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Planète SF - Page 5

  • Les Gardiens de la Galaxie, de James Gunn (II)

    Quand on aime la SFFF, qu'on aime rigoler et qu'on aime le cinéma, on ne pouvait guère, cet été, passer à côté de la sortie de la dernière production Marvel. Les Gardiens de la Galaxie promettait un concentré de space opera humoristique dans sa bande-annonce, il me fallait donc aller le vérifier. Car, oui, cher lecteur, souviens-toi : j'ai un faible pour les comédies SF, Le cinquième élément en première ligne.

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    Je commençai donc ma séance sans la moindre idée du contexte, étant donné que je ne savais même pas, avant d'avoir vu la bande-annonce, qu'il existât des comics consacrés à ce groupe de personnages improbables.

    Nous découvrons Peter Quinn, sorte de Han Solo des temps modernes, pas tout à fait pirate mais pas tout net non plus, qui met la main sur un bidule sphérique convoité par un type atrabilaire, Ronan, et qui, pour sauver une planète de gentils dudit Ronan, doit s'allier à un raton laveur, un arbre (pas vraiment) doué de parole, une fille verte et un musclor étanche aux métaphores. Oui, le scénario s'arrête grosso modo ici.

    Je vous confirme immédiatement que la force de ce film réside dans son grand art de la fantaisie et du n'importe quoi. Le ridicule ne tue pas, et Les gardiens de la galaxie en est une parfaite illustration.

    Des exemples, on en trouve à la pelle : Peter Quinn veut que les gens l'appellent Star Lord et tremblent sur son passage. En général, il récolte au mieux, un pouffement, au pire, un "Gnééééé ?" à l'annonce de son surnom. Joli coeur patenté, il se démène pour conquérir la belle verte, multipliant râteaux et  plantages en beauté.

    Groot, l'homme-arbre, est un condensé d'Hodor façon SF : il ne sait que dire "I am Groot", il a un coeur tendre et peut se transformer en machine à tuer sans aucun lien logique avec le fait précédent.

    Rocket, le raton-laveur, porte lui aussi des relents de Han Solo - Groot étant son Chewbacca : fin tireur, bricoleur de génie à ses heures, éternel mécontent, Rocket est capable d'interpréter la triade orale de Groot (l'équivalent des hurlements de Chewie) d'une centaine de façons différentes, le plus souvent sorties de nulle part.

    Et il y a bien entendu Drax, musclor littéral et lettré, qui peine à comprendre l'humour, et dont les discours élaborés tombent comme des cheveux sur la soupe dans une atmosphère plus portée sur la déconne et l'action que sur la réflexion. Un décalage bienvenu, bien que trop timide à mon goût.

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    Et quand je parle de fantaisie, je parle aussi de fantasy. Si un humain sort d'un gros vaisseau spatial pour en rejoindre un plus petit en passant par le vide intersidéral, il est rare qu'en SF on l'imagine cheveux au vent (solaire), mains nues, blouson de cuir et, pour toute protection, un petit masque à zyeux rouges... N'importe nawak.

    Du space-opera, oui, mais de la SF ? L'étiquetage n'ayant pour d'autre effet que de provoquer des débats sans fin, mais parfois très rigolos, j'affirmerai donc haut et fort que ce film, c'est du space-opera de fantasy. Ça n'existe pas ? Je m'en fous.

    En tout cas, qu'est-ce que c'est drôle ! Odieux Connard se fera sans doute un plaisir de nous démonter le scénario, qui ne tient pas debout une minute, mais ce film est vraiment sympathique. En fait, je crois que ce qui m'a séduite, c'est ce frémissement de vent de folie qu'on devine -  ou qu'on espère ? - derrière la grosse machinerie. Marvel ne nous avait pas habitué à ça. J'oserais donc dire que j'en redemande !

     

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    Ce billet entre dans le cadre du challenge Summer StarWars épisode II de M. Lhisbei.

