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Imaginaire - Page 11

  • Justine Niogret, une entrevue

    Cette interview aurait dû être enregistrée en audio, dans le feu de l'action, juste après la conférence « Wonder Woman » le dimanche 11 novembre 2012 aux Utopiales. Mais j'ai papoté avec Nancy Kress, et j'ai perdu Justine Niogret de vue. Ça m'apprendra. L'interview s'est donc faite par mail.

    Pourquoi Justine Niogret, et pas un(e) autre auteur(e) ? Parce que personne ne sautille sur place en poussant des cris supersoniques* comme elle. Voilà pourquoi.


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    photo de Justine Niogret par Justine Niogret (!)

    Comme une interview écrite est beaucoup moins spontanée, elle se doit aussi d'être plus documentée. Ça passe mieux qu'une ignorance crasse. J'ai donc entre temps pris soin de commencer (enfin !) Mordre le bouclier, son deuxième roman, pour lequel Justine Niogret vient d'obtenir le prix Utopiales européen. J'avais déjà lu et chroniqué Chien du Heaume l'année dernière. Je n'ai pas fini Mordre le bouclier, mais je peux d'ores et déjà dire que je m'accroche à Chien et Bréhyr comme une sangsue déshydratée.

     

    1) [Justine] tu n'écris pas de la science-fiction, Sara Doke l'a dit lors de l'introduction à la conférence Wonder Woman, écoutable et téléchargeable ici. Pas pour l'instant, en tout cas. J'irais même jusqu'à dire que ni Chien du heaume ni Mordre le bouclier n'entrent dans la case littérature de l'imaginaire, puisque rien ne les y rattache réellement, dans le fond (évidemment, cela n'engage que moi). Et pourtant, tu as reçu pour chacun de ces romans des prix récompensant les littératures de l'imaginaire. L'application d'étiquettes tend vite à la stupidité, mais diverger à ce point... Il faut admettre que c'est troublant. Qu'en penses-tu ? Tu as une explication? Ou tu t'en fous ?

    Question compliquée. Déjà, je ne suis pas championne pour parler des étiquettes. Ce que je pense, déjà, c'est que Mnémos est une maison fantasy, et que rien que ça, ça vous cale un roman. Je pense, moi, que chien et mordre sont plus proches de l'histo qu'autre chose. Les moments fantastiques de ces deux romans, j'ai tenté de les rendre historiques autant que faire se peut, de parler de la vision magique des gens de cette époque, avec les forêt en lieux déserts et secrets, les peurs dans la nuit sans lumière, les prédestinations, les tours du destin. C'est là que, pour moi, ce sont deux livres historiques, ou historiques romancés. Beaucoup de lecteurs me disent la même chose, d'autres me parlent de fantasy claire et nette malgré tout. Du coup je ne sais pas. Je pense qu'un livre appartient aussi à ses lecteurs, je ne veux pas trancher à leur place. Bref, je te ferais une réponse molle ; pour certains c'est de la fantasy, pour d'autres de l'histo. Pour d'autres encore, un univers secondaire. Du coup, va savoir.

     

    2) Je lis donc Mordre le bouclier, j'en suis au chapitre 5 [10, maintenant]. Chien est partie sur les routes avec Bréhyr et son pouce en métal ; elle vient de - spoiler !! - Ce qui me frappe, c'est l'impression persistante que Bréhyr et Chien sont en réalité une seule et même personne, et que chacune d'elle incarne une part d'un tout. Ce tout forme une personnalité complexe, ignorance et connaissance, activité et passivité, entreprise et dépression, et lutte, toujours la lutte, sans espoir. Est-ce ainsi que tu les as conçues ?

