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Imaginaire - Page 14

  • La servante écarlate, de Margaret Atwood

    Margaret-Atwood-La-Servante-ecarlate.gifLa servante écarlate est un roman de Margaret Atwood, auteur canadienne éclectique (roman classique, roman d'anticipation, poésie... Elle sait tout faire).

    L'histoire : Dans un futur indéterminé, la République de Gilead est une dictature installée sur le territoire des anciens Etats-Unis d'Amérique. Defred est servante écarlate - reproductrice, "utérus sur pattes", dit-elle - chez le Commandant. Defred n'est pas son vrai nom, c'est le nom par lequel on la désigne tant qu'elle est de service chez ce Commandant. Via son journal, dont chaque mot est pesé, nous découvrons la société dans laquelle elle évolue, un récit entrecoupé des souvenirs de Defred lorsqu'elle avait un amant et un enfant, lorsqu'elle travaillait et qu'elle était libre de faire ce que bon lui semblait. Aujourd'hui, les femmes fertiles sont devenues extrêmement rares et les trois quarts des enfants conçus ne sont pas viables, sans doute à cause d'une pollution chimique de l'air, du sol ou de l'eau. Et puis, il y a une guerre. Indéterminée, lointaine, mais une guerre présente dans l'esprit de tous, qu'on ne laisse personne oublier.

    La République de Gilead a choisi la voie étroite pour protéger sa population : elle l'a asservi, faisant plier hommes et femmes sous le joug de dogmes religieux d'une extrême sévérité au service du pouvoir politique. Tout cela, nous le devinons à travers les voiles blancs de Defred, son regard baissé, son quotidien fantômatique et l'infinie liste de tabous dont est constituée sa vie. Les gens autour d'elle n'ont pas de nom, seulement des fonctions : Commandants, Epouses, Marthas (chargées des tâches ménagères), Anges (soldats), Yeux (police politique)... Avec Defred, on assiste à une naissance, un procès et une exécution, mais surtout au quotidien de ces femmes privées de liberté, d'information et de dignité et, indirectement, de ces hommes tout autant victimes de ce système répressif basé sur la délation. Chaque mot, mais aussi chaque geste, est surveillé et contrôlé. Defred n'a même pas le choix de mourir...

    Mon avis : j'ai été destabilisée par le ton très intimiste de ce roman, qui relève paradoxalement (même si ce n'est pas paradoxal pour tout le monde) de la dystopie et de l'anticipation sociale féministe. C'est un journal intime, un monologue intérieur monotone et répétitif, centré sur les infimes détails du quotidien sans saveur de la narratrice, quasi dépourvu d'action. Tout ce qui, a priori, me fait prendre mes jambes à mon cou en matière de littérature. Et j'avoue que c'est ce que j'aurais volontiers fait s'il n'y avait eu ce contexte si particulier. L'étouffement quotidien dans un régime de terreur, le traitement malheureusement déjà d'actualité de la stérilité due à la pollution sont quelques uns des éléments qui m'ont menée jusqu'au bout du roman.

    Si je n'ai pas été transportée d'enthousiasme par le récit, celui-ci m'a pourtant laissé une impression profonde et durable. Comme une amertume trop pertinente pour être ignorée, mais aussi trop forte pour être appréciée... (Comprenne qui voudra).


    éditions : ROBERT LAFFONT ou J’AI LU
    Genre : anticipation, dystopie

    CITRIQ

  • La Revanche du Bisounours

    A force de déconner sur les Bisounours Radioactifs, armes de destruction massive créées par Tigger Lilly et destinées à animer les débats des jurés du Prix des blogueurs Planète-SF, je me suis vue sommée par Lhisbei de prouver que j'avais bien un T-shirt Bisounours initulé Hug Me.

    Ca a l'air idiot, oui (d'ailleurs, ça l'est), mais c'est parfaitement vrai, il suffit de lire les commentaires de ce billet.

    Bref, je me suis attiré des ennuis.

    Mais je suis une grande fille, donc j'assume :

    HugMe.JPG

    (Oui, ma moquette est du même gris chiné que mon t-shirt. C'est ballot.)

    Du bisounours aux prix littéraires, il n'y a qu'un pas. Capillo-tracté, certes, mais un pas quand même.

    Sur ce, bon dimanche.