     

  • Le grand vaisseau, de Robert Reed

    Ma première contribution au Summer Star Wars de M. Lhisbei se penche sur Le grand vaisseau, de Robert Reed. Une oeuvre qui s'inspire d'autres grands classiques de science-fiction basés sur la vie et l'oeuvre de l'humanité à l'intérieur d'un très grand vaisseau spatial, tel que Rama, d'Arthur C. Clarke.

    grand vaisseau 2.jpgUn très grand vaisseau, de la taille d'une géante gazeuse comme Jupiter, est découvert par les humains. Creusé de multiples chambres immenses et aménageables, il vient de très loin, est très vieux et va on ne sait où. Qu'importe, les humains l'investissent, défendent cet investissement contre les velléités  de mainmise alien et le transforment en paquebot de luxe ultra rentable pour toutes les espèces de la galaxie. Ils sont les maitres à bord, qu'on se le dise. Les progrès de la science les ont rendu virtuellement immortels : ils ne vieillissent pas et peuvent être réanimés à partir d'un morceau d'ongle, ou peu s'en faut. La grande capitaine est devenue une sorte d'hybride entre un humain et une interface avec le vaisseau. Tous ses capitaines ou presque sont humains.

    Un jour, Miocène, l'une des principales capitaines, est chargée de partir à la découverte d'un territoire inexploré du vaisseau, qui recèle une surprise : une planète ferreuse et torturée par une tectonique explosive de la taille de Mars, baptisée Marrow. Un accident se produit et tous les capitaines (les meilleurs du vaisseau, recrutés pour l'occasion), se retrouvent prisonniers sur Marrow. Prisonniers pour 5000 ans, au bas mot. Ils sont immortels, alors ils prennent leur mal en patience, font des enfants et créent une société industrielle à partir de rien en attendant. En attendant quoi, telle est la question. Car pourront-ils retrouver le reste du grand vaisseau intact après plusieurs millénaires ?

    Il m'a fallu du temps pour lire ce livre, ce qui est rarement bon signe. J'ai même attaqué des romans fantastiques entre temps, c'est dire.

    Bon, ne tournons pas autour du pot : je ne vois pas en quoi ce roman pourrait nous convaincre d'entrer dans la famille des grands classiques du genre. Je me suis ennuyée de bout en bout. Pas de style, ce qui ne serait pas trop grave si cela avait été le seul défaut du roman. Les personnages manquent cruellement d'humanité, ils sont quasiment inexistants. On ne comprend pas grand chose à leurs motivations et on ne croit pas une seconde à la manière dont ils gèrent de leur immortalité.

    L'histoire semble se résumer à une lutte de pouvoir, même pas intéressante. Je veux dire, pour une bonne lutte de pouvoir bien menée, allez donc voir les tortueuses manipulations du podestat Leonide Ducator dans Gagner la guerre, ou les menées feutrées mais implacables de Mara des Acoma dans la Trilogie de l'empire.

    Les tenants et aboutissants de chaque sursaut scénaristique sont incompréhensibles. Soit l'auteur explique trop de choses, soit il n'en explique pas assez, mais le lecteur a l'impression de ne jamais en savoir assez sur les raisons d'être de chaque évènement. Ce qui rend le fil de la narration inutilement compliqué.

    Des ellipses qui se veulent intelligentes, une flopée de personnages différents mais difficiles à relier et à investir, une contextualisation qui met en avant quelques sociétés aliens qui se révèlent finalement inutiles tant à l'histoire qu'à l'atmosphère du livre...

    Donc, pour ce roman de space opera qui se veut grand mais qui est, à mon sens, un ratage, je dis : amis lecteurs, passez votre chemin.

    space opera, science-fiction, littérature de l'imaginaire, vaisseau spatial

  • Etiquette & Espionnage (Le pensionnat de Mademoiselle Géraldine, tome 1), de Gail Carriger

    Pour ceux qui seraient passé à côté l'an dernier, Cail Garriger est une auteure américaine fascinée par ses ancêtres grands-bretons. Elle a écrit une pentalogie intitulée Le protectorat de l'ombrelle dont vous trouverez ici ma chronique enthousiaste.

    Apprenant que la dame avait remis le couvert, dans le même univers que la précédente série, j'ai sauté sur le premier tome. Que j'ai lu en 24 heures, journée de travail comprise (non, je ne lisais pas pendant mes heures de travail. Juste à la pause de midi).

    Etiquette-espionnage-1.jpgBon. Je vous le résume rapidement : Sophronia est une petite demoiselle de 14 ans, qui fait le désespoir de sa mère. Elle préfère grimper aux arbres et se cacher dans les monte-plats plutôt qu'apprendre les bonnes manières. Or, dans l'Angleterre victorienne, les bonnes manières sont indispensables. La maman envoie donc sa progéniture dans un très sélect pensionnat pour jeunes filles. Pensionnat qui se révèle fort intéressant pour Sophronia, car son enseignement, bien qu'il comprenne - et à haute dose - l'apprentissage des bonnes manières, propose également des cours tels que le sport, le combat, la manipulation, la collecte d'information (doux nom pour l'espionnage) et l'assassinat.