    Hou, question difficile. Je ne conçois pas mes persos. Je les laisse venir comme ils veulent, et je tente d'être aussi honnête que je peux en retranscrivant ce qu'ils veulent que je raconte. C'est King qui en parle super bien dans la tour sombre ; son perso sculpteur, il trouve un bout de bois, et dedans il sait qu'il y a une clef. Et il tente de la sortir de là, du mieux qu'il peut, avec son petit couteau et ses trouilles personnelles. Pour moi, écrire un personnage c'est très semblable ; on tente, on fait du mieux qu'on peut. Je sais qu'on a tous des ressentis différents quant au travail d'écriture ; dans mon cas je suis incapable de poser le perso sur papier et de dire « alors là il est plutôt comme ça, et puis dans cette situation et bien il réagira comme ceci. » je fais connaissance avec eux au fil de l'écriture, tant que le livre n'est pas fini ils font ce qu'ils veulent, un peu, ce sont des sales gosses. Après, avec le recul, en général j'ai une opinion d'eux et je peux en parler ; alors oui, disons que pour moi, et chacun pense comme il veut, mais pour moi Bréhyr et Chien sont deux faces d'une même pièce. La lutte sans espoir, c'est compliqué à dire. La lutte, oui. Et l'espoir, je pense qu'il faut fouiller. Mais on en trouve. Parfois, et pas tous les jours. Aussi.

     

    3) Le langage que tu emploies, qui est à mon sens la part la plus marquante de Chien du heaume et de Mordre le bouclier, est à la fois suranné et moderne. J'avoue être à chaque fois bluffée – ou comment transformer un élargissement de route en pur moment de poésie (p.35 dans Mordre…). Où vas-tu chercher cette écriture ? As-tu une ou des source(s) d'inspiration pour la créer ?

    Déjà, c'est gentil pour mon écriture. Mais je pense que tu avais peut-être mangé une pizza périmée ou que sais-je, et tu t'emportes, c'est aussi tout à fait possible. C'est aussi pour ça que je voulais faire un roman qui n'avait rien à voir avec chien et mordre ; pour mieux connaître mon écriture, entre ce qui tenait à l'univers médiéval et à ma propre façon d'écrire. Du coup je peux à peu près dire que dans chien et mordre les images ou la façon de les décrire tiennent beaucoup à la vision disons, en gros, celtisante et scandinave et que ça correspond à la couleur du livre. Dans Gueule de Truie le monde est vide, brutal, l'écriture se colle à ça, avec des phrases beaucoup plus directes, moins melliflues, tiens pour me la péter et faire voir que je connais des mots compliqués. Et quand, dans gueule, il y a de la poésie pour reprendre ton mot, elle est froide. Du moins, il me semble. De la poésie de pluie. En fait quand j'écris je me calque sur la vision du monde qu'ont les personnages, et ça fait partie de la découverte des premiers chapitres quand je me met au travail, il y a un ajustement qui se crée, une... ben, je l'ai déjà dit ; on se découvre les uns les autres.

    Mes sources, ce sont des choses qui me nourrissent depuis longtemps, les textes anciens, les images, certains films, des façons de voir qui me touchent. Je garde tout dans une poche secrète et après je fais des petits gâteaux en forme de livres. Après c'est dur de t'en dire plus, en tous cas je n'ai jamais lu un livre pour me dire « tiens, je veux écrire comme ça. »

     

    4) Durant la conférence Wonder woman, tu as évoqué poneys magiques et morues galactiques, dévoilant à nouveau ton sens de l'humour trash (et pas toujours consensuel), celui qu'on retrouve dans tes glossaires en fin de roman. Y en aura-t-il une trace dans ton prochain roman ? Par ailleurs, tu as fait l'erreur (grave) de me dire que tu avais dans un coin de tes archives personnelles un roman humoristique, mais que tu n'étais vraiment pas certaine de vouloir le faire sortir au grand jour. Et si on faisait une pétition pour t'obliger à le présenter à un éditeur ? :P

    Vu que le prochain roman sera Gueule de Truie, non, j'ose dire qu'il ne sera pas drôle. Sinon, j'ai effectivement un premier roman tout à fait cocasse si l'on aime l'humour potache et sot, et il a donc été signé chez un éditeur dont je tairai le nom, Critic ; je suis en plein remaniement de la bestiole et je pense avoir fini le manuscrit l'été prochain. Il y aura déjà une histoire de moustache géante et de sorbets au poulpe.


    5) Gueule de truie, qui sortira en février 2013 chez Citric, est ton prochain roman. Rien qu'à la couverture (que j'aime beaucoup, soit dit en passant), on comprend que c'est une oeuvre post-apocalyptique. Tu peux en dire plus ? Plutôt Malevil de Robert Merle, ou Minority report** de Philip K. Dick (aucun des deux est une option possible) ?