  • Chien du heaume, de Justine Niogret

    Alors que Justine Niogret vient d'éditer son deuxième roman, Mordre le bouclier, j'ai terminé Chien du heaume, son premier roman, la semaine dernière. Je suis, comme d'habitude, hors du temps éditorial.

    Chien du Heaume.jpgL'histoire de Chien du heaume est assez simple à raconter, si on veut faire simple. Et très compliquée, si on veut la décortiquer. Je ferai la version simple, car j'ai pitié de vous. Chien du heaume est une femme à la recherche de son identité. Chien du heaume, c'est le nom qu'on lui donne, qu'elle donne à son tour à qui le lui demande, mais elle ignore son vrai nom, celui de son père. On est au haut Moyen-Âge et Chien du Heaume est mercenaire. Elle se bat pour vivre, pour se nourrir et être logée, elle se bat comme on expire, avec la hache de son père si belle et si tranchante, dont personne ne sait d'où elle vient. Chien du heaume est petite, laide, forte et acharnée. Elle a une quête, mais pas d'espoir. Elle a des amis, mais pas de réconfort. Son univers est sombre et hivernal. Même en été.

    Voilà. Vu comme ça, on se demande bien pourquoi on lirait ce livre. Ce qui m'a finalement décidé, même s'il a bonne réputation et des prix prestigieux (le Prix Imaginales et le Grand Prix de l'Imaginaire 2010), c'est sa brièveté. Il fait à peine plus de 200 pages, et j'ai très peu de temps pour lire. Pourtant, j'ai mis du temps à le finir. A le savourer, devrais-je dire. Presque deux semaines. L'écriture est belle, élégante, volontairement suranée, délicate par bien des aspects, alors qu'elle parle de sang, de violence, de froid et de désespoir. Un véritable plaisir, que l'on fait durer.

    Et puis, il ne s'y passe pas tant de choses que ça, dans cette histoire. Ce n'est pas un page-turner à la Dan Brown. On prend son temps, et c'est bien - sans doute parce qu'on sait que ce ne sera pas interminable. D'autant plus que c'est sombre, très sombre. La neige, le froid, les pierres noires d'un chateau fort caché au fin fond d'une forêt, la rugosité des hommes d'armes et la cruauté perverse des dames, la langueur de la brume, la violence inouïe à peine contenue sous un vernis social sont le quotidien de l'héroïne. Elle n'aspire pas à s'en échapper, elle en fait partie. Le drame est sa réalité, sans fard, dans toute sa crudité. Voilà donc un roman littéralement crépusculaire, qui évoque la fin d'un monde et en porte tous les stigmates. Lorsqu'il se termine, je ne suis pas soulagée, pas véritablement. Mais je porte en moi une histoire qui m'a touchée et qui laisse de belles traces d'humanité - et de littérature.

    Et puis... attiré par une note d'intention d'une tonalité étrange, je lis le glossaire. Et là, je me prends les pieds dans le tapis, je glisse sur une peau de banane. Pour tout dire, j'ai l'air d'une folle échappée de l'asile. Car je ris comme je n'avais pas ri depuis longtemps. Je ris presque à chaque définition !

    Je découvre donc à la lecture du glossaire que Justine Niogret possède un humour dévastateur, déjanté et improbable, en totale contradiction avec le ton du roman qui le précède. Une bouffée de chaleur, une tranche de bonheur pur.

    Je vous dois donc d'en conclure que j'ai adoré ce livre, au moins autant pour le roman lui-même que pour la douche brûlante qu'on se prend sur le paletot en passant du roman au glossaire.


    PS : Le roman est étiqueté fantasy alors qu'on ne voit aucun attribut de fantasy dans le récit (non, la brume qui sort du casque de la Salamandre ne m'a pas impressionnée). Personnellement, je le rangerais en littérature blanche - et ce n'est pas une insulte.

     

    Lu et chroniqué aussi par : Efelle, Lhisbei, Lorhkan

    Mnémos, 2009.

    Genre : fantasy (?), historique

    CITRIQ

  • Fin de l'expédition spatiale

    Le Summer StarWars Episode V a terminé sa course le 22 septembre à 23h59. Lhisbei, capitaine de vaisseau, nous donne le récapitulatif des participations ici : 401 billets, c'est tout simplement hallucinant.

