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Impromptu - Page 13

  • Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski

    janua-vera.jpgJean-Philippe Jaworski est un orfèvre de la langue française. Il cisèle ses textes comme d'autres les gravures à l'eau-forte, il pastiche, il détourne. Il sait tous les styles, tous les tons, toutes les trames. Il sait aussi les hommes, leurs passions, leurs crimes et leur drôlerie.

    Il met la première au service des seconds. Et on en redemande.

    Le recueil de nouvelles Janua Vera, dans l'édition de 2010, contient 10 nouvelles. Jaworski, pour ceux qui l'ignorent encore, nous a également régalé d'un roman de tout premier ordre, Gagner la guerre.

     

    1 - Janua Vera

    Le roi Leodegar le Resplendissant, Roi-Dieu de Leomance, fait de mauvais rêves... On entre dans l'ordre chronologique de l'histoire avec cette première nouvelle courte. Elle ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs, mais elle fait office de mythe fondateur pour le Vieux Royaume.

    2 - Montefellone

    Une nouvelle orientée vers la tradition militaire et chevaleresque des grands récits d'héroic fantasy, qui nous rappelle forcément Le trône de fer. Au beau milieu d'un guerre, des généraux doivent choisir entre un ordre direct de leur souverain (occuper Montefellone) ou lui rendre service en volant à sa rescousse en désobéissant aux ordres.

    Complots, trahisons, valse-hésitation des uns et des autres et surtout, le thème de la loyauté : qui est loyal à qui, comment, pourquoi, et quelle loyauté est la mieux récompensée ? Pas toujours la plus honnête, il faut croire...

    3 - Mauvaise donne

    La nouvelle attendue par tous ceux comme moi qui ont lu Jaworski dans le désordre, soit Gagner la guerre avant Janua Vera.

    « Mauvaise donne » met en scène la première apparition de Benvenuto Gesufal, crapule et assassin des bas quartiers de Ciudalia, empêtré dans les rêts d'un complot beaucoup trop gros pour lui. Empruntant aux romans d'aventure, aux ambiances de polars noirs et aux conspirations machiavéliques (au sens propre du terme, Machiavel n'est jamais loin...), cette nouvelle réjouit le lecteur par sa vivacité et son humour. Les joutes verbales sont délicieuses. Voici un extrait (déjà moult fois cité, mais tant pis) :

    « Je souhaiterai obtenir un entretien avec sa seigneurie.
    Elle me connait : j'ai déjà eu l'honneur de la daguer. »

    4 - Le service des dames

    Aedan, incarnation du chevalier à l'honneur sans tache et sans reproche (je ronfle déjà), rend service à une gente dame afin de jouir du droit de passage d'un pont. Il lui faut aller chercher noise au vil et méchant voisin. Sauf que cette histoire sent très mauvais, et qu'au final, il y a des baffes qui se perdent. Pour la gente dame, surtout.

    Oui, je suis violente. Il faut dire que mon sens de l'honneur est inexistant, contrairement à ce pauvre Aedan qui se débat au milieu de ses grands principes. Un exercice de pastiche assez réussi, bien que le sujet m'intéresse peu.

    5- Une offrande très précieuse

    Certainement l'une des nouvelles qui m'a le plus touchée. Sans doute parce qu'elle en appelle à la fibre parentale qui sommeille en chacun de nous ;  j'en suis presque certaine parce que je pense que l'histoire m'aurait laissé froide il y a quelques années.

    Cecht et Dugham sont soldats. Dugham est blesséau combat, Cecht tente de le sauver en traversant une forêt immense avec son camarade sur le dos. Cecht est une brute, il a peu de cervelle, et il le sait. Parce qu'il le sait et qu'il fait un choix altruiste mais sans doute fatal pour sa survie, Cecht nous est rapidement sympathique. Il rencontre une vieille sorcière qui, pour soigner son compagnon, lui demande de faire une offrande. Une offrande atypique, qui fait appel à ses souvenirs les plus profondément enfouis et à une sensibilité qu'il ne se soupçonnait pas.