    J'aurais bien du mal à trancher, puisque depuis que j'écris, je n'arrive plus à lire. Du coup, je n'ai lu ni l'un ni l'autre, et les romans s'entassent, sans presque aucun espoir que je les lise un jour.

    Gueule de truie. En parler. Bon ; Dieu a crié et le monde est mort. Il reste quoi ? Quelques survivants, à peine. Les Pères de l'église. Leurs inquisiteurs, comme Gueule de truie. Les inquisiteurs chassent les survivants. Parce que si Dieu a décidé que le monde était mort alors tout le monde doit obéir, sinon ça n'a pas de sens. Et un jour, Gueule de truie rencontre une fille. Et il n'arrive pas à la tuer. L'histoire commence comme ça. C'est un post-apo, donc. Si on me demande mon avis, c'est surtout un roman sur les gens, le silence, la perte. C'est un roman d'amour. Le vrai, caché tout au fond des tripes. Pas celui qu'on vend dans les publicités. Ce n'est pas un jugement. Ce n'est que mon avis. Mais je le partage.  



    * voir la deuxième vidéo de la page, à 56mn.

    ** question débile, je m'en rends compte après coup, car Minority Report n'est pas du post apo. Pardon, lecteur.

  • Les Utopiales 2012, atterrissage

    Utopiales.jpgAinsi que je le disais la semaine dernière, et pour la première fois de mes vies de blogueuse et de bibliothécaire réunies (!), je suis allée à un festival de science-fiction, et en plus, celui des Utopiales. Excusez du peu.

    Les prix

    Voici, en premier lieu, le palmarès. Je mets en gras les titres qui m'intéressent le plus :

    Prix Utopiales Européen : « Mordre le Bouclier » de Justine Niogret
    Prix Utopiales Européen Jeunesse : « Saba Ange de la mort » de Moira Young
    Prix Julia Verlanger 2012 : « La Route de Haut Safran » de Jasper Fforde
    Prix spécial du jury de la bande dessinée : « Big Crunch » de Rémi Gourrierec
    Prix du Meilleur Album de SF 2012 : « Daytripper » de Gabriel Ba et Moon Fabio
    Prix SyFy du public (compétition internationale de cinéma) : « Iron Sky » de Timo Vuorensola
    Grand Prix du Jury (compétition internationale de cinéma) : « Eega » de S. S. Rajamouli
    Prix Utopiales de la Compétition Européenne des courts métrages : « La Mysterieuse disparition de Robert Ebb » de Francois Xavier Goby, Clement Bolla et Matthieu Landour
    Prix du meilleur scénario de jeu de rôle : « Héros de guerre » de Victor Bret
    Prix Game Jam de création de jeux vidéos en 48h : ex aequo « Thanks for playing » et « 2012 le jeu »
     
    Et bien entendu, il y a eu le prix Planet-SF des blogueurs 2012, remis samedi 10 novembre à 11h, dont le lauréat est « La fille automate » de Paolo Bacigalupi, traduit par Sara Doke et publié par Au Diable Vauvert. Le trophée a été remis à Sara Doke en présence de Marion Mazauric et d'un tas de blogueurs.

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    Photo Christophe Schlonsok


    D'ailleurs, regardez donc l'interview de Gromovar (qui mord et qui est contagieux) réalisée par ActuSF, où il relate l'histoire toute récente de ce prix :


    Hélas, je n'ai lu/vu aucune des oeuvres lauréates... Quoique ça ne devrait pas tarder pour Mordre le bouclier, de Justine Niogret et La fille automate de Paolo Bacigalupi. Une fois que j'aurai fini Black Out de Connie Willis.

    La chance

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    Pour ma première expérience aux Utopiales, j'ai eu un bol de tous les diables : j'y suis allée en tant que professionnelle ; j'avais donc un passe pour toutes les Utopiales :

    Et ça, c'était la classe. Pas de frais d'entrée, pas de file d'attente. Juste du temps devant soi.

    Il y avait deux conférences par heure, j'en ai suivi trois en entier, et beaucoup d'autres par petits bouts. Je n'en parlerai donc guère, allez donc voir les reportages vidéos d'ActuSF, il y a toutes les conférences en ligne.