    Orbit continue à proposer des couvertures d'un goût particulier, que certains pourraient qualifier de douteux. Bien que celle-ci soit à mon sens plus réussie que celles (réunies) des 5 tomes du Protectorat de l'ombrelle. Mais on partait de loin.

    Cail Garriger insère dans cette nouvelle série les éléments contextuels qui faisaient le charme du Protectorat de l'ombrelle : l'époque victorienne, les froufrous de la mode à triple jupons, les exigences plaisamment ridicules de l'étiquette, et les êtres surnaturels. Et, oui, n'oublions pas : un personnage féminin qui dépote et se démène dans un univers sexiste (sans pour autant être suffragette, notez bien).

    Hélas, trois fois hélas, le charme s'arrête là. Le scénario est rebattu : une ado un peu à part qui découvre une école à son goût et se fait très vite des amis et des ennemis ? Harry Potter. Des aventures dont la chute coïncide étonnamment bien avec les vacances scolaires ? Mmm... Harry Potter. Une héroïne qui dissimule la vérité sur son école à sa famille ? Attendez voir... Ah, oui ! Harry Potter.

    Bref, zéro inventivité. De la littérature de divertissement adulte un peu originale dans la première série, nous sommes passés ici à une littérature ado réchauffée. Le fait que le public ciblé soit plus jeune me déçoit un petit peu, mais en réalité, c'est le « réchauffé » qui me dérange. Quel dommage de perdre ainsi sa saveur !

    Et encore, je ne vous ai pas parlé du pire...

    Le pire, c'est la langue. Pour une raison non élucidée, Cail Garriger a "simplifié" son écriture, perdant en élégance et en mordant ce qu'elle pensait peut-être gagner en clarté, proposant des mélanges improbables de niveau de langage, dans lesquels les anachronismes deviennent indigestes - alors qu'ils apportaient une touche humoristique dans le Protectorat de l'ombrelle. Je ne sais pas comment Sylvie Denis s'y est prise pour faire cette traduction, mais je ne l'envie pas.

    Au nom de quoi avoir appauvri la langue ? Parce que le coeur de cible est adolescent ? Mais puisque c'est un lectorat que l'esthétique steampunk attire, il devrait être parfaitement capable, à 14 ans, de s'adapter à une langue un peu soutenue ! Ou comment prendre, une fois encore, les ados pour des imbéciles...

    Je suis tout de même curieuse de voir comment va évoluer la série. Le prochain tome, intitulé Corsets & Complots, sortira en septembre. Peut-être enverra-t-il la série sur une orbite un peu plus haute. Je l'espère. Parce qu'en attendant, je ne peux vous conseiller qu'une chose : allez donc lire le Protectorat de l'ombrelle.

     

    Genre : steampunk, fantastique

    Edition : Orbit, 2014. Disponible également en format numérique.

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    Ce billet s'inscrit dans le cadre du challenge SFFF au féminin, lancé par Tigger Lilly, du Dragon Galactique. [Edit du 17 juin 2014].

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  • La Saga Vorkosigan, de Lois McMaster Bujold

    Je viens de terminer le 5e volume de l'intégrale de la Saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold. L'été dernier, durant le Summer Star Wars de Lhisbei, je vous avais parlé du premier roman du volume 1 de l'intégrale, Chute libre. Ce billet, en revanche, détaille tous les romans de l'intégrale.

    Avant de commencer, un rappel : cinq des titres de cette saga ont reçu les plus prestigieux prix littéraires de SF (Locus, Nebula et Hugo). Un record inégalé pour une même série.

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    L'attrait principal de la Saga Vorkosigan réside dans son héros éponyme, Miles Vorkosigan. Avorton lourdement handicapé par un squelette friable, une taille largement en dessous la norme (1m48), et victime des violents préjugés de la société dans laquelle il naît, Miles débute mal dans la vie. Tellement mal que certains de ses proches veulent sa mort, au regard de son apparente monstruosité.

