prix :


    Hélas, je n'ai lu/vu aucune des oeuvres lauréates... Quoique ça ne devrait pas tarder pour Mordre le bouclier, de Justine Niogret et La fille automate de Paolo Bacigalupi. Une fois que j'aurai fini Black Out de Connie Willis.

    La chance

    mon passe VIP.jpg

    Pour ma première expérience aux Utopiales, j'ai eu un bol de tous les diables : j'y suis allée en tant que professionnelle ; j'avais donc un passe pour toutes les Utopiales :

    Et ça, c'était la classe. Pas de frais d'entrée, pas de file d'attente. Juste du temps devant soi.

    Il y avait deux conférences par heure, j'en ai suivi trois en entier, et beaucoup d'autres par petits bouts. Je n'en parlerai donc guère, allez donc voir les reportages vidéos d'ActuSF, il y a toutes les conférences en ligne.



    Les évènements marquants

    1 - Ma rencontre avec Jeanne A. Debats, la diva de la SF française. Quand je l'ai vue arriver dans la salle de formation vendredi, je n'en croyais pas mes yeux. On aurait dit la Castafiore (en plus jolie). Le coup des lunettes de soleil en pleine journée et en intérieur, je croyais qu'on ne le voyait qu'à Hollywood... Bon, cela n'a rien enlevé à l'intérêt de son intervention.

    2 - Le choc des civilisations quand je suis rentrée dans la librairie : la caverne d'Ali Baba, l'expression de mes rêves les plus fous. Et, bon sang, pas assez de sous pour tout acheter... Misère !

    3 - La remise du prix Planète SF des blogueurs samedi 10 novembre à 11h : un moment émouvant pour moi, qui faisait connaissance avec les autres blogopotes de Planète SF, et émouvant pour tout le monde au moment de l'évocation de l'article 6 du règlement.

    4 - Le pot d'après-prix, pour plusieurs raisons :

    • parce que M. Lhisbei s'est autorisé à son corps défendant une intimité choquante avec mon Maranges Fussières 1er cru de 2008 (mais au moins a-t-il réussi à le libérer de sa gangue de liège !),
    • parce que Yal Ayerdhal est venu s'installer sur les canapés au milieu de nous, tapant la bise aux filles et serrant la pogne aux gars, buvant mon fameux Maranges en papotant des charmes belges de Bruxelles,
    • parce que Sara Doke ADORE le vin du Jura et que Tigger lilly trouve qu'il sent le fromage.

    5 - L'hommage collectif des Utopiales à Roland C. Wagner, décédé cet été dans un accident.

    6- Justine Niogret : cette fille me fait délirer. A la remise du Prix Utopiales, il fallait la voir sauter sur scène comme une gamine en poussant des petits cris quasi ultrasoniques, c'était incroyable. Lors de la conférence Wonder Woman, elle a eu quelques paroles percutantes et bien dans son style d'humour, convoquant poneys magiques, crétins absolus et morues galactiques (cela n'a d'ailleurs pas plu à tout le monde, n'est-ce pas M. Lhisbei...). Pour qui ne connait pas cet humour, je vous renvoie au glossaire en fin de volume dans Chien du Heaume.

    7 - Lhisbei et M. Lhisbei. Je sais, c'est pas juste pour les autres blogueurs, mais voilà, mon bisounours est radioactif, que voulez-vous. J'ai donc rencontré pour la première fois ce couple absolument charmant, et j'espère bien que ce n'est pas la dernière. J'ai souvent évoqué ici la qualité du blog de Lhisbei, trouvant souvent écho de mes analyses dans les siennes (ou l'inverse !) et appréciant sa libre parole. La réalité a dépassé la réalité augmentée, et j'en suis ravie. Et en plus, M. Lhisbei adore le space opera militaire.