    Les évènements marquants

    1 - Ma rencontre avec Jeanne A. Debats, la diva de la SF française. Quand je l'ai vue arriver dans la salle de formation vendredi, je n'en croyais pas mes yeux. On aurait dit la Castafiore (en plus jolie). Le coup des lunettes de soleil en pleine journée et en intérieur, je croyais qu'on ne le voyait qu'à Hollywood... Bon, cela n'a rien enlevé à l'intérêt de son intervention.

    2 - Le choc des civilisations quand je suis rentrée dans la librairie : la caverne d'Ali Baba, l'expression de mes rêves les plus fous. Et, bon sang, pas assez de sous pour tout acheter... Misère !

    3 - La remise du prix Planète SF des blogueurs samedi 10 novembre à 11h : un moment émouvant pour moi, qui faisait connaissance avec les autres blogopotes de Planète SF, et émouvant pour tout le monde au moment de l'évocation de l'article 6 du règlement.

    4 - Le pot d'après-prix, pour plusieurs raisons :

    • parce que M. Lhisbei s'est autorisé à son corps défendant une intimité choquante avec mon Maranges Fussières 1er cru de 2008 (mais au moins a-t-il réussi à le libérer de sa gangue de liège !),
    • parce que Yal Ayerdhal est venu s'installer sur les canapés au milieu de nous, tapant la bise aux filles et serrant la pogne aux gars, buvant mon fameux Maranges en papotant des charmes belges de Bruxelles,
    • parce que Sara Doke ADORE le vin du Jura et que Tigger lilly trouve qu'il sent le fromage.

    5 - L'hommage collectif des Utopiales à Roland C. Wagner, décédé cet été dans un accident.

    6- Justine Niogret : cette fille me fait délirer. A la remise du Prix Utopiales, il fallait la voir sauter sur scène comme une gamine en poussant des petits cris quasi ultrasoniques, c'était incroyable. Lors de la conférence Wonder Woman, elle a eu quelques paroles percutantes et bien dans son style d'humour, convoquant poneys magiques, crétins absolus et morues galactiques (cela n'a d'ailleurs pas plu à tout le monde, n'est-ce pas M. Lhisbei...). Pour qui ne connait pas cet humour, je vous renvoie au glossaire en fin de volume dans Chien du Heaume.

    7 - Lhisbei et M. Lhisbei. Je sais, c'est pas juste pour les autres blogueurs, mais voilà, mon bisounours est radioactif, que voulez-vous. J'ai donc rencontré pour la première fois ce couple absolument charmant, et j'espère bien que ce n'est pas la dernière. J'ai souvent évoqué ici la qualité du blog de Lhisbei, trouvant souvent écho de mes analyses dans les siennes (ou l'inverse !) et appréciant sa libre parole. La réalité a dépassé la réalité augmentée, et j'en suis ravie. Et en plus, M. Lhisbei adore le space opera militaire.

    8 - Les rencontres avec les blogueurs. Oui, parce que nonobstant le point 7, j'ai énormément apprécié de rencontrer pour de vrai tous ces gens que je ne connaissais que d'avatar. Je vais tenter de n'en oublier aucun, mais il faut savoir que j'ai loupé les présentations au resto vendredi soir parce que j'étais au petit coin. Donc mille pardons à ceux que je zappe : BiblioMan(u) en premier, et il sait pourquoi, Tigger Lilly, Gromovar Wolfenheir, Guillaume le Traqueur, Endea, A.C. de Haenne (on n'est pas du tout d'accord sur Julian, mais presque sur les fessées), Anudar Bruseis, Lorhkan. Heu, je suis sûre d'en avoir vu d'autres, mais j'ai oublié les noms. N'hésitez pas à me rappeler à l'ordre en commentaires.

    9 - Les rencontres avec les auteursYal Ayerdhal, Sara Doke, Thomas Day, Justine Niogret (elle commence à savoir qui est la tarte qui vient en dédicace sans bouquins...), Georges Panchard, Danielle Martinigol, Nancy Kress (qui a un anglais parfaitement compréhensible contrairement à Norman Spinrad, c'est bien pour ça que j'ai papoté avec elle) les auteurs de « Alter Ego », Sylvie Lainé, Jeanne A. Debats, Claude Ecken, Ugo Bellagamba...