    Mais Miles, outre ses géniteurs hors du commun (que l'on apprend à connaître dans les premiers romans, L'honneur de Cordelia et Barrayar), est doté d'un cerveau agile. Tellement agile qu'il confine au génie. Accro à l'adrénaline, il n'a peur de rien, et surtout pas de se blesser - ou de mourir. Alors, il ose tout, de préférence les audaces les plus improbables eu égard à sa condition physique.

    A 17 ans, Miles tente l'entrée à l'école militaire de Barrayar, son monde. Il échoue, bien évidemment, aux épreuves physiques. Il prend alors l'air, au sens figuré et littéral. Il part sur le monde sa mère, Beta. Une fois là-bas, il se rend maître, par un coup de poker inopiné, d'une flotte de mercenaires spatiaux. Il en devient l'amiral sous une fausse identité. Et il met cette force au service de Barrayar et de son empereur et néanmoins frère de lait, Gregor Vorbarra.

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    A partir de ce coup d'éclat, Miles commence une vie de schizophrène, passant de l'identité de Miles Vorkosigan, simple Lieutenant de la Sécurité Impériale, fils mutant et pistonné des aristocrates les plus en vue de la planète, à celle de l'amiral Miles Naismith, chef suprême des mercenaires Dendarii, casse-cou audacieux et génial, son double ultra secret.

    Une vie de danger, de folie, une vie à la fois excitante et frustrante, où ses plus grands exploits doivent être passés sous silence à chaque retour sur Barrayar, pour des raisons de sécurité. Barrayar sur laquelle il continue donc à être un monstre de foire, considéré si ce n'est avec mépris, au moins avec dégoût.

    Je suis ravie par la qualité globale de cet univers littéraire. Celui-ci est inévitablement inégal, en raison de la quinzaine de romans et nouvelles qui le constituent. Mais l'ensemble forme une Oeuvre, avec la majuscule.

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    La très grande force de La saga Vorkosigan réside sans aucun doute dans la multiplicité des angles d'attaque du récit. Lois McMaster Bujold ne cède sur rien : ni la richesse et la profondeur psychologique des personnages, ni l'action, ni la vivacité des dialogues. Tout y est, en quantité et en qualité.

    En lisant ces romans, je suis scotchée par l'action, je pouffe de rire à chaque réplique de Miles ou de ses acolytes (je vous recommande particulièrement les dialogues de Miles avec son cousin Ivan Vorpatril...) et je suis émue, parfois aux larmes, devant la fragilité et la souffrance des personnages.

    On pourra dire qu'il y manque quelques détails : une anticipation crédible de la diaspora humaine dans les étoiles, ou encore une base scientifique cohérente, développée et solide pour les voyages spatiaux. Mais nous ne sommes ici ni dans Dune, ni dans Honor Harrington, encore moins dans la hard-science façon Kim Stanley Robinson. Nous sommes dans le space opera le plus divertissant, mais qui, pourtant, développe une thématique singulière.

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    Car s'il est une particularité dans l'univers créé par l'auteur, c'est la place importante accordée au handicap. Plusieurs des principaux protagonistes, Miles en premier, souffrent de handicaps physiques ou psychologiques sévères. Résultats d'agressions, de mauvais traitements, ou simplement de malchance, ces handicaps sont constitutifs de leur personnalité.

    Leur souffrance provoque dans certains cas des séquelles psychiques et physiques sérieuses, avec lesquelles les protagonistes doivent vivre : comportements déviants, tendances suicidaires, personnalités multiples. Leurs motivations et leurs actions sont partiellement basées sur ces souffrances. Ils en paient trop souvent le prix fort. Et c'est à mon sens ce qui élève la Saga Vorkosigan au delà du simple divertissement.

    Une fois de plus, la preuve est faite pour moi que la SF est un moyen de réfléchir à une thématique réelle, quotidienne, et parfois douloureuse, à travers le prisme ludique et "indolore" de la distance fictionnelle. Divertissant, oui. Gratuit, non.

    La saga de Miles est donc en passe de devenir, à l'instar du Vol du dragon d'Anne McCaffrey, un de mes « livres-doudou ». De ceux que je lis quand rien ne va plus, que mon moral est en berne et que je n'ai pas envie de lire. Autant te dire, cher ami lecteur, que je t'encourage à mettre ton nez dedans...