    Une belle réussite que cette nouvelle.

    6 - Le conte de Suzelle

    Tristesse insondable, temps perdu, désillusion, rêves disparus... Cette nouvelle est belle, mais si triste.

    Suzelle est une petite fille débordante de vitalité et de gaieté, lorsqu'elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie. Son interlocuteur la marque à jamais, et dans l'attente d'une promesse et d'un retour, elle laisse passer son existence. Mariage, travail, enfants, vieillesse... Le temps passe, dans cette paysannerie rude et parfois sordide.

    Le rêve d'une vie jamais vraiment vécue.

    [soupir]

    7 - Jour de guigneJanua vera - Gagner la guerre 2.jpg

    Calame le scribe est victime du syndrome de Palimpseste. Parce qu'il a utilisé un parchemin ensorcelé, sa vie se réécrit sous ses yeux ébahis et sa volonté impuissante. On rit beaucoup dans cette nouvelle absurde et parfois potache, toujours soignée du point de vue du style.

                                                                     éd. spéciale de Janua Vera et Gagner la guerre

    8 - Un amour dévorant

    A Noant-le-Vieux, la nuit, les bois sont hantés par des appeleurs, à la recherche d'une jeune femme. Tous sont morts depuis des siècles, mais ils vivent encore sous les futaies, ombres parmi les ombres. Un prêtre du culte du Desséché mène son enquête pour éclaircir l'histoire, interrogeant chaque témoin. 

    Cette nouvelle pose une atmosphère à la Edgar Allan poe, dans la plus pure tradition fantastique du 19e siècle, hantée par les esprits, les revenants, et la fascination pour la mort (en lien avec le culte du Désséché). Personnellement, je n'aime pas particulièrement ce genre, mais il est une fois de plus excellemment mis en oeuvre par Jaworski.

    9 - Comment Blandin fut perdu

    Un peintre errant se voit confier un chantier dans un monastère, ainsi qu'un apprenti doté d'un talent extraordinaire. Le maître ne comprend pas la hâte du monastère à se débarrasser du génie, jusqu'à ce qu'il se rende compte que son apprenti est obsédé par une femme, une seule, et qu'il ne cesse de la peindre. Incapable de varier, il intègre son visage à toutes ses oeuvres, partout, tout le temps, comme un poison lentement instillé...

    Une histoire originale.

    10 - Le confident

    Cette nouvelle aborde d'un peu plus près le culte du Desséché, avec l'histoire d'un prêtre qui décide de se faire enfermer dans le noir total, une sorte d'expiation volontaire, et dont il décrit les étapes angoissées. L'anxiété monte, avec elle les peurs et les cauchemars, à la lisière entre sommeil et veille, rêve et réalité...

    N'étant pas fan de l'épouvante, je n'ai pas particulièrement accroché à cette nouvelle, qui, étant la dernière du recueil, la termine sur une note sombre. Un peu dommage pour moi, mais pour ceux qui aiment, c'est toujours réussi.

     

     ed. spéciale Janua Vera et Gagner la guerre

    Janua vera - Gagner la guerre.jpgLe recueil terminé, mes impressions globales de lecture (avec du recul, je l'ai terminé il y a quelques temps) sont les suivantes :