    Pour ceux qui n'auraient pas suivi, j'ai proposé 5 billets dans le cadre de ce challenge :

    Je précise que certains blogueurs ont publié quelque chose comme une centaine de billets en 4 mois ! Ils font bien entendu partie des gagnants du challenge

    J'ai pris un grand plaisir à y participer. Je ne le connaissais pas lors de sa création en 2010, et je le regrette, car j'aime beaucoup le space-opera et l'année dernière, j'aurais eu le temps de chroniquer beaucoup plus de livres. Mais tant pis, ce fut une belle aventure, qui me permet de découvrir des centaines d'oeuvres à travers les chroniques des autres.

    C'est donc la dernière fois que vous voyez ce beau logo en ces pages :

    SummerStarWarsV.jpg

    Un grand merci à Lhisbei et à son camarade Excel Vador, qui ont fourni un travail si titanesque que le deuxième y a laissé sa santé. A l'année prochaine, j'espère !

     

  • Jésus vidéo, d'Andreas Eschbach

    Jésus vidéo, L'Atalante, Andreas EschbachAndreas Eschbach est surtout connu pour Des milliards de tapis de cheveux, roman édité en 1995 qui a eu (entre autres) le Grand Prix de l'Imaginaire en France en 2001. Jésus vidéo, plus récent et moins connu, a pourtant reçu lui aussi des récompenses, en Allemagne notamment.

    L'histoire : en Israël, sur un site de fouilles archéologiques, un jeune américain, bénévole de la campagne de fouilles, trouve aux côtés d'un squelette vieux de deux mille ans un sac plastique contenant le mode d'emploi d'une caméra pas encore sortie sur le marché. Immédiatement, toutes les personnes mises au courant de la découverte pensent que la caméra qui va avec le mode d'emploi pourrait porter en mémoire un enregistrement de Jésus Christ. Le tout est de trouver cette caméra ; c'est le point de départ d'une course à travers Israël.

    Entrent alors en jeu divers protagonistes, souvent antagonistes : un magnat de la presse américaine - le mécène du chantier de fouilles -, l'américain bénévole qui se trouve être lui aussi très riche et très capable, un professeur d'archéologie dans la lune, un écrivain allemand de science-fiction, des israéliens dépassés par l'affaire, des moines, des prêtres et des grands pontes de l'Eglise catholique. Car si tous veulent trouver cette caméra, ce n'est pas pour les mêmes raisons. Chacun de ces personnages en aurait une utilisation radicalement différente : diffusion mondiale et libre, vente et profits colossaux, utilisation politique, destruction...

    Mon avis : L'idée était si belle... Mais je suis déçue. Autant l'idée de départ et les personnages imaginés par Andreas Eschbach m'ont plu, autant le roman se noie dans les descriptions et les rebondissements inutiles. On a, au cours de la lecture, l'impression de n'arriver à rien... Et c'est exactement ce qui se produit. Les révélations promises par le pitch sont gâchées par un je-ne-sais-quoi qui annule la saveur de leur apparition.

    Le roman est peut-être trop démonstratif. Peut-être que, influencée par des dizaines de romans de SF américains calibrés au millimètre pour plaire au lecteur, je suis incapable d'apprécier une autre approche, plus nuancée. Je veux bien le croire.

    Ou peut-être ne suis-je tout simplement pas faite pour apprécier Andreas Eschbach : attirée par de multiples critiques positives, j'avais lu il y a quelques années Des milliards de tapis de cheveux, son roman le plus connu et le plus primé... Même si, bien sûr, les idées originales et la réflexion socio-politique y étaient présentes (je ne reviendrai pas sur ce qui me pousse à lire de la SF, j'ai répondu abondamment à cette question il y a quelques temps), j'en avais tiré une impression proche de celle-ci : un goût d'inachevé, une fadeur du romanesque qui déçoit mes attentes de lectrice en mal d'évasion.

     

    L'Atalante, 2001

    Genre : anticipation, uchronie

  • Le petit journal de l'impromptu

     

    Les potes

    Je ne l'avais pas fait depuis lontgtemps ; un petit coup de Jegounotron s'impose, car 32 sites ont fait des liens sur Impromptu depuis le mois de juillet. Un record pour un petit blog comme le mien. Et ce, grâce entre autres à l'opération Chanson de l'été de Lolobobo, que je remercie en cette occasion.