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    Voici la distribution des romans et nouvelles dans les intégrales. Les titres entre crochets sont les premières traductions françaises, modifiées lors de l'édition en intégrale (plus fidèles aux titres originaux).

    Intégrale 1 :

    Intégrale 2 :

    Intégrale 3 :

    Intégrale 4 :

    Intégrale 5 :

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    Ce billet s'inscrit - avec retard - dans le cadre du challenge SFFF au féminin, lancé par Tigger Lilly, du Dragon Galactique. [Edit du 14 avril 2014].

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  • En passant...

    ... J'ai fini aujourd'hui la 3e saison de la série américaine Teen Wolf. Si, souvenez-vous, je vous en parlais dans la première édition de Nouvelles au pays des camés.

    Et bien, Je l'ai terminée le sourire aux lèvres. Incroyable mais vrai, cette série a nettement augmenté son niveau dans la 2e moitié de la 3e saison.

    Pour comprendre, il faut savoir qu'une saison de Teen Wolf est diffusée en deux temps : la première moitié, des épisodes 1 à 12, durant l'été, et la seconde moitié, épisodes 13 à 24, durant l'hiver.

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    Souvenez-vous de ce que je disais la dernière fois :

    « J'ai une affection toute particulière pour Stiles, le meilleur ami du héros. Stiles est le faire-valoir parfait, il est drôle malgré lui, comme il se doit, et il me fait véritablement hurler de rire. »

    Dans cette 2e partie de saison, mon grand ami Stiles, joué par l'excellent Dylan O'Brien, prend de l'épaisseur. Un fait qui n'est sans doute pas étranger à mon enthousiasme.

    Alors que le héros, Scott, est installé dans son rôle de leader malgré lui à la fin de la première partie de la saison, la dynamique de la série bascule. Elle devient plus collective, et les rôles de Scott et de Derek sont mis en retrait. Ils s'insèrent dans un groupe d'action, constitué de toutes les forces vives, normales et paranormales de la série : les chasseurs de la famille Argent, le shérif, le vétérinaire, les loups-garou, la banshee et la kitsune (la petite nouvelle de la série).

    Stiles, malade et dépressif, a peur de dormir. Diagnostiqué de la même maladie cérébrale qui a emporté sa mère, il perd pied. Une enquête menée par ses amis inquiets révèle qu'il est habité par un esprit maléfique d'origine nippone, le nogitsune, et commet bientôt, contre sa volonté, nombre d'actes de barbarie. Totalement hors de contrôle, sa personnalité propre affaiblie au point de disparaître, Stiles est désormais l'homme à abattre.

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    Cette deuxième partie de saison met l'accent sur l'atmosphère. De la série pour ado qui intègre un élément fantastique, on passe à une série fantastique avec des ados dedans. Ce qui change tout. Le suspense, l'ambiance, la montée de tension, les apparitions paranormales inexpliquées, les cadrages dynamiques et serrés, la photo sombre... Tout cela emporte le téléspectateur dans un vrai thriller d'angoisse. Au regard des adeptes des films d'horreur, cela reste certainement gentillet. Pour moi, c'est amplement suffisant.

    Le jeu de Dylan O'Brien, grâce à son rôle schizophrénique Stiles/Nogitsune, prend une profondeur inattendue. Oublié, le faire-valoir comique. Lorsqu'il est le Nogitsune, il apparaît froid comme la glace, malveillant et venimeux. Il file une sacrée chair de poule. Quand Stiles redevient lui-même, conscient des dégâts dont il est responsable, sa détresse, la certitude de l'inéluctabilité de sa propre perte le transforment en personnage dramatique, au destin inévitablement tragique. Il nous émeut.

    Un petit mot supplémentaire pour Daniel Sharman et son personnage d'Isaac, qui de vaguement inutile, a pris une étoffe intéressante ; un peu grâce au scénario, mais aussi beaucoup en raison du magnétisme de l'acteur, tout à fait fascinant. Il pourrait aller loin, ce britannique...

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    A bientôt...

  • Hunger games, de Suzanne Collins

    Je parle ici de la trilogie complète des livres, lue entre décembre 2012 et septembre 2013 (pour cause de sur-réservation des ouvrages à la bibliothèque).

    Cette chronique est rédigée à la demande de Vert, blogueuse SFFF prolixe et néanmoins estimée collègue.