    • Je n'aime pas particulièrement le format nouvelle. Vieille école, vieilles habitudes, vieille bibliothécaire... On pourra trouver quantité d'explications à cet état de fait ! Lire 10 nouvelles de suite m'a donc demandé un effort certain, que je ne pense pas réitérer de si peu. Une ou deux nouvelles à la fois suffiront largement pour mes futures expériences. Par comparaison, la novella, comme Palimpseste de Charles Stross, me convient mieux.
    • Mes goûts personnels me portent peu vers le fantastique, les revenants, l'épouvante et la fascination pour la mort, ni d'ailleurs vers ce qui est noir et désespéré... Des thèmes plutôt récurrents dans ce recueil, particulièrement vers la fin. Je ne peux donc pas dire que je l'ai adoré. [Oui, les bisounours ne sont pas loin, mais que voulez-vous...]
    • Bien que moins enthousiaste qu'à la lecture de Gagner la guerre, en cause les raisons précédemment évoquées, je reste séduite par la qualité de l'écriture de l'auteur. Il sait vraiment tout faire, tant sur le fond que dans la forme. Et il met sa forme très travaillée au service d'un fond qui ressemble à tout sauf à cette autofiction si chère à notre intelligentsia littéraire, que j'abhorre. Rien que pour cela, Jean-Philippe Jaworski est mon ami. Enfin, non, mais... Remarquez, je peux toujours le lui demander sur Facebook, on ne sait jamais !
    • Mes nouvelles préférées sont donc : Mauvaise donne, parce que Benvenuto Gesufal, et Une offrande très précieuse, parce que tout le monde aime un jour, quel qu'il soit. [Quand je vous disais que les bisounours n'étaient pas loin]. Avec une mention spéciale pour Le conte de Suzelle, parce que l'histoire a beau être triste à en mourir, elle est magnifique.

    Tous les aficionados de Jean-Philippe Jaworski attendent avec impatience la sortie de son prochain roman, toujours aux Moutons électriques, en août 2013 : Même pas mort sera le premier tome d'une trilogie intitulée Les Rois du monde.

    Et rien que pour vous faire baver un peu, sachez donc que je devrais rencontrer le monsieur le week-end prochain, aux Oniriques à Meyzieu. Et toc.

     

    Ce billet est dédié à Tigger Lilly, parce qu'elle a été la première à demander une chro de ma PAB.

    Edition : Les Moutons électriques, 2010 (édition augmentée)

    logog JLNN.jpg

  • Palimpseste, de Charles Stross

    Palimpseste est une novella de Charles Stross, par ailleurs auteur de la série Les princes marchands. Palimpseste a obtenu le prix Hugo en 2010. J'ai acheté ce livre pour ma bibliothèque personnelle durant les dernières Utopiales (je le signale car j'achète assez peu de livres pour moi).

    palimpseste.jpg

    Palimpseste raconte l'histoire de Pierce, un patrouilleur du temps, qui parcours l'histoire de la Terre afin d'intervenir sur des points de divergence, des noeuds dangereux pour l'humanité. La Stase, son employeur, est chargée du maintien de la population et de l'histoire humaine sur la Terre, quelles que soient les époques. Son action court sur des millions d'années.

    On suit donc Pierce tout au long des vingt années de formation qui lui sont nécessaires pour devenir un véritable agent de la Stase, vingt ans à parcourir le temps, à se fondre dans la masse, à éviter des catastrophes, à tomber amoureux... A se faire tuer aussi. Car Pierce meurt à plusieurs reprises, mais la Stase le ramène chaque fois à la vie.

    Il arrive parfois que les agents de la Stase tombent en plein palimpseste : une scène qui a été effacée et réécrite plusieurs fois. Un véritable casse-tête chinois...

    La Stase charge aussi parfois ses agents de déplacer des populations dans le temps, afin de mener des "Réensemencements". Ceux-ci permettent à l'humanité de "repartir" au lieu de s'éteindre, comme le voudrait la loi de l'évolution. Elle utilise également les ressources de civilisations scientifiques pour éviter à la Terre de s'éteindre avec la mort du Soleil.

    Pour devenir agent, Pierce doit faire un sacrifice : se couper de ses racines, et pour le prouver, il doit aller dans son passé tuer son grand père. Il doit même, en fin de formation, se tuer lui-même, un soi déviant qui a pris un autre chemin et qui doit être éliminé. Une carrière difficile, mais qui a ses avantages : une vie extrêmement longue, le sentiment d'être utile à l'humanité entière, et la possibilité de se retirer parfois plusieurs années dans une civilisation paradisiaque dont il est le demi-dieu.