     

     

    En bonus : un petit nuage wordle à partir du Jegounotron, ça égaie une page :

    nuage wordle.png

     

    La nouvelle qui déchire

    Je l'ai dit plus haut, mon blog n'a pas une audience phénoménale (350 à 400 visiteurs uniques, soit 2000 à 3000 visites mensuelles - voilà pour les chiffres), mais cela ne m'empêche pas de relayer à mon tour un évènement qui réchauffe mon coeur de blogueuse de SF : le lancement du tout premier Prix Planète SF.

    Son jury rassemble six blogueurs d'importance, membres - entre autres - de mon club préféré, Planète SFAnudar, Efelle, Férocias, Guillaume, Gromovar et Lhisbei (qui est déjà jury au Prix ActuSF de l'Uchronie - cette fille n'arrête jamais !).

    [... Alors que j'écris ces lignes et que, par conséquent, je pars à la pêche aux liens, je découvre sur le forum de Planète SF que le Prix Planète SF fait l'objet d'une annonce sur le site Web de Livres Hebdo, la bible des bibliothécaires, une référence dans le monde des professionnels du livre (éditeurs, libraires, bibliothécaires).

    C'est un évènement. Car quel meilleur moyen de faire connaître la SF et les blogueurs de SF aux "professionnels de la profession" que ce site, consulté par l'ensemble des acteurs du réseau du livre ? Je suis joie. :D ]

    Mais je m'égare. Les quatre nominés du PPSF sont donc :

    • Cleer, L.L. Kloetzer
    • Planète à louer, Yoss traduit de l'espagnol (cubain) par Sylvie Miller
    • Rêves de Gloire, RC Wagner
    • Treis, altitude zéro, Norbert Merjagnan

    La remise du prix se fera aux Utopiales de Nantes en novembre, l'endroit où je rêve d'aller depuis deux ans... Mais ce ne sera toujours pas pour cette année. C'est énervant, à la fin. En plus, l'affiche (sur le thème steampunk) est à tomber par terre :

    Utopiales 2011.jpg

    J'ai prévu de lire Rêve de gloire de Roland C. Wagner dans les semaines à venir. Je vous en donnerai des nouvelles.

    Pas les autres, non, car je ne suis pas bien l'actualité. La preuve, je viens de finir de lire et de chroniquer Un feu sur l'abîme de Vernor Vinge, une oeuvre qui a quasiment 20 ans. Ce n'est pas de l'archéo SF, loin s'en faut, mais ce n'est quand même pas un poussin de l'année. Cela dit, j'ai appris dans les commentaires dudit billet, grâce à Gromovar (et vérification faite), que Vernor Vinge va sortir un nouveau roman intitulé The Children of the Sky, qui sortira chez nos voisins anglo-saxons le 11 octobre prochain. Nous restons donc un peu dans l'actualité.

    Sinon, toujours dans les dernières nouvelles, les débats du jury du PPSF se dérouleront, selon certaines sources bien informées, en possession d'armes de destruction massives telles que casseroles et bisounours radioactifs. Ca promet.

     

  • Un feu sur l'abîme, de Vernor Vinge

    Je viens de terminer ce roman de Vernor Vinge, un écrivain de science-fiction américain qui a relativement peu écrit (Au tréfonds du ciel, Rainbows End). Nonobstant, il a plusieurs prix littéraires de SF à son actif, dont trois Prix Hugo. C'est dire si l'homme est doué.

    feu abîme 1.jpegUn feu sur l'abîme est une vieille baderne de 1992 (1ere édition française : 1994), qui me faisait de l'oeil sur les rayons de la bibliothèque depuis deux bonnes années. La couverture d'âge (et de style) canonique avait tendance à me repousser (voir ci-contre). Mais je supposais qu'il était là pour de bonnes raisons. J'ai donc fini par l'ouvrir.