    10 - J'ai découvert pour l'occasion que mon tout nouveau smartphone fait des photos de très mauvaise qualité. La prochaine fois, j'apporte un vrai appareil.


    Mes achats

    Ma carte bleue a chauffé dans l'extraordinaire librairie des Utos, qui rassemble 5 ou 6 librairies nantaises :

    achats Utos.jpg

    « Cherchez les intrus... » Y en a deux qui ne sont pas pour moi. Je vous laisse deviner lesquels.

    Comme à mon habitude, pas de nouveautés de l'année sauf en BD, je suis toujours un peu hors du temps éditorial. Mais je pourrai ainsi découvrir Heinlein par le bon bout de la lorgnette - n'est-ce pas Guillaume ? - et m'initier à quelques auteurs français contemporains.
    J'ai eu des dédicaces de Danielle Martinigol, Jean-Paul Renders, Thomas Day et Georges Panchard.

    Pas Neil Gaiman, non, parce que j'ai acheté le livre trop tard pour faire une dédicace. Mais ce type, que je ne connaissais que de nom, car je n'ai encore rien lu de lui (et oui, les dinos existent, j'en suis la preuve), a gagné mon estime lors que je suis tombée là-dessus sur Facebook :

    Citation Gaiman.jpg

    Un type qui dit du bien des bibliothécaires ne peut être entièrement mauvais.



    Moi

    Une fois n'est pas coutume, j'ai quitté mon habit de lumière galactique pour me fondre dans la masse des Utopiales. Je passais totalement inaperçu. Voyez plutôt :

    Bisounours.jpg

    Photo Tigger Lilly

    Bon, d'autres blogueurs ont déjà fait des retours plus rigolos/complets/référencés sur ces Utopiales :  GromovarEndeaTigger LillyGuillaumeAnudarLionel DavoustOlivier PaquetReS Futurae, ActuSF, Lhisbei.

  • Les vestiges de l'aube, de David S. Khara

    J'ai vu une critique de ce titre chez BiblioMan(u), le super héros des livres, et mon néanmoins estimé collègue. Bon, elle était convaincante, cette critique, alors j'ai lu le roman.

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    Barry Donovan et Werner Von Lewinsky, respectivement policier dépressif et aristocrate esseulé, entretiennent des relations d'amitité via le Web, par des forums d'abord, puis par le biais des mails ou de la conversation instantanée.

    Leurs conversations, qui portent d'abord sur des sujets culturels, glissent peu à peu vers la confidence. Barry se sent démuni dans son travail, voire inutile. Werner s'ennuie ferme dans sa tour d'ivoire. Il décide donc d'aider Barry dans le cadre de ses enquêtes, mettant ses ressources inhabituelles au service du policier.

    Car, roulement de tambour, Werner est un vampire. Oui : avec un nom pareil, on aurait pu s'en douter. Voilà donc le point d'achoppement de l'histoire, qui nous divise, Biblioman(u) et moi. Je trouve l'idée de départ excellente : sortir le vampire de son rôle de séducteur, le lier à une vie humaine par d'autres biais que celui du prédateur, une histoire d'amitié, d'hommes, sur un fond de « vrai » polar... Oui, une bien bonne idée pour nous sortir de l'ornière habituelle.

    Sauf que... La sauce ne prend pas. En tout cas, pas suffisamment pour pouvoir ignorer les grumeaux qui nous restent sous les yeux. Les noms des personnages, rien que ça : ils sont des stéréotypes à eux seuls. On se croirait dans un film de série B. La dépression du policier consciencieux, le rôle exagérément mystérieux de Werner, ses incessantes précautions pour ses déplacements et l'utilisation de ses capacités surnaturelles, son maniérisme surrané en matière de style, de langage... Tout cela est bien trop appuyé pour être crédible.

    Peut-être ne s'agit-il que d'un problème de lunettes. Peut-être sortais-je de trop de lectures plus ou moins abouties incluant des vampires pour apprécier la vraie différence de ce récit (oserais-je avouer que je l'ai lu il y a déjà... 3 mois ! D'où l'utilité pour toi, chez internaute, d'aller me botter les fesses dans ma Pile à Bloguer).