    Mais Pierce découvre que la réalité se révèle plus compliquée encore lorsqu'il arrive enfin à consulter la grande bibliothèque du temps, le bien le plus précieux de son employeur...

    voyages temps.jpg

    Palimpseste a beau être un roman court, il contient littéralement plusieurs mondes. Une terre comme jamais on ne l'aurait imaginée, avec de multiples dérives des continents, des miliers de civilisations, et une géographie astronomique changeante : *attention spoiler* la Terre quitte même le système solaire pour partir "vivre sa vie" dans l'espace intergalactique !

    Charles Stross utilise l'ellipse à l'envie afin de parvenir à ce résultat extraordinaire, un procédé qui pourrait en agacer certains. J'ai pour ma part accepté sans rechigner la méthode, qui permet de ne pas perdre de temps et d'aller toujours à l'essentiel.

    Bien entendu, les multiples voyages dans le temps du personnage central brouillent rapidement les cartes. Les paradoxes temporels s'accumulent et il faut bien avouer qu'au bout d'un moment, les ellipses aidant, j'ai cessé de vouloir tout comprendre dans la chaîne de causalité. Ce qui m'a finalement aidé à apprécier l'histoire racontée, celle d'un homme prisonnier du temps qu'il arpente pourtant sans limites.

    En aparté, je conseille au lecteur intéressé par les thèmes du voyage dans le temps et de l'uchronie de lire ce fil de discussion du Planète Sf. Une bonne façon de comprendre la différence fondamentale entre les deux... On peut aussi aller voir la série canadienne Continuum, qui exploite à bien plus petite échelle l'idée du voyage dans le temps.

    Pierce cherche un sens à son travail, une certitude de faire le bien en fin de compte. Comme il a dû, pour accéder à ce poste, employer la violence, il a besoin d'un garde-fou éthique : "qu'importe les moyens, pourvu que la fin soit honorable". Et la recherche de cette caution morale l'amène sur bien des chemins, en bien des temps...

    Palimpseste a été pour moi un très beau roman, bref et intense. La fin de l'histoire nous laisse dans l'incertitude, mais je n'en attendais pas plus... ou pas moins ?

     

    PS : ami lecteur, tu peux remercier Vert et Lhisbei pour leur kick ass, qui a permis à cette chronique de voir le jour. C'est comme un accouchement : il est inéluctable, mais on a souvent besoin d'un coup de main pour le mener à bien !

    Editeur : J'ai lu, collection "nouveaux millénaires", 2011

    Genre : science-fiction, voyage dans le temps

                                

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    Ce billet entre dans les challenges Winter Tilogog JLNN.jpgme Travel de Lhisbei et Je lis des Nouvelles et des Novellas de Lune.                           

     

     

     

  • Un bilan qui fait mal...

    ... à l'égo.

    Inspirée par les divers bilans annuels lus ça et là dans la blogosphère, j'ai pris mon courage à deux mains et décidé de compter... Ce que je ne faisais jamais auparavant.

    Compter quoi ? Et pourquoi compter, d'abord ?

    J'ai compté mes lectures depuis un an, ainsi que les billets qui en découlaient. Je les ai comptés pour me faire une idée de mon rythme de lecture et de rédaction car je me doutais que je lisais moins qu'il y a trois ans, et je savais que je rédigeais moins... Et voici le résultat :

    Chroniqués  :

    • 23 romans
    • 1 film

    Pas chroniqués :

    • 23 romans itou
    • 2 nouvelles
    • 1 recueil de nouvelles

    J'ai donc lu 46 romans, 1 recueil de nouvelles et deux nouvelles en un an. 

    Cela fait moins d'un livre par semaine, ce qui est une nette baisse de rythme de lecture par rapport à il y a 3 ans, mais qui n'a rien d'étonnant. Cela fait quand même un peu mal, quand on sait que j'étais une très grande lectrice (minimum un livre par semaine), et que mon métier me pousse de toute façon à la lecture. Mais, ami amateur de littérature de l'imaginaire, sache que je privilégie toujours les lectures de SFFF aux autres, même quand mes impératifs professionnels exigeraient qu'il en soit différemment. La rentrée littéraire me laisse toujours un peu sur le carreau...