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    Résumé des trois tomes (attention, spoiler) : dans une Amérique post-apocalyptique, nommée Panem, les États-Unis ont disparu pour faire place à un régime autoritaire détenu par le Capitole. Celui-ci soumet depuis presque 75 ans 12 districts, en les tenant par la terreur. Chaque année, il prélève dans chacun d'eux un couple d'enfants de 12 à 18 ans pour les faire s'affronter à mort dans une arène médiatisée. Le vainqueur est celui qui survit.

    Dans le District Douze, l'un des plus pauvres, Katniss prend la place de la petite soeur le jour du tirage au sort. Résignée à mourir, ses compétences en tir à l'arc et son instinct de conservation lui permettent pourtant de survivre, et même de défier le Capitole en sauvant par la même occasion Peeta, son équipier du District Douze.

    Le Capitole annonce alors que l'année suivante, pour le 75e anniversaire des Hunger Games, ce sont les anciens vainqueurs de chaque district qui devront concourir. Peeta et Katniss retournent donc dans l'arène après une année éprouvante de représentation médiatique. Malgré les fortes pressions exercées sur leurs proches, ils survivent et s'échappent de l'arène, mettant prématurément fin aux jeux.

    Commence alors un jeu de chat et de souris entre le Capitole et la résistance, incarnée par le Treizième District, supposé détruit mais pourtant bien vivant. Celui-ci n'hésite pas à utiliser Katniss comme le Capitole l'a fait précédemment, la présentant comme le symbole de la révolte contre l'oppression. Katniss endosse ce rôle sans joie, mais en espérant que l'avenir des districts pourra s'améliorer. La guerre déclarée fait de nombreux dégâts, et Katniss paie comme d'autres le prix de cet affrontement.

    Mon avis : Hunger Games est à mon sens une bonne anticipation post-apocalyptique pour adolescents. Pourquoi ? Parce qu'elle ne tombe pas dans l'angélisme. D'abord parce que l'héroïne, Katniss, ne l'est jamais que contre son gré. Elle est utilisée, manipulée, et elle en est toujours consciente. Elle ne l'accepte qu'en échange de sa survie et celle de ses proches. Ensuite, parce que la fin de l'histoire n'est pas une happy end. Certes l'héroïne ne meurt pas, mais on ne peut pas dire que sa fin soit heureuse. Elle est résignée, meurtrie, et traumatisée à vie. 

    Cette constante demi-teinte est ce qui m'a le plus séduite dans la trilogie ; Suzanne Collins ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des imbéciles heureux, et j'en suis ravie.

    Il y a ensuite cette thématique forte inspirée de Battle Royale, ces jeux du cirque pour enfants, ainsi que la manipulation de l'image par les médias, et une certaine réflexion sur la citoyenneté et les devoirs qu'elle implique. Hunger games permet une approche ludique qui introduit de solides notions de civisme et de responsabilité individuelle. C'est également un vrai page-turner, addictif au possible.

    Toutefois, il n'en reste pas moins que Hunger Games a bien des défauts : il se lit très vite, l'action prenant souvent le pas sur la construction, les raccourcis narratifs sont trop évidents. Cela rend l'oeuvre attractive pour les lecteurs peu aguerris, mais se fait au détriment d'une certaine profondeur contextuelle. Pendant les épreuves, le scénario élimine les concurrents un peu trop aisément (même si toujours avec beaucoup d'imagination quant aux moyens !).

    Les personnages principaux sont trop exceptionnels pour être crédibles (Katniss et son ami Gale sont des personnages en dehors des normes de leur société). Je remarque néanmoins que ce n'est pas le cas de Peeta, dont le profil est beaucoup plus réaliste ; c'est un personnage en retrait, parfois inconsistant et pourtant indispensable, et même, précieux.

    Hunger games est loin d'être un chef-d'oeuvre, mais il est porteur de sens pour les ados d'aujourd'hui. Il est en prise avec son temps, avec la mentalité et les pratiques des jeunes (que j'ai l'air vieille en disant cela !!). C'est une lecture facile que j'ai apprécié à sa juste valeur, et que je recommande beaucoup dans mon métier, non seulement aux ados, mais aussi à leurs parents.

    Enfin, bien j'aime beaucoup Jennifer Lawrence, la jeune comédienne qui tient le rôle de Katniss dans le film éponyme,  et que j'ai accroché au film, je recommande vivement la lecture des livres, plus éclairante sur les motivations de son héroïne.