    L'histoire semble terriblement maladroite, et pourtant pleine de promesses. Une suite peut être envisagée, au vu de la fin du roman, mais je m'interroge : l'auteur pourra-t-il gagner en maturité, gommer les ficelles tellements blanches qu'elles en sont fluorescentes ?

    Je n'ai pour l'instant rien lu d'autre de David S. Khara, je ne peux donc pas comparer avec son style habituel. J'espère que, si suite il y a, elle saura développer à son plein potentiel les pépites qui parsèment ce roman et que nous pourrons nous attacher définitivement à Barry et Werner.


    Genre : polar, fantastique

    Editeurs : Rivière Blanche d'abord, puis Michel Lafon, 2011

    PS : Ami internaute/lecteur/blogueur, tu peux remercier BoF, un fidèle de ce blog et néanmoins excellent ami IRL, de m'avoir secoué les puces pour rédiger cette chronique.

  • Les Utopiales 2012, ma prochaine escale

    Utopiales 2012.jpgUne fois n'est pas coutume, je sors de mon trou de bibliothécaire empli de poussières et de toiles d'araignée, et je pars la semaine prochaine rejoindre la galaxie des Utopiales :

    Un monde où se rassemblent les gens bizarres qui aiment parler d'étoiles, de mages et de loup-garous,

    Un monde où des écrivains dont on n'entend jamais parler à la télé reçoivent des distinctions littéraires,

    Un monde où des gens comme vous et moi se costument en personnages aussi absurdes qu'improbables (comment ça, mes macarons et mon sabro-laser sont absurdes ?),

    Bref, un monde merveilleux.


    L'évènement aura lieu du 7 au 12 novembre 2012. Le programme est alléchant, et bien rempli. Je n'aurai jamais le temps de tout faire ! N'étant guère coutumière du reportage photo ou des interviews, contrairement à d'autres blogueurs beaucoup plus doués que moi, je ne te promets rien, lecteur. Mais, on se sait jamais...


    Je devrais y retrouver des blogueurs tels Gromovar, Guillaume le Traqueur, Lhisbei, Lorhkan, Tigger Lilly, Biblioman(u)... Une perspective plaisante pour moi, car parmi ces fiers blogueurs de mon club préféré, Planète SF, je n'en connais qu'un seul IRL (à toi de deviner, cher lecteur)(M. Blop et le principal intéressé ont interdiction de donner la réponse).


    A l'occasion de ces Utopiales, le jury du Prix Planète-SF des Blogueurs remettra ledit prix (un objet contondant) à l'un de ces quatre chanceux :

    • Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle, trad. Mélanie Fazi, Dystopia
    • La fille automate, Paolo Bacigalupi, trad. Sara Doke, Au diable vauvert
    • Matricia, Charlotte Bousquet, Mnémos (je l'ai lu mais pas encore chroniqué)
    • Wastburg, Cédric Ferrand, Les moutons électriques

    Que le meilleur (ou celui qui a le défenseur le plus agressif au jury) gagne !

  • La pile à bloguer : procrastination, quand tu nous tiens

    pile de livresJ'ai inventé (ou peut-être pas) la PAB, la pile à bloguer : tout ce que j'ai lu, qui entre dans ma ligne éditoriale*, et que je n'ai toujours pas honoré de ma prose. Oui, honoré. Non mais.

    Ma PAB a développé un volume indécent depuis quatre mois. Même les encouragements du Summer StarWars VI n'ont pas réussi à la faire maigrir significativement.

    Mais il serait terriblement erroné de croire que je ne lis rien. C'est juste que je ne blogue presque pas, sauf en cas d'insomnie. Alors j'ai décidé de vous lister les livres lus depuis le printemps dernier.

    Si vous souhaitez connaître mon avis/opinion/analyse sur l'un des titres, n'hésitez pas à me le faire savoir en commentaire. J'y répondrai de mon mieux. Et, qui sait, peut-être une chronique sortira-t-elle bientôt de mon chapeau...

    J'ai donc lu...


    De la fantasy qui dépote :

     

    Du fantastique mâtiné de thriller :

     

    De l'anticipation, et de la bonne, bien que les deux titres Young Adult de chez Castlemore ne le laissent a priori pas croire :

     

    Du space opera, du vrai, du beau, du dur de dur, qui aurait dû avoir sa place dans l'épisode VI du SSW :

     

    Quand je vous dis que j'ai du retard dans mes chroniques...