    Mon rythme de blogueuse a lui aussi nettement diminué, ce qui est plus embêtant. J'ai chroniqué seulement la moitié des oeuvres que j'ai lues, l'autre moitié étant visible dans ma Pile à Bloguer. Je remarque que je suis plus active sur le forum de planète SF et sur Facebook (peut-être parce que j'ai un smartphone depuis 3 mois ?), je vais plus souvent lire et commenter chez les autres qu'auparavant, mais je délaisse mon chez-moi. Il faut dire que la plateforme ne me convient plus tout à fait. Je cherche à voir si l'herbe ne serait pas plus verte ailleurs. Mais il serait plus honnête de reconnaître que je suis atteinte d'une flemmingite aigüe, qui me pousse à une procrastination de mauvais aloi.

    Et puis, je regarde des séries télé. Cette année, j'ai visionné :

    • l'intégrale du Trône de Fer,
    • la saison 1 de Once upon a Time,
    • les 2 saisons de Teen Wolf,
    • tout Terra Nova,
    • Outcasts,
    • The Event,
    • la saison 5 de True Blood,
    • la fin de la saison 3 de Vampire Diaries,
    • je commence Continuum.

    Alors évidemment, quand on regarde une série, on ne lit pas, et on ne rédige pas de billet...

    Les bonnes résolutions finissant toujours ou presque dans les égouts, je ne peux que vous demander un coup de main, à vous, mes lecteurs. J'ai besoin d'un bon kick ass. Mettez moi un bon coup de pied au derrière, réclamez des chroniques dans les commentaires de ma Pile à Bloguer, et parce que c'est pour vous, je le ferai. Je l'ai d'ailleurs déjà fait

  • Coming out

    Voilà, c'est décidé, en concertation avec moi-même, me, myself and I, je sors du placard, je fais mon coming out, bref : JE ME GEOCALISE !

    J'habite en région lyonnaise, et j'aime ça.

  • I did it !

    Enig Marcheur.gif

    Deux mois.

    C'est le temps qu'il m'a fallu pour lire Enig Marcheur, de Russel Hoban. Deux mois de sacerdoce, excepté une pause éclair (enfin... 4 tomes quand même !) dans le monde décalé de Cail Garriger. C'est pourquoi ce livre fait l'objet de ma première chronique littéraire de l'année, et c'est bien la moindre des choses.

    Voici le quatrième de couverture : « Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires ont ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est revenu à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par des chiens mangeurs d'homme et des clans rivaux. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsistent par fragments les connaissances du passé. 

    C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit ses aventures hors normes à la poursuite de la vérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. »


    Un mot d'abord de l'objet livre. N'étant pas particulièrement bibliophile, je parle rarement de ce genre de chose, mais le soin apporté par l'éditeur, Monsieur Toussaint Louverture, à la couverture du roman vaut le détour. Elle est constituée de quatre parties :

    • la couverture cartonnée propre, dans les tons jaunes et blancs,
    • une première jaquette cartonnée ajourée représentant les loups/chiens en rouge,
    • une deuxième jaquette cartonnée ajourée représentant le Ptitome Bryllant en noir par dessus,
    • enfin, une jaquette en PVC transparent pour protéger le tout.

    Un véritable tour de force, et un travail d'artiste.

    La particularité d'Enig Marcheur est qu'il est écrit en parlénigm, une langue déconstruite qui se veut l'héritière de la nôtre, déformée et remaniée après des millénaires d'oralité.

    Un roman post apocalyptique, donc, qui donne la parole à un jeune garçon arrivant à l'âge d'homme - 12 ans ! - ayant décidé de coucher par écrit ses mémoires, chose que personne ne fait à son époque. Enig est le petit bout de la lorgnette par lequel le lecteur part à la découverte de la société dans laquelle il évolue, une société éclatée en minuscules entités, fermes et chantiers nomades, autour de feu la ville de Canterbury, désormais nommée Cambry. A 2500 d'ici, on ne reconnait plus rien, si ce n'est les noms des anciennes autoroutes...

    conversion_de_saint_Eustache.jpg


    Mauvais souvenir de Julian, avec un narrateur naïf.