    8 - Les rencontres avec les blogueurs. Oui, parce que nonobstant le point 7, j'ai énormément apprécié de rencontrer pour de vrai tous ces gens que je ne connaissais que d'avatar. Je vais tenter de n'en oublier aucun, mais il faut savoir que j'ai loupé les présentations au resto vendredi soir parce que j'étais au petit coin. Donc mille pardons à ceux que je zappe : BiblioMan(u) en premier, et il sait pourquoi, Tigger Lilly, Gromovar Wolfenheir, Guillaume le Traqueur, Endea, A.C. de Haenne (on n'est pas du tout d'accord sur Julian, mais presque sur les fessées), Anudar Bruseis, Lorhkan. Heu, je suis sûre d'en avoir vu d'autres, mais j'ai oublié les noms. N'hésitez pas à me rappeler à l'ordre en commentaires.

    9 - Les rencontres avec les auteursYal Ayerdhal, Sara Doke, Thomas Day, Justine Niogret (elle commence à savoir qui est la tarte qui vient en dédicace sans bouquins...), Georges Panchard, Danielle Martinigol, Nancy Kress (qui a un anglais parfaitement compréhensible contrairement à Norman Spinrad, c'est bien pour ça que j'ai papoté avec elle) les auteurs de « Alter Ego », Sylvie Lainé, Jeanne A. Debats, Claude Ecken, Ugo Bellagamba...

    10 - J'ai découvert pour l'occasion que mon tout nouveau smartphone fait des photos de très mauvaise qualité. La prochaine fois, j'apporte un vrai appareil.


    Mes achats

    Ma carte bleue a chauffé dans l'extraordinaire librairie des Utos, qui rassemble 5 ou 6 librairies nantaises :

    achats Utos.jpg

    « Cherchez les intrus... » Y en a deux qui ne sont pas pour moi. Je vous laisse deviner lesquels.

    Comme à mon habitude, pas de nouveautés de l'année sauf en BD, je suis toujours un peu hors du temps éditorial. Mais je pourrai ainsi découvrir Heinlein par le bon bout de la lorgnette - n'est-ce pas Guillaume ? - et m'initier à quelques auteurs français contemporains.
    J'ai eu des dédicaces de Danielle Martinigol, Jean-Paul Renders, Thomas Day et Georges Panchard.

    Pas Neil Gaiman, non, parce que j'ai acheté le livre trop tard pour faire une dédicace. Mais ce type, que je ne connaissais que de nom, car je n'ai encore rien lu de lui (et oui, les dinos existent, j'en suis la preuve), a gagné mon estime lors que je suis tombée là-dessus sur Facebook :

    Citation Gaiman.jpg

    Un type qui dit du bien des bibliothécaires ne peut être entièrement mauvais.



    Moi

    Une fois n'est pas coutume, j'ai quitté mon habit de lumière galactique pour me fondre dans la masse des Utopiales. Je passais totalement inaperçu. Voyez plutôt :

    Bisounours.jpg

    Photo Tigger Lilly

    Bon, d'autres blogueurs ont déjà fait des retours plus rigolos/complets/référencés sur ces Utopiales :  GromovarEndeaTigger LillyGuillaumeAnudarLionel DavoustOlivier PaquetReS Futurae, ActuSF, Lhisbei.

  • Les vestiges de l'aube, de David S. Khara

    J'ai vu une critique de ce titre chez BiblioMan(u), le super héros des livres, et mon néanmoins estimé collègue. Bon, elle était convaincante, cette critique, alors j'ai lu le roman.

    Vestiges de l'aube.jpg

    Barry Donovan et Werner Von Lewinsky, respectivement policier dépressif et aristocrate esseulé, entretiennent des relations d'amitité via le Web, par des forums d'abord, puis par le biais des mails ou de la conversation instantanée.

    Leurs conversations, qui portent d'abord sur des sujets culturels, glissent peu à peu vers la confidence. Barry se sent démuni dans son travail, voire inutile. Werner s'ennuie ferme dans sa tour d'ivoire. Il décide donc d'aider Barry dans le cadre de ses enquêtes, mettant ses ressources inhabituelles au service du policier.

    Car, roulement de tambour, Werner est un vampire. Oui : avec un nom pareil, on aurait pu s'en douter. Voilà donc le point d'achoppement de l'histoire, qui nous divise, Biblioman(u) et moi. Je trouve l'idée de départ excellente : sortir le vampire de son rôle de séducteur, le lier à une vie humaine par d'autres biais que celui du prédateur, une histoire d'amitié, d'hommes, sur un fond de « vrai » polar... Oui, une bien bonne idée pour nous sortir de l'ornière habituelle.