    *Je dis "qui entre dans ma ligne éditoriale", car ce n'est pas le cas de Pipiou dans son oeuf, une jolie oeuvre que j'ai lue et relue presque tous les soirs ces deux derniers mois... Mais elle ne fait définitivement pas partie de ma ligne. Sinon, j'aurais ouvert un blog de littérature jeunesse - Dieu m'en préserve !!

  • Ta Shima, d'Adriana Lorusso

    Durant l'été, je me suis enquillé plusieurs romans de space opera. J'ai donc passé de très bonnes vacances : j'adore ce genre, et en plus, il entre dans le challenge Summer StarWars de Lhisbei (mon chouchou devant l'Eternel Seigneur de la SF).

    ta-shima.jpg

    J'ai donc pour l'occasion découvert Ta Shima, d'Adriana Lorusso. La couverture n'est pas très réussie, je trouve, et ne donne guère d'information sur le contenu du livre. Adoncques, je vous tuyaute : Ta Shima est une planète au climat hostile, suivant une révolution de 16 mois, 12 de pluie incessante et 4 de sécheresse infernale. Sa population est concentrée sur un petit territoire, le seul à être terraformé pour les humains qui y ont atterrit quelques siècles auparavant. Le reste de la planète est dotée d'une flore souvent toxique et d'un faune parfaitement infréquentable.

    Nous découvrons peu à peu cet environnement par les yeux de Suvaïdar, native de Ta Shima. Suvaïdar fait partie des Shiro, une ethnie visiblement dominante, au physique long et gracile et à l'irascibilité légendaire : un Shiro sur deux meurt dans un duel à l'arme blanche. L'autre ethnie ta-shimoda rassemble les Asix, au caractère doux et au physique trapu, dont le rôle effacé tend à les désigner comme les serviteurs des Shiro. Mais, rien sur Ta-Shima n'est aussi simple qu'il y paraît...

    Car Ta Shima est restée à l'écart de la civilisation galactique depuis la fondation de sa colonie humaine, des siècles auparavant. Les arrivants étaient des scientifiques, généticiens pour la plupart, qui ont fui des persécutions. Et la rencontre des ta-shimoda avec les humains de l'Extramonde, lorsqu'elle se produit (rarement), creuse des abîmes d'incompréhension entre les deux parties. La civilisation ta shimoda a évolué de façon drastiquement différente de celle des civilisations de la fédération galactique, selon des règles rigoureuses et pragmatiques, qui semblent aux observateurs extérieurs épouvantablement barbares et arriérées.

    Nous suivons Suvaïdar durant son enfance, puis un bond nous transporte dans son âge adulte. Elle est l'un des très rares Shiro à être partie de Ta Shima de son plein gré, afin de vivre dans l'Extramonde. Son retour sur Ta Shima est le prétexte à une intrigue politique un peu décousue, qui constitue pourtant un fil rouge honorable pour partir à la découverte de cette civilisation originale, vue à la fois de l'intérieur et de l'extérieur.

    La dirigeante de Ta Shima, qui se trouve être la mère de Suvaïdar, a été tuée dans un accident qui fut également fatal à l'ambassadeur de la Fédération sur Ta Shima. Suvaïdar est rapatriée, un peu par hasard, avec la délégation du nouvel ambassadeur de la Fédération. Son voyage en compagnie des extramondains et sa réintégration dans la société ta shimoda constitue le pivot central du récit, qui met en exergue les différences fondamentales entre les deux civilisations : quiproquos et maladresses s'enchaînent, provoquant bien souvent des tensions inexpliquées, car inexplicables, entre les deux parties.

    Le point fort de ce roman, selon moi, réside justement dans l'exploitation du thème des chocs des civilisations : l'autre est l'incompréhensible car méconnu, et chacun de son côté méprise l'autre, qui lui paraît inférieur. Le thème est rebattu, mais je ne l'avais jamais expérimenté de façon aussi intime et détaillée, grâce à la narration de la jeune Suvaïdar. Tous les aspects de la vie quotidienne sont passés au crible de la culture commune, de la sexualité à la politique en passant par l'ameublement et les tâches domestiques.