    Principes de dualité et d'unité souvent évoqués, bizarre dans la bouche d'un môme.

    Mythe détourné de Saint Eustache. marionettistes, représentants du pouvoir. histoire d’Eusa et d’Adom le Ptitome Bryllant.

    Transmission du savoir et de l'expérience, répétition des erreurs du passé.

    Provenance : saint-eustache.org

    Lu aussi par : Nebal (chronique rédigée en parlénigm !), Gromovar, Sandrine, chroniqué mais pas fini chez Lune


     

     

    Enig Marcheur est un roman post apocalyptique, donc, qui donne la parole à un jeune garçon arrivant à l'âge d'homme - 12 ans ! - ayant décidé de coucher par écrit ses mémoires, chose que personne ne fait à son époque. Enig vit une sorte de quête initiatique. Il est le petit bout de la lorgnette par lequel le lecteur part à la découverte de la société dans laquelle il évolue, une société éclatée en minuscules entités, fermes et chantiers nomades, menacée par des chiens sauvages mangeurs d'hommes, autour de feu la ville de Canterbury, désormais nommée Cambry. A 2500 d'ici, on ne reconnait plus rien, si ce n'est les noms des anciennes autoroutes... 

    La particularité d'Enig Marcheur est qu'il est écrit en parlénigm (riddleyspeak), une langue déconstruite qui se veut l'héritière de la nôtre, déformée et remaniée après des millénaires d'oralité. Le roman étant réputé intraduisible en raison de cette langue si particulière, on ne peut que saluer le travail de titan du traducteur Nicolas Richard - et le pari insensé de la maison d'édition pour avoir commandé ce travail.

    Ce langage constitue le fond du roman, peut-être encore plus que la forme. De toute façon, l'influence de la forme sur le fond est ici une évidence. La pensée a évolué avec le langage, et tous deux forment une entité nouvelle, pas facile à appréhender ni sur le fonds ni par la forme. Le glossaire de fin ne m'a pas éclairé d'un iota sur le sens des termes qu'on y trouve.

    Les croyances communes de la société d'Enig sont constituées d'un mélange de légendes pseudo-chrétiennes, reprenant et déformant l'histoire de Saint Eustache ayant trouvé la foi en voyant un cerf portant une croix entre ses bois, et de réminiscences de la culture scientifique qui fait aujourd'hui notre quotidien : la physique, la chimie, l'atome.

    conversion_de_saint_Eustache.jpg

     Source : saint-eustache.org

    On se retrouve donc avec l'histoire d'Eusa, qui au coeur de la Feurrée a découvert Adom le Ptitome Bryllant entre les bois d'un cerf et l'a déchiré en deux, puis provoqué le Grand Boum et enfin payé ses méfaits le restant de sa vie. Sa légende est colportée par les représentants du Ministère, des marionettistes qui passent de fermes en campements porter la bonne parole.

    L'une des scènes les plus fascinantes est le commentaire par l'un des protagonistes d'un texte ancien, écrit dans "notre" langue, relatant l'histoire de Saint-Eustache. L'interprétation qui en est faite est à nos yeux déroutante, absurde... et crédible.

    La recherche du symbolique dans le quotidien est omniprésente dans la pensée d'Enig et de ses contemporains. Les principes de dualité et d'unicité sont au coeur de leurs réflexions : 

    Je le sentais dans mes tripes et dans mon bide. Tu essaies de faire qu'un avec quelque chose ou quelqu'un mais tu auras beau essayer la dualité de toute chose travaille contre toi jusqu'au bout. Tu essaies t'attraper l'unicité et elle se sépare en deux dans tes mains. (p. 189, traduit du parlénigm par mes soins)

    Les cheminements intellectuels menées par Enig ou ses camarades m'ont parfois laissé les yeux écarquillés et le cerveau en panne : qu'ont-ils voulu dire ? De quoi parlent-ils ?  Il faut dire que la langue obscurcit la compréhension que nous pouvons avoir du sens. Cela ajouté à mon désintérêt avoué pour la philo, je me suis sentie stupide plus souvent que je ne l'aurais souhaité...