    L'histoire : Une entité indéfinie et malveillante se réveille aux abords de la galaxie. Les hommes qui l'ont réactivée tentent de s'enfuir pour échapper à son influence fatale. Une famille parvient à passer entre les mailles du filet pour finalement s'écraser sur une planète isolée et arriérée. L'entité maligne, bientôt baptisée Perversion sur les réseaux de communication de la galaxie, prend de l'ampleur et infecte toute la zone supérieure de celle-ci, système après système. Elle détruit au passage les mondes de l'humanité, et cherche sans relâche des informations dans tous les réseaux de communication disponible. Une documentaliste humaine, Ravna, aidée par une Puissance incarnée en humain rafistolé et deux Cavaliers des Skrodes (qu'on ne peut décrire autrement que comme des plantes en pot à roulette dotées d'intelligence), découvre que le vaisseau familial perdu pourrait transporter le remède à la Perversion. Ravna doit donc partir en direction des Lenteurs, vers le centre de la galaxie, où la vitesse de la lumière et des communication ralentit drastiquement, afin de retrouver ce vaisseau. Or, des passagers du vaisseau, il ne reste que deux enfants, Johanna et Jefri, pris séparément en otage par des factions rivales de la population de la planète. Une population étonnante, constituée de créatures proches du chien, qui possèdent une intelligence et une personnalité propres à partir du moment où elles se regroupent en meutes d'au moins trois individus. Ces individus sont appelés les Dards. Le récit déroule donc en parallèle la survie des enfants sur la planète étrangère et la course-poursuite menée par Ravna pour échapper à la Perversion et parvenir à temps à la planète de Johanna et Jefri.

    feu abîme 2.jpegMon avis : je vais hurler avec la meute (ha, ha !) : Un feu sur l'abîme n'a pas volé son prix Hugo ! La première chose qui m'a frappée dans ce roman, c'est l'idée (somme toute géniale) de Vernor Vinge d'avoir imaginé que le centre de la galaxie, de par sa densité, ralentit la lumière et donc, les communications. Les civilisations qui y naissent sont donc bloquées dans leur développement. A contrario, les abords extérieurs favorisent les communications et les déplacements, c'est à dire... le développement des civilisations interstellaires et des technologies les plus avancées. A tel point que les civilisations qui ont dépassé le bord de la galaxie entrent dans un état de Transcendance et se transforment en Puissances.

    La deuxième trouvaille de Vernor Vinge est, de mon point de vue, plus bluffante encore : la civilisation des Dards, ces chiens dotés de conscience et d'intelligence, repose sur la communication télépathique et/ou ultrasonique des membres d'une même meute. Chaque meute constitue un être unique et distinct des autres meutes, à la fois féminin et masculin. Constitué de trois à six membres, le Dard compense l'absence de mains par le nombre de ses pattes et de ses museaux ; cette configuration lui permet de multiplier les points de vues et les activités simultanées, bien qu'elle possède également ses inconvénients : un Dard ne peut pas trop étirer ses membres ni s'approcher à moins de quinze mètres d'un autre Dard, sans quoi il perd son intégrité. Le nom de famille de chaque Dard est constitué du nom monosyllabique de chaque membre et son prénom reste son identité propre. Il peut conserver sa mémoire sur plusieurs générations, malgré la perte et l'ajouts de membres.

    Renseignement pris, ce sont justement ces deux idées qui ont contribué au succès critique de l'oeuvre. Je ne fais décidément preuve d'aucune originalité...

    feu abîme 3.jpegPar ailleurs, la transmission des informations sur le réseau interstellaire prend une place importante, quasi prophétique, dans le roman. Quand on sait que le Web en tant que tel était inconnu du public à l'époque de la sortie de ce livre, on se dit que Vernor Vinge a fait preuve de flair - voire d'un don de voyance !

    Pendant le voyage de Ravna et de ses compagnons (je suis devenue fan des Cavaliers des Skrodes), les échanges de messages sur le réseau galactique tiennent une place prépondérante. Ils illustrent de façon étonnamment réaliste les difficultés de la communication et de la fiabilité des informations qui transitent dans un espace aussi grand, habité par des espèces aussi diverses. La prégnance du réseau permet toutes les manipulations, mensonges relancés à l'infini par des intermédiaires ignorants, incitations à la haine, élucubrations religieuses et pseudo-scientifiques, et surtout, ce qui m'a le plus interpellée, indifférence des utilisateurs du réseau face à des tragédies qui leur semblent lointaines - alors que l'existence même du réseau de communication rend cette notion de distance caduque. Une préfiguration extraordinaire de la toile mondiale actuelle.

    Pour une vieille baderne, dont le scénario ultra-classique pourrait lasser, Un feu sur l'abîme étonne : on se retrouve pris dans les rêts d'un univers fabuleux.

     

    Chroniqué aussi par : Gromovar

    Laffont, 1994 et 2011 ; LG.F., 1998.

    Genre : science-fiction, space opera

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