    Alors, si le récit souffre de faiblesses passagères, si le fil de suspense qui tient le lecteur disparaît parfois, il m'est resté ce que je cherche dans mes lectures : beaucoup, beaucoup de plaisir, et une trace indélébile : le pragmatisme poussé à son paroxysme, c'est à dire plus loin que le cynisme, constitue l'intérêt principal de la société ta shimoda. Je vous laisse découvrir à quel point...

    Après Flashback, Ta Shima est donc mon deuxième coup de coeur de l'année 2012.

     

    Genre : space opera, planet opera, science-ficiont

    Bragelonne, 2007

    Lu aussi par : Lune, Mr Lhisbei, le cafard cosmique (qui n'est pas du tout d'accord avec moi)

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  • Chute libre, de Loïs McMaster Bujold

    saga-vorkosigan-integrale-1.jpgAvant propos

    Loïs McMaster Bujold était pour moi une parfaite inconnue jusqu'à il y a environ deux mois. Au cours d'une sortie en librairie (car les bibliothécaires ne sortent de leur trou à araignées qu'à l'occasion d'achats en librairie - quand ils ne font pas de commandes en ligne...), mon oeil a été attiré par une jolie couverture de J'ai Lu, qui annonçait : Saga Vorkosigan, Intégrale, tome 1. Et il y avait le tome 2 à côté.

    Saga Vorkosigan ? Jamais entendu parler. Puis je vois la mention "prix Hugo" plusieurs fois répétée. Plusieurs des romans de la saga l'ont reçu ?! Connaissant le génie d'un Vernor Vinge, deux fois lauréat de ce prix, je me dis que là, j'ai un trou dans ma culture SF. Bref, le marketing (belle couv + indication des prix littéraires) a fonctionné sur mon pauvre esprit avide de space opera. Et l'auteur est une femme, ce qui en matière de space opera justement, reste assez rare. J'ai donc acheté les deux tomes de l'intégrale.

    Ceux-ci regroupent plusieurs romans et nouvelles. Chute libre, aussi intitulé ailleurs Opération cay, est le premier roman de la première intégrale, et n'a pas de rapport direct avec le héros éponyme, Miles Vorkosigan. Il a obtenu le prix Nebula en 1988.


    chute libre.jpgChute libre / Operation Cay

    Leo Graf, spécialiste des soudures en milieu spatial, est envoyé par sa compagnie dans une station orbitale pour y enseigner son art aux ingénieurs qui y vivent. Il découvre sur place une réalité déconcertante : ses élèves sont des Quaddies, des êtres dotés de quatre bras, produits de l'ingéniérie génétique destinés à pallier les inconvénients du travail en apesanteur. Issus de la recherche, les plus âgés forment une génération de jeunes gens d'environ 20 ans, tous les autres étant encore des enfants.

    Bien que leur humanité ne fasse aucun doute pour qui les côtoie, Léo Graf le premier, ils sont le produit de la recherche, des objets bien plus que des sujets, soumis à la loi de l'offre et de la demande. Les améliorations génétiques et le cadre strict de leur éducation les ont rendu dociles, soumis aux impératifs de productivité. Cet état de fait crée un malaise chez Léo, qui pressent le pire pour les Quaddies...

    Ce court roman (une novella, peut-être, selon les standards américains) bénéficie d'une solide construction narrative, au service d'une histoire sympathique et divertissante. Le tout déborde un peu d'optimisme et pas assez d'originalité, mais cela ne m'a pas empêché de l'apprécier. Les Quaddies sont suffisamment attachants pour qu'on s'y intéresse, bien que leur naïveté puisse être fatigante, en résonnance avec celle du propos global.

    J'ai par ailleurs apprécié la belle cohérence de l'univers créé par Lois McMaster Bujold, qu'on retrouve plus tard dans l'intégrale avec le "vrai" commencement de la saga Vorkosigan. Les résultats physiques et sociaux de l'ingéniérie génétique sont exposés avec assez de vraisemblance pour me convaincre (certes, ce n'est pas difficile, car je ne suis pas scientifique) et les enjeux de la création et de l'exploitation des Quaddies plutôt bien trouvés.

    Une lecture agréable, sans génie, mais charmante.

    Genre : space opera

    Editions J'ai Lu, 2011

     

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