    Ce qui est évident en revanche à la lecture de l'oeuvre, c'est l'importance accordée à la transmission du savoir et de l'histoire, afin d'éviter les erreurs du passé. Chaque spectacle de marionnettiste sur l'histoire d'Eusa donne lieu à une séance d'interprétation/transe censée éclairer un aspect de celle-ci. Une fascinante déclinaison de l'oralité comme unique mode de transmission.

     

    Alors ? Qu'ai-je pensé d'Enig Marcheur ?

    Avant tout, c'est un texte qui marque, pour le meilleur ou pour le pire. Sa forme est si originale qu'on ne peut l'oublier en passant au livre suivant.

    J'ai eu quelques appréhensions au début du roman, car j'ai un mauvais souvenir de Julian, de Robert Charles Wilson, en raison de son narrateur naïf dont la vision partiale et partielle m'avait beaucoup agacée. Heureusement pour moi, si Enig se rapproche d'Adam de part son statut très jeune homme débutant, là s'arrête la comparaison. Enig est jeune, mais il est pas aussi naïf. Il a dans les grandes lignes le même niveau de connaissance et d'éducation que ses compagnons plus âgés.

    En revanche, le fait qu'un enfant puisse évoquer des principes philosophiques, telle la dualité citée plus haut, m'a perturbé. Ce n'est pas un discours que j'attends de la part d'un enfant, pas même, rapporté à notre époque, d'un adolescent accédant à l'âge d'homme. Ou alors je n'ai fréquenté que des imbéciles, mais tout de même. En cela, j'ai trouvé le postulat un peu capillotracté, même si le contenu était intéressant.

    Mon Libraire (avec les majuscules) m'avait promis que ce roman n'était pas si difficile à lire, du moment qu'on se le lisait à voix haute dans la tête. Il n'avait pas tort, à partir du moment où on a suffisamment de temps de lecture devant soi pour pouvoir passer en mode "lecture intérieure à voix haute". Ce temps, je ne l'ai jamais. C'est bien là que le bât blesse ! Enig Marcheur reste difficile à lire, car même une fois pris le pli de la lecture, le contenu nous est souvent étranger, donc délicat à appréhender.

    Je n'ai rien d'une masochiste en lecture, et de plus, je déteste par dessus tout les livres qui privilégient systématiquement le style au détriment du fond. Enig Marcheur aurait donc dû me déplaire dès la première page, d'autant plus qu'il m'a fallu très, très longtemps pour arriver au bout.  Je garderai, comme Gromovar, un arrière-goût de "tout ça pour ça", une petite déception au vu du manque d'ambition de l'univers décrit, car on n'en sait jamais plus qu'Enig sur le monde dans lequel il vit, on manque de perspective. C'est frustrant.

    Pourtant, j'ai trouvé ce roman intéressant, même captivant, et j'ai vécu une véritable expérience de lecture. Cela dit, je ne le conseillerai qu'à des lecteurs expérimentés n'ayant pas froid aux yeux - et ayant du temps devant eux !

     

    Edition : Monsieur Toussaint Louverture, 2012

    Lu aussi par : Nebal (chronique rédigée en parlénigm !), Gromovar, Sandrine, chroniqué mais pas fini chez Lune

     
  • Du passable au médiocre...

    Aujourd'hui, j'ai décidé d'interpeller mes collègues blogueurs (Gromovar excepté. Gromovar, si tu lis ces lignes, fuis aussi vite que tu pourras. Je vais ENCORE parler de bit-lit) à propos de Twilight. Si.

    Je l'ai dit ailleurs, le ridicule ne tue pas, je me plonge dans la mare aux canards, quitte à en sortir couverte de boue.