    Pocket, 2009-2011

    Lu aussi par : Vert, Lorhkan, Xapur

  • Gravity, d'Alfonso Cuaron

    Gravity 1.jpgCertains sont des spécialistes d'Alfonso Cuaron. Moi, non. J'ai vu Les fils de l'homme au cinéma, qui m'a scotché sur mon siège pendant toute la projection, et bien entendu Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, dont j'ai apprécié le côté sombre et esthétique, mais de toute façon le livre était aussi mon préféré de la série. De bonnes expériences antérieures, donc.

    Cela dit, je partais avec un peu de crainte pour aller voir Gravity : la 3D ne m'a jamais convaincue jusqu'ici, les critiques un peu trop dithyrambiques sur le film suscitaient ma méfiance - voire me donnaient presque envie d'aller voir ce que pouvait en dire Odieux Connard, le maître en matière de démontage de soi-disant chef-d'oeuvre. Bref, j'y allais poussée par la curiosité, et tirée par la méfiance.

    L'histoire tient sur une feuille de papier à cigarette, tellement courte que je dois spoiler. Attention, donc, pour ceux qui n'auraient pas deviné la fin dès la bande annonce : une équipe américaine d'astronautes en pleine sortie dans l'espace se retrouve prise au piège d'une tempête de débris. Deux d'entre eux s'en sortent, seuls, sans assistance, sans navette, et sans contact avec Houston. L'un est expérimenté (Kowalski, joué par Clooney), l'autre pas (Stone, joué par Bullock). Kowalski aide Stone dans la première épreuve, rejoindre l'ISS en scaphandre. La narration suit ensuite Stone dans ses aventures autour de la terre pour survivre à l'enfer du vide spatial et réussir, d'une manière ou d'une autre, à rentrer saine et sauve sur terre. Elle passe de scaphandre en soyouz, de soyouz en shenzhou, de shenzhou dans l'eau. Grosso modo.

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    Non, le scénario n'est pas bon. Il se veut simple, il est bien souvent plein de trous. Stone survit à un peu trop de tempêtes de débris dans l'espace. Tout le monde meurt autour d'elle, qu'ils soient dans une navette ou dans un scaphandre, et elle reste indemne ? Pas crédible. Le dernier rebondissement du scénario, une fois qu'elle amerrit et manque se noyer, est largement de trop. Bref, du scénario de film catastrophe classique.

    Mais j'ai aimé ce film. D'abord et avant tout parce qu'il touche ce que je cherche dans mes lectures : cet au-delà, cette capacité d'aller plus loin, ce désir irrépressible de quitter le berceau terrien pour aller explorer l'univers. Pourtant, Gravity n'est pas un film de science-fiction. Mais il en a tous les attraits. Il nous parle de l'homme dans l'univers, de sa minuscule et pourtant essentielle place dans le ballet infini des galaxies. Il nous rappelle que nous sommes fait pour aller nous confronter au vide stellaire.

    Gravity 3.jpgIl dépasse surtout ce repli sur soi que notre société connait depuis trente ans, en dirigeant à nouveau le regard du grand public vers cette "projection vertigineuse des possibles"* que représentent les étoiles.

    Et puis, je l'ai aimé pour d'autres raisons :

    - les images sont d'une beauté stupéfiante, et laissent des traces sidérantes dans la rétine pendant des heures. C'est un véritable exploit cinématographique et une expérience personnelle magique.

    - La 3D est utilisée avec pertinence, particulièrement dans les scènes de tempête de débris. Contrairement à d'autres films  en 3D, je ne suis pas sortie de là avec la migraine.

     - La scène de désespoir de Stone dans le Soyouz, où elle rêve une discussion avec Kowalski alors qu'elle est au bord du suicide, est d'une grande poésie. Le silence y est magnifique, comme à chaque fois qu'il apparaît dans le film. On ne le dit pas assez : l'espace est un monde de silence, et c'est la première fois que je vois un film qui lui rende un hommage aussi juste.

    Allez voir Gravity sur grand écran. Ce serait un crime de le regarder sur un écran de télévision ou d'ordinateur. Ce film est un film de cinéma, qui mérite qu'on se déplace et qu'on paie le prix fort.

     

    Vu aussi par : Lhisbei, Lorhkan

     

    *j'ai emprunté cette jolie expression à ma blogopote Lhisbei.