    Sauf que... La sauce ne prend pas. En tout cas, pas suffisamment pour pouvoir ignorer les grumeaux qui nous restent sous les yeux. Les noms des personnages, rien que ça : ils sont des stéréotypes à eux seuls. On se croirait dans un film de série B. La dépression du policier consciencieux, le rôle exagérément mystérieux de Werner, ses incessantes précautions pour ses déplacements et l'utilisation de ses capacités surnaturelles, son maniérisme surrané en matière de style, de langage... Tout cela est bien trop appuyé pour être crédible.

    Peut-être ne s'agit-il que d'un problème de lunettes. Peut-être sortais-je de trop de lectures plus ou moins abouties incluant des vampires pour apprécier la vraie différence de ce récit (oserais-je avouer que je l'ai lu il y a déjà... 3 mois ! D'où l'utilité pour toi, chez internaute, d'aller me botter les fesses dans ma Pile à Bloguer).

    L'histoire semble terriblement maladroite, et pourtant pleine de promesses. Une suite peut être envisagée, au vu de la fin du roman, mais je m'interroge : l'auteur pourra-t-il gagner en maturité, gommer les ficelles tellements blanches qu'elles en sont fluorescentes ?

    Je n'ai pour l'instant rien lu d'autre de David S. Khara, je ne peux donc pas comparer avec son style habituel. J'espère que, si suite il y a, elle saura développer à son plein potentiel les pépites qui parsèment ce roman et que nous pourrons nous attacher définitivement à Barry et Werner.


    Genre : polar, fantastique

    Editeurs : Rivière Blanche d'abord, puis Michel Lafon, 2011

    PS : Ami internaute/lecteur/blogueur, tu peux remercier BoF, un fidèle de ce blog et néanmoins excellent ami IRL, de m'avoir secoué les puces pour rédiger cette chronique.

  • Les Utopiales 2012, ma prochaine escale

    Utopiales 2012.jpgUne fois n'est pas coutume, je sors de mon trou de bibliothécaire empli de poussières et de toiles d'araignée, et je pars la semaine prochaine rejoindre la galaxie des Utopiales :

    Un monde où se rassemblent les gens bizarres qui aiment parler d'étoiles, de mages et de loup-garous,

    Un monde où des écrivains dont on n'entend jamais parler à la télé reçoivent des distinctions littéraires,

    Un monde où des gens comme vous et moi se costument en personnages aussi absurdes qu'improbables (comment ça, mes macarons et mon sabro-laser sont absurdes ?),

    Bref, un monde merveilleux.


    L'évènement aura lieu du 7 au 12 novembre 2012. Le programme est alléchant, et bien rempli. Je n'aurai jamais le temps de tout faire ! N'étant guère coutumière du reportage photo ou des interviews, contrairement à d'autres blogueurs beaucoup plus doués que moi, je ne te promets rien, lecteur. Mais, on se sait jamais...


    Je devrais y retrouver des blogueurs tels Gromovar, Guillaume le Traqueur, Lhisbei, Lorhkan, Tigger Lilly, Biblioman(u)... Une perspective plaisante pour moi, car parmi ces fiers blogueurs de mon club préféré, Planète SF, je n'en connais qu'un seul IRL (à toi de deviner, cher lecteur)(M. Blop et le principal intéressé ont interdiction de donner la réponse).


    A l'occasion de ces Utopiales, le jury du Prix Planète-SF des Blogueurs remettra ledit prix (un objet contondant) à l'un de ces quatre chanceux :

    • Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, trad. Mélanie Fazi, Dystopia
    • La fille automate, Paolo Bacigalupi, trad. Sara Doke, Au diable vauvert
    • Matricia, Charlotte Bousquet, Mnémos (je l'ai lu mais pas encore chroniqué)
    • Wastburg, Cédric Ferrand, Les moutons électriques

    Que le meilleur (ou celui qui a le défenseur le plus agressif au jury) gagne !