    J'ai lu il y a quelques jours une savoureuse chronique de Vert à propos de l'adaptation ciné de la deuxième partie du 4e et dernier roman de la série. Ce qui nous faisait donc un 5e film. Si vous n'avez pas suivi, c'est pas grave. Et dans les commentaires, j'ai relevé une intervention qui disait grosso modo :

    « je ne songe même plus à lire [la série] pour me faire une idée, je continuerai en dire du mal sans l'avoir lue. »

    Je me souviens d'une petite remarque que j'avais faite jadis lors de mon interview chez Gromovar (oh, le pauvre, il va se rouler par terre la bave aux lèvres s'il se rend compte que j'associe une fois encore son nom à la bit-lit...). :

    « j'encourage régulièrement les personnes saturées par les produits dérivés à lire les livres [dont ils sont issus]. »

    Twilight-Chapitre-1-Fascination-Le-livre_portrait_w532.jpgVous me voyez venir avec mes gros sabots : la série de Stephenie Meyer serait géniale et l'adaptation cinématographique catastrophique ? Ben non. Du moins pas exactement. C'est juste que l'oeuvre de Meyer souffre du « syndrome Harry Potter » : tout le monde en a tellement entendu parler que tout le monde ne veut justement plus en entendre parler. Sans même être allé jeter un coup d'oeil sur le texte à la source du tapage. Et dans le cas d'Harry Potter, on est assez nombreux à dire que c'est une erreur. 

    Pour parler des films, ils sont ce qu'ils sont : le produit d'une industrie cinématographique qui cible en l'occurrence une jeunesse américaine à tendance puritaine. C'est un film romantique calibré, lissé, sans aspérité, bref, il remplit son contrat. Je rejoins absolument Vert dans son sentiment ; selon mon goût personnel, c'est absolument fadasse et désespérément nunuche.

    Et les livres, alors ? Et bien, je confirme à nouveau ce que j'ai dit chez Gromovar (là, il est en train de faire une crise cardiaque) : j'ai accroché à l'histoire. Elle m'a divertie. Ce n'était pas de la grande littérature, certes, mais en 2006, la bit lit n'était pas connue, et c'était drôle et nouveau ; bref, un texte tout à fait passable. Fascination, le premier tome était un page turner efficace ; l'humour noir de l'héroïne, son regard distant voire cynique sur elle-même, qui ne transparaissent jamais dans les films, étaient plutôt réjouissants et assez accrocheurs. Les autres tomes étaient médiocres et lents, sauf le dernier qui reprenait du poil de la bête au niveau du rythme de narration, bien que les évènements racontés fussent parfois invraisemblables.

    Alors me voilà, avec mes vrais sabots : Twilight vous gonfle ? Faites une pause de plusieurs mois, maintenant que le phénomène est derrière nous, puis tentez juste la lecture du premier tome. Essayez de faire abstraction du fait que vous savez tout de l'histoire parce que tout le monde vous en a rebattu les oreilles. Ne l'achetez pas, non, pas même en poche. Allez l'emprunter dans votre bibliothèque de quartier. Il vous fera deux à trois soirées peinardes, à rigoler et passer un bon moment. Je le conseille particulièrement au mois de novembre, quand on fatigue et qu'on a le moral dans les chaussettes.

    On me rétorquera que c'est une perte de temps ; il y a tant de bons, voire très bons livres à lire, pourquoi s'embêter à lire des textes passables ? Comme je le dis, c'est de la littérature pour les jours sans. Les jours où on ne veut pas faire d'effort. Les jours où notre cerveau ne tourne qu'à 50%. Nous avons tous des jours comme ça, et ces jours-là, on est incapable de lire Enig Marcheur, par exemple (NB : j'en suis à 90 pages de la fin, je tiens le bon bout !!).

    Alors ne boudons pas notre plaisir et lisons de temps en temps des textes passables mais divertissants ! C'est là, il me semble, l'acception première de la littérature